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Ecophyto II+ et sortie du glyphosate : Première sortie du Mr « Task Force Glyphosate » à Dijon

En lien direct avec l’Elysée et Matignon, et rattaché à pas moins de six ministres ou secrétaires d’Etat (Ecologie, Santé, Recherche, Agriculture), le préfet coordinateur du plan Ecophyto II+, Pierre-Etienne Bisch préside depuis décembre 2018 le comité d'orientation stratégique et de suivi (COS) du plan national de réduction des produits phytosanitaires. Il incarne la « task force » du Gouvernement face au glyphosate notamment. Sa première sortie en région s’est déroulée le 10 juillet dernier en Bourgogne Franche-Comté, à Dijon. La profession n’a pas manqué l’occasion de lui passer nombre de messages.

Pour rappel, le nouveau plan Ecophyto II+ affiche - une nouvelle fois - la volonté d’atteindre les objectifs de réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques de moitié d’ici à 2025 et de sortie du glyphosate pour une majorité des usages d’ici fin 2020. Les Préfets de région seront mobilisés pour déployer le plan Ecophyto II+ dans les territoires en lien avec les professionnels, les agences régionales de santé et les collectivités territoriales. Pour sa première sortie en région, Pierre-Etienne Bisch avait choisi la région Bourgogne Franche-Comté pour rencontrer notamment Bernard Schmeltz, préfet de la région et préfet de la Côte-d'Or, le 10 juillet à la Maison régionale de l'innovation de Dijon.
Pierre-Etienne Bisch a expliqué le sens de cette mission : « il y a un manque de coordination entre les ministères sur la question des phytosanitaires, on se marche un peu sur les pieds pour être réellement efficaces sur ce sujet. Nous devons établir une nouvelle feuille de route à l’automne pour réduire d’ici 2025 de moitié l’utilisation de ces produits en agriculture ».
Profitant de cette visite, les professionnels de la FRSEA, des JA et des chambres d’agriculture ont souhaité exprimer leurs inquiétudes sur ces questions sensibles. Ils avaient donc sollicité une rencontre pour exprimer les difficultés rencontrées et demander des précisions sur les nouveaux projets réglementaires qui pourraient complexifier encore le travail au quotidien des agriculteurs.


Expliquer au grand public la réalité de nos pratiques


Après une rapide présentation sur un sujet aussi brûlant, les professionnels n’ont en effet pas tardé à réagir aux propos introductifs du préfet. Premier à s’exprimer, Christophe Ruffoni, représentant la chambre d’agriculture de Haute-Saône, a commencé par vider son sac sur l’injustice médiatique criante en France : « Jamais dans les émissions à charge du service public, on explique la réalité de nos pratiques. Dans certains pays, on utilise le glyphosate pour faire mûrir le colza. En France, le glyphosate n’est jamais utilisé sur les cultures en place ». Pourtant, les émissions entretiennent la confusion pour servir une idéologie et assurer une certaine audience. « Sur les quantités de produits utilisés, il faudrait aussi être plus précis » ajoute Éric Bonnefoy, de la FDSEA du Doubs. Un appel pour re-contextualiser les chiffres par rapport à d’autres secteurs (jardiniers amateurs, SNCF, autres pays…) et deux pour éviter de mélanger tout et n’importe quoi : « les quantités augmentent surtout avec le développement de l’agriculture biologique, c’est quand même paradoxal ! En réalité, vous comptabilisez le cuivre et le soufre dans vos statistiques tronquées. Ce n’est pas normal ! », critiquait-il cette fois en direction des services ministériels.
Disant tout haut le ressenti de la plupart des agriculteurs, Fabrice Faivre, président de la FDSEA de Côte d’Or n’en tenait plus : « il faut arrêter de nous prendre pour des abrutis. Les traitements, on les raisonne sur nos entreprises, avec les contraintes financières que nous avons sur nos exploitations, nous n’avons plus le droit à l’erreur ». Et de glisser sur le sujet du glyphosate : « c’est quand même un produit peu rémanent dont il est difficile de se passer dans certains cas sur les exploitations. Avant de le supprimer, il faut trouver une solution réaliste ». Si le préfet Bisch n’aura peut-être pas de solution alternative miracle, il a quand même en main le dossier de la nouvelle étude réalisée par l’ANSES pour confirmer ou informer que ce produit pourrait être dangereux pour la santé humaine. Arnaud Delestre, président de la chambre d’agriculture de l’Yonne, demandait clairement du temps, sur le glyphosate ou d'autres phytos, pour faire évoluer les pratiques : « les solutions sur le terrain ne sont pas faciles. Parfois, on doit faire face à des impasses techniques comme sur le colza. La recherche doit nous aider à apporter des réponses viables ».

Ne pas décourager les jeunes à faire ce métier

Après cette première série de réactions, Frédéric Perrot, président de la FRSEA, a complété sur les aspects humains des messages envoyés aux professionnels : « toutes ces attaques perpétuelles finissent par miner le moral des agriculteurs et vous finissez par décourager de nombreux jeunes à faire ce formidable métier. Si nous avons des responsabilités sur le choix de nos pratiques, les représentants de l’État ont des responsabilités pour éviter des approches irrationnelles, jouant sur la peur. Ils doivent rassurer en expliquant les démarches réalisées pour assurer la sécurité de notre alimentation » dont découle notre bonne santé collective, comme le montre notre espérance de vie inégalée dans l’histoire humaine.
Dans cette rencontre tendue, pas une minute sur les soixante prévues, ne fut perdue. Gérald Pichot, président des JA de Haute-Saône, précisait quelque points, histoire de rappeler que la profession ne cherche pas à opposer les systèmes : « je suis en agriculture biologique et ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de construire des filières solides, ici comme ailleurs. La grande distribution ne doit pas être la seule à capter la valeur ajoutée » des efforts demandés pourtant aux seuls agriculteurs.

Parlez de nos réussites

Le mot de la fin fut sans conteste celui de Christian Decerle, président de la chambre régionale d’agriculture qui synthétisait : « on ne peut pas laisser décrier toute une profession sans réagir », débutait-il, histoire de souligner le silence assourdissant des Gouvernements successifs pour défendre l’agriculture française et le manque d’appui des Ministères. « L’agriculture reste vitale pour la population car il s’agit rien de moins que de notre alimentation. Alors, il faut aussi parler de nos réussites. Car aujourd’hui, les agriculteurs ont besoin de perspectives et un rapport sur l’avenir de notre agriculture serait vraiment le bienvenu. Aujourd’hui, les agriculteurs ont des difficultés à en percevoir le sens. On leur demande de plus en plus de respecter nombre d’exigences environnementales et pourtant, « en même temps », avec les accords EU-Mercosur, on ouvre grand la porte à des produits qui ne les respectent pas. Sur ce sujet, il ne peut plus y avoir de double langage. Nous ne pouvons pas importer l’agriculture que nous ne voulons pas ! »
Pierre-Etienne Bisch cherchait donc à conclure ce jour ce « sujet difficile. Je suis à votre écoute et j’ai du respect pour votre travail. Mais nous avons des objectifs et il va falloir apporter des réponses. La solution n’est pas simple, mais nous devons nous inspirer des meilleures pratiques pour ensuite les promouvoir », laissait-il tout le monde dans le doute sur le sens de sa réponse laconique. Le débat n’est en tout cas pas clos et il s’est d’ailleurs  ensuite poursuivi toute la matinée en commission régionale de l’économie agricole et du monde rural, durant ces deux jours en Bourgogne Franche-Comté.

Alex Sontag - FRSEA BFC

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