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A Vinosphère, le BIVB a voulu préparer les vignerons aux futurs possibles

Le 8 février, le BIVB a réuni près de 250 personnes à Beaune pour se pencher sur l’avenir des vins de Bourgogne. Les deux dernières années écoulées - 2016 et 2017 - posent en effet nombres de questions. L’interprofession y a travaillé. Il lui faut travailler sur des réponses « transversales » à ses trois pôles : économique, technique et communication. Difficile en effet de prévoir l’avenir tant tout semble bouger en même temps et rapidement.

 

Dans de prochains articles, nous reviendrons sur les conseils pratiques délivrés tout au long de la journée par les intervenants et le BIVB lors de ce Vinosphère, très riche d’informations.

De la loi Evin au dépérissement des vignes, en passant par les dégâts du gel ou de la grêle, sans oublier les effets du Brexit ou du "Trumpisme", tout en avançant sur l’œnotourisme et l’adaptation à des millésimes plus précoces… L’avenir des vins de Bourgogne est difficile à tracer. En organisant Vinosphère Bourgognes le 8 février, le BIVB a souhaité y travailler.

Pour le président-délégué du BIVB, Louis-Fabrice Latour, la Bourgogne vit « un moment où il se passe beaucoup de choses. L’aval va bien économiquement - mais restons prudents - et l’amont a tant de défis qui l’attendent. C’est une période palpitante », lançait-il en introduction de cette deuxième édition de Vinosphère. L’animatrice, la journaliste Marie-Odile Monchicourt, expliquait que, « face aux grands bouleversements », celle-ci constate généralement trois types d’attitudes : le déni, l’opportunisme ou l’adaptation. Clairement, les trois pôles du BIVB qui ont travaillé à organiser le rendez-vous « interactif » optaient pour la dernière option. Et ils comptent sur chaque vigneron et négociant pour s’adapter et « préparer le futur de la filière ».

Quatre cépages résistants

Pour cela, l’interprofession tient de plus en plus d’outils à leur disposition. A la fin du séminaire, huit ateliers permettaient de le constater et de s’informer sur les principaux : météos, OAD sur la plantation, réseaux sociaux, études de marchés…. Mais celui qui rencontrait le plus de succès était incontestablement la dégustation de vins élaborés à partir de variétés résistantes : Artaban et Vidocq pour les vins rouges, Floréal et Voltis pour les blancs. Prometteurs. Reste que ces cépages ne sont pour l'heure pas autorisés dans le cahier des charges des AOC bourguignonnes. En attendant, ces cépages pourraient être envisagés autour des lieux sensibles (écoles, Ehpad…), et cela afin d'éviter les nuisances des traitements contre le mildiou et l’oïdium, au cas où une telle interdiction de traiter à proximité voyait le jour. Dans les couloirs, nombre de professionnels disaient craindre la prochaine émission de Cash Investigation qui sera diffusée sur France 2 le 27 février et qui abordera la question des pesticides en Bourgogne…

Effondrement capital

Le grand témoin de la matinée, le biologiste, Pierre-Henri Gouyon donnait une autre explication sur l’origine de ces polémiques finalement pas si nouvelles. « Il existe deux rapports à la nature : l’harmonie de l’Homme avec la nature de Jean-Jacques Rousseau contre la vision du comte de Buffon, un Bourguignon, pour qui la nature est mauvaise et doit être cultivée ». Des théories intéressantes mais quelque peu datées, reconnaissait-il.

Plus contemporaine, il essayait de partager sa vision de la biodiversité, citée partout à longueur de temps. « La biodiversité d’hier n’est pas celle de demain. La vie fabrique tout le temps de la biodiversité. C’est un équilibre dynamique », renvoyant ainsi à leurs études, celles et ceux qui aimeraient mettre la nature sous cloche. Par contre, il mettait en garde sur « l’effondrement » en cours, avant d'inviter tous les paysans et vignerons à « cultiver de la biodiversité ». Pour lui, c’est la meilleure « garantie » contre les parasites et autres maladies. A la sortie, les vignerons semblaient perplexes. Si le discours était séduisant, si la volonté peut vite être communicative, la disponibilité du matériel végétal actuelle, les règles strictes de l’INAO et la réalité économique des domaines rendaient la démonstration trop théorique. Dommage… Reste l’alerte lancée : « Je ne suis pas inquiet pour la planète. La nature survivra. Je suis inquiet pour les humains car l’effondrement de la biodiversité ne sera pas agréable à vivre », prévenait-il.

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