Environnement Pratique

L’agriculture de précision au service de l’agroécologie ?

Dans certains discours, agriculture de précision et agroécologie sont présentés comme incompatibles. Points de vue. 

L’agriculture de précision est-elle compatible avec l’agroécologie ? C’est à cette question que les intervenants d’une conférence, organisée le 4 septembre à l’occasion du salon Innov'Agri, à Outarville, ont tenté de répondre. Certaines prises de parole tendent à opposer les deux pratiques. Gilbert Grenier, professeur de machinisme et d’agriculture numérique à Bordeaux Sciences Agri, a rappelé d’emblée un bref historique de l’agriculture de précision. Elle est née, aux États-Unis dans les années 1980, suite à la suppression des subventions pour l’agriculture, ce qui avait alors entrainé une grosse crise agricole. « À cette époque, la modulation des doses d’engrais était une manière pour les agriculteurs de serrer les boulons », indique Gilbert Grenier. En France, cette pratique est connue depuis les années 1990. L’agriculture de précision consiste à appliquer la bonne dose, au bon endroit, au bon moment, en utilisant des outils permettant d’avoir des informations précises sur l’exploitation « tout est important », affirme le professeur de machinisme. Pour Rémi Dumery, cultivateur Beauceron, l’agriculture de précision se fait en plusieurs étapes, pour agir avec précision. « En début de campagne, nous regardons ce qui se passe sous le sol, aspect, texture, pour gérer les épandages, le chaulage, mais aussi l’irrigation pour utiliser la quantité d’eau nécessaire, pas plus pas moins. Après le 15 janvier, nous regardons ce qui se passe dans les cultures, afin de jouer sur les apports d’azote et les régulateurs de croissance, et ainsi avoir un rendement le plus homogène possible. La dernière étape est l’analyse des cartes de rendements au moment de la récolte », raconte l’agriculteur.

Un outil au service des nouveaux enjeux 

Gilbert Grenier déclare, cependant, que l’agriculture de précision n’est pas un outil « presse bouton », mais un outil pour analyser les données afin de connaitre la relation entre action et résultats. Cette pratique permet ainsi d’identifier, au moment de la récolte mais aussi lorsque les cultures sont en place, les effets des actions réalisées par l’agriculteur. Par exemple, grâce aux capteurs de biomasse on peut savoir si l’apport de tel ou tel amendement aura un effet sur la culture. Des stations connectées peuvent renseigner la météo de manière précise, parcelle par parcelle, voire communiquer entre elles. « Grâce à ces données météo précises nous savons exactement quand intervenir sur les parcelles, et donc comment organisé notre travail », indique Pierre-Henri Hamon, président du réseau d’ETA Cléo. De son côté, l’agroécologie rassemble un certain nombre de thèmes, dont la réduction de l’érosion des sols, l’augmentation de la fertilité, l’accroissement de la biodiversité… Pour Gilbert Grenier, l’agriculture de précision est au service de l’agroécologie car, en limitant les intrants, notamment, elle permet d’augmenter la fertilité des sols et de diminuer leur érosion. « En agroécologie et en agriculture de précision la fiabilité des données est un point important », ajoute-t-il. De plus, elle participe à la biodiversité en favorisant la diversité des espèces plantées, au sein même des parcelles ; « grâce à l’autoguidage et à la géolocalisation nous pouvons semer deux espèces dans une même parcelle », précise Pierre-Henri Hamon. « L’agriculture de précision ne remplace par nos outils, elle permet juste de mieux les utiliser et donc de mieux répondre aux nouveaux enjeux que ce soit en termes de qualité, de biodiversité, de préoccupations environnementales », conclut Rémi Dumery.

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