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L'environnement économique de l'élevage souffre aussi de la crise. En témoigne ce courrier adressé, en Dordogne, par un vétérinaire à sa clientèle

La crise de l’élevage, on le sait, ne touche pas que le seul monde de l’élevage. En amont, en aval, on serre aussi les vis comme en témoigne le courrier adressé par un cabinet vétérinaire de la Dordogne à ses clients éleveurs. Cela n’est pas encore le cas chez nous, mais…

La crise qui frappe l’élevage a peu à peu gagné d’autres acteurs de la filière. Les vétérinaires n’y échappent pas.

Par discrétion, on ne fera pas figurer ici le nom du cabinet, ni celui de la commune concernée. Tout simplement parce qu’il y ait question de la crise de l’élevage qui, quoi qu’on en pense, atteint aussi nombre de partenaires des éleveurs, en amont, en aval… Nul ne peut en effet plus se dire à l’abri de cette crise qui conduit, bon an, mal an, à la disparition de quelques 2.100 éleveurs allaitants chaque année en France.

Cette crise, c’est aussi la crise de pans entiers de notre ruralité, de nos territoires ruraux, de leur économie parfois fragile…

Alors, ce courrier, il prend un sens tout particulier. C’est pourquoi nous avons tenu à vous le reproduire dans son intégralité, seuls les intertitres sont de notre fait. Parce que qui sait, demain, certains cabinets vétérinaires de Saône-et-Loire adresseront le même genre de missives à leur clientèle agricole…

On n’en est pas encore là, mais au rythme où vont les choses, mieux vaut être prudent.

N. D.

 

Un courrier qui en dit long…

« Les difficultés économiques du monde de l'élevage sont connues de tous les professionnels de la filière agricole. Les vétérinaires sont très largement impactés par cette situation. Nos confrères autour de Périgueux et Bergerac ont fait le deuil de cette activité.

Cette activité aléatoire nécessite d'avoir en permanence un vétérinaire prêt à partir sur les visites et les urgences, de jour comme de nuit. L'emploi de ce vétérinaire a un coût important, bien plus important que le chiffre d'affaires réalisé. Ce dernier diminue de 15 à 20 % par an.

Aujourd'hui, je me vois contrainte de me séparer d'un vétérinaire et d'une secrétaire pour faire face aux charges trop importantes eu égard au chiffre d'affaires. Les règles seront donc changées quant à la gestion des visites :

„♦ Il n'y aura plus de vétérinaire "en attente" de visites.

„♦ Les visites urgentes sont les vêlages sur veau vivant ou engagé, les matrices et les fièvres de lait sur les laitières fraîchement couchées.

„♦ Les autres visites seront considérées comme non urgentes.

„♦ Nous assurerons les urgences du mieux que l’on pourra. Les autres motifs de visites seront considérés comme non urgents et nous ferons notre possible.

„♦ Les veaux transportables seront à amener au cabinet.

Le déclin…

Malheureusement, nous ne pouvons promettre plus. L'avenir du maintien de notre activité en rurale est plus que compromis.

Les éleveurs hors de notre zone de chalandise auront leurs services fortement impactés puisque nous ne garantirons plus notre venue. Les éleveurs historiquement de notre clientèle et nous faisant travailler et donc vivre conservent la priorité de nos services.

Pour ceux qui ont encore des doutes, les visites (hors médicament) payaient autrefois le vétérinaire et les médicaments payaient la structure et les secrétaires. Les éleveurs ayant fait le choix d'acheter leurs médicaments ailleurs (coopérative ou vétérinaire peu scrupuleux à vendre sans assurer les visites) participent directement à ce déclin.

Les éleveurs ayant pris pour habitude de dépasser allégrement le délai de trésorerie accordé de trois mois seront dorénavant en paiement comptant pour les visites et les médicaments. Merci de comprendre la situation et de préparer les moyens de paiement si vous êtes concernés.

Tout notre possible

Les prix ont été revus pour les déplacements. Ceux des actes seront peut être revus pour qu'il y ait deux tarifs, prenant en compte votre participation au maintien de notre activité (deux catégories non liées au chiffre d'affaires total mais au chiffre par bovin pour ne pas léser les petits éleveurs qui jouent le jeu en nous faisant travailler et pour les visites et pour les médicaments).

Je vous rappelle toutefois que nous faisons réellement notre possible pour aider l'élevage. Nous accordons les trois mois de délai de paiement pour aide à votre trésorerie et nous vendons certains médicaments à prix coûtant, dont les antiparasitaires (NDLR, le courrier date du printemps dernier).

Pour les éleveurs en mal d’avoir un vétérinaire sanitaire et pour lesquels nous avons accepté par principe d'assurer au moins la prophylaxie, nous vous incitons à faire pression sur le GDS et la DDCSPP pour que ce service perdure. L'avenir de la rurale dans notre cabinet semble fortement compromis, les premiers à en pâtir seront les éleveurs les plus éloignés du cabinet.

Ceux qui me connaissent savent ce qu'il m'en coûte de prendre ce genre de décision. Je reste à disposition pour en discuter au gré de nos rencontres ».

 

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