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Malgré le changement climatique, le viticulteur français plutôt enclin à rester sur son terroir

Face au changement climatique et à ses effets attendus d'ici 2050, les viticulteurs français seraient plutôt enclins à innover pour rester sur leur terroir qu’à investir dans d’autres régions moins sèches ou plus fraîches comme la Bretagne, observent deux chercheurs français qui ont présenté leurs résultats au congrès de la Confédération nationale des AOC viticoles (Cnaoc), qui s’est tenu le fin avril à Calvi (Corse). Une étude qui conforte l'attachement aux terroirs, aux valeurs associés plutôt que partir à l'aventure ailleurs.

La Bourgogne avec ses AOC, ses 1er crus, ses lieux-dits, ses climats... sont l'emblème mondial d'une viticulture des terroirs, ancrée dans ses territoires. «

Le congrès de Cnaoc a approfondi un sujet déjà évoqué à FranceAgriMer à propos de quatre scénarios permettant de réfléchir autour de la viticulture possible en 2050. Dans le scénario conservateur, le secteur innove un peu mais sur les mêmes bases qu’actuellement et subit les attaques des politiques restreignant les boissons alcoolisées. Dans le scénario libéral, il est dominé par l’aval et la nature même du vin est transformée par des assembleurs de vins internationaux. Dans le scénario « nomade », les viticulteurs fuient leur terroir et conquièrent de nouveaux bassins. Dans le scénario « innovant », ils restent dans leur terroir et font face aux défis en intégrant l’innovation dans leurs cahiers des charges. 

Innover pour rester

Deux chercheurs, Jean-Marc Touzard (Inra) et Hervé Hannin (Supagro à Montpellier), ont livré quelques résultats d’une étude qu’ils sont en train de mener sur la perception du secteur viticole face à ces scénarios. Déjà 500 viticulteurs ont été approchés. « Il ressort de cette étude encore en cours un consensus général marqué par une volonté de rester sur les lieux. Les viticulteurs ont conscience que leur terroir est porteur de valeur », a indiqué Jean-Marc Touzard. En revanche, deux scénarios ont été rejetés, le scénario libéral et le scénario nomade. L’attitude libérale face au changement climatique est rejetée parce que les vignerons y voient se profiler une viticulture à deux vitesses, l’exploitation de petite taille étant peu à peu marginalisée par des opérateurs industriels.

Le scénario nomade représente quant à lui l’inconnu. Il fait peur. « Le scénario innovant est un scénario d’attaque, le scénario nomade est un scénario défensif », a résumé Hervé Hannin. Dans les consultations qui ont eu lieu, « aucun viticulteur n’a fait référence à une viticulture pionnière ou conquérante, qui aurait pu entrer dans le scénario nomade », a commenté Hervé Hannin. Il a évoqué plusieurs régions qui pourraient devenir des lieux de conquête pour la vigne, tels les monts du massif armoricain en Bretagne ou dans les monts du Forez (Massif central), d’autant plus que le prix du foncier y est dérisoire.

Revenant aux préoccupations de 2018, le congrès de la Cnaoc a été l’occasion d'une prise de parole d’un vigneron de Provence qui a fait état des difficultés à changer l’attitude des administrations sur le sujet de l’irrigation. « Nous prélevons à peine 4% de l’eau du canal de Provence. Or si nous le faisions pas, nous serions obligés de creuser des forages, ce qui aurait des conséquences sur l’état des nappes ». Le directeur de l’Institut de la vigne et du vin, Jean-Pierre Van Ruisk, a rappelé que l’irrigation de la vigne n’a rien à voir avec l’inondation des vignobles et que les capteurs météorologiques et les capteurs de sèves permettent de mesurer précisément les besoins de la plante.

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