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Expliquer et enrayer les controverses sanitaires

Le 7 février, lors d’une conférence organisée par l’Ifocap, des experts, dont le directeur général de l’Anses, ont expliqué les raisons de l’apparition de cette crise de confiance des consommateurs à l’encontre des scientifiques. Pour enrayer les controverses sanitaires, le directeur général de l'Anses a rappelé qu’il était d’important d’informer le citoyen et de l’intégrer dans les processus décisionnels.

« Le sujet des perturbateurs endocriniens est un méga sujet, il se situe à la croisée de différentes disciplines et totalise de nombreux enjeux sanitaires et environnementaux » a affirmé Josquin Debaz, ingénieur recherche à l’EHESS, à l’occasion d’une conférence organisée le 6 février par l’Ifocap sur le sujet des controverses sanitaires. Il a également ajouté que la problématique des perturbateurs endocriniens, et des controverses sanitaires, remonte à la découverte de l’effet faible dose.

Avant ce dernier, les scientifiques déterminaient une dose à partir de laquelle le produit n’avait plus d’effet néfaste sur les êtres vivants et divisaient ensuite ces doses par 100 afin de fixer les doses d’utilisation. Cependant à partir des années 90 des scientifiques ont découvert que certains produits pouvaient avoir des effets négatifs même à une dose en dessous de celle recommandée.

Le principe même des doses recommandées a ainsi été remis en cause, notamment pour les produits contenant des perturbateurs endocriniens. Roger Genet, directeur général de l’Anses a confirmé ce changement de paradigme en affirmant que « pour les citoyens ce n’est plus la dose qui faisait le poison mais le produit, cette remise en question est la cause d’une confusion quant aux effets néfastes des produits ». Cette apparition de l’effet faible dose a donc déconcerté les consommateurs, mais aussi le monde scientifique qui s’est vu dans l’obligation de répondre à un certain nombre de questions afin d’adapter la réglementation. Ils ont donc dû se pencher sur la manière de traiter les durées et les fenêtres d’expositions.

L’apparition du principe de précaution

Le directeur de l’Anses a ajouté que les scientifiques devaient désormais fournir des modèles, basés sur des simulations, aux politiques pour construire la réglementation. Ils ne peuvent en effet pas s’appuyer sur des preuves directes, mais sur des modélisations qui simulent les effets ; impossible de tester directement les effets des perturbateurs endocriniens sur un fœtus.

Sur le sujet du glyphosate, qui a défrayé la chronique, Roger Genet estime que bien que l’Anses et l’OMS n’est pas rendu les mêmes conclusions, la première considérant le produit comme non potentiellement dangereux pour la santé à court terme et la deuxième affirmant le contraire, ce ne sont pas les modèles d’évaluation qui sont différents, mais la graduation de la preuve. Il explique ainsi que « les comités d’experts avaient des critères d’évaluation et des niveaux d’incertitudes différents mais des modèles et des résultats communs ».

Ce changement de paradigme a entraîné l’apparition du principe de précaution dans la réglementation. Ainsi, lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertain en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques, veillent, par application du principe de précaution, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

Le scientifique doit descendre de son piédestal

Pour Josquin Debaz, « le principe de précaution n’est pas un principe de blocage, mais un principe d’action ». Roger Genet affirme ainsi que « l’on est actuellement dans une crise de confiance à l'égard du monde scientifique, car nous sommes passés d’une société rationnelle qui fait confiance aux scientifiques à une société plus «émotive » où le citoyen challenge de plus en plus l’expert ».

Il ajoute que la perception du risque a évolué, le citoyen, s’il accepte les risques qu’il prend individuellement, il n’accepte plus les risques collectifs. Sur le sujet des produits phytosanitaires, par exemple, il ne voit plus l’intérêt du risque que lui font prendre les agriculteurs.

Il faut l’informer du bénéfice pour lui-même de cette utilisation. Roger Genet précise « qu’il faut sortir du modèle classique de l’expert qui s’exprime directement ». Sa démonstration doit être de plus en plus poussée pour convaincre les citoyens, le scientifique doit donc descendre de son piédestal.

Le directeur de l’Anses affirme que c’est ainsi que le scientifique peut déconstruire les fakes news, les contres vérités qui sont la conséquence d’un déficit de connaissance. Il a conclu sa présentation en notant qu’il faut désormais avoir des réponses collectives. Le citoyen doit être intégré aux décisions et être informé régulièrement afin de ne plus être pollué par les contre-vérités.

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