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Le dossier du glyphosate a agité les débats, mais d'un point de vue scientifique, de quoi est-il vraiment question ?

Les fêtes de fin d’année sont passées, elles ont souvent été l’occasion de discuter du dossier Glyphosate avec des non agricoles. Retour sur l’essentiel des faits pour ne pas laisser dire n’importe quoi.

Contrairement au monde agricole et à l’industrie qui restent sur des faits précis, les ONG n’hésitent pas à contourner la réalité et à surfer sur la peur en utilisant tous les moyens de communication, en utilisant tous les moyens de communication. Comme e

Expliquer pourquoi et comment on utilise le glyphosate de manière raisonnée sur son exploitation, chaque agriculteur sait le faire. Idem pour expliquer qu’il n’y a pas d’OGM Roundup-ready en Europe. Mais le seul axe utile pour convaincre les concitoyens, c’est celui de l’existence ou non d’un problème de santé. A ce sujet, beaucoup n’ont retenu que la position du CIRC. Pourtant, la validité de son analyse a été remise en question par toutes les agences d’Europe et du reste du monde (Japon, Corée, Nouvelle-Zélande, Suisse, Etats-Unis, Canada...). Et même en France, l’Anses n’est pas allée dans le sens souhaité par les leaders gouvernementaux et faiseurs d’opinion, malgré la pression. Et en Europe, dix-huit pays représentant 65 % de la population ont voté pour le renouvellement pour cinq ans.

« Il n’y a toujours aucune raison scientifique d’interdire l’utilisation du glyphosate »,  a même mis en avant le ministre de l’Agriculture allemand.

Que disent les agences scientifiques ?

CIRC : en mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer a examiné les publications sur le dossier et estimé que les preuves étaient "suffisantes" sur l’animal. Côté humain, sur un cancer, le lymphome non hodgkinien, il a décelé des liens avec l’utilisation du glyphosate, des liens toutefois qualifiés d’"insuffisants". Sur tous les autres cancers, il n’a rien décelé. Dans une telle situation, c’est le règlement, il a classé en catégorie "2A", c’est-à-dire "Probablement cancérogène". Le lobbying environnementaliste européen et nord-américain (très présent à Bruxelles) s’est emparé de cette étude. Il est passé à l’attaque, coordonnée pour faire échouer le renouvellement du glyphosate, en s’appuyant d’abord sur le pays le plus "sensible", la France.

BFR/Esfa : l’Agence d’évaluation sanitaire allemande, Etat membre rapporteur pour l’Europe en charge de l’évaluation du glyphosate, avait conclu au caractère non cancérigène de la substance active et remis son rapport à l’Efsa, l’Autorité européenne de Sécurité des aliments. Fin 2015, cette dernière a évalué le rapport BFR et l’a soumis aux agences scientifiques de tous les Etats membres* pour qu’elles examinent le dossier. A l’issue du traitement de toutes les observations faites sur le rapport (dont celle des ONG), l’Efsa a transmis ses conclusions à la Commission européenne et les a publiées sur son site internet. Nouvelle procédure en 2017, avec les mêmes conclusions.

Anses : pour tenter de contrer la position européenne, le Gouvernement a demandé un complément à l’Anses, l’agence française. En février 2016, elle a analysé les conclusions du CIRC. Elle précise alors que « la revue des données expérimentales montre un lien entre l’exposition au glyphosate et l’occurrence de quelques types de tumeur mais généralement limité à un seul sexe et, selon les cas, sur des lignées sensibles (NDLR : au cancer) ou après exposition à fortes doses ». L’Anses indique : « au vu de cet ensemble de résultats, le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal peut être considéré comme relativement limité (et non "suffisant" comme l’indiquait le CIRC) ». Elle a, en même temps, recommandé d’interdire un co-formulant, le tallowamine.

OMS/FAO : un rapport conjoint de l’OMS (maison mère du CIRC) et de la FAO, de mai 2016, conclut « qu’il est improbable que le glyphosate pose un risque cancérogène pour les humains, du fait de l’exposition par le régime alimentaire ».

Côté argumentation…

A propos de :

• Conflit d’intérêts : c’est là l’argument majeur des ONG pour dénigrer les scientifiques qui ne vont pas dans leur sens. Mais "arroseur-arrosé", Christophe Portier, scientifique américain invité (le seul) comme spécialiste par le CIRC s’avère être un militant anti-OGM et anti-glyphosate… On fait mieux en matière d’objectivité. L’enquête du congrès américain en cours révèle qu’il a même été embauché par un cabinet d’avocats américain qui poursuit Monsanto au nom de victimes présumées du Roundup.

• Copié-collé : les ONG ont tenté de dénigrer le rapport européen, soi-disant copié-collé de données des industriels. L’Esfa a toutefois fait remarquer que les paragraphes ainsi dénoncés étaient « des extraits et des références à des études disponibles, soumis par les candidats, clairement indiqués comme tels ».

• Amiante : le lien entre l’asbestose pulmonaire et l’amiante est connu (GB) depuis 1927. Le premier classement en cancérogène pour l’Homme par le CIRC date de 1973. Il a fallu attendre 1996 pour les premières interdictions européennes. La médecine savait, les décideurs, les politiques ont freiné. Pour le glyphosate, c’est l’inverse. Une partie des politiques veut l’interdire pour des motifs d’orientation de l’agriculture. Ils cherchent un prétexte médical, mais ne le trouvent pas.

Pas de danger ?

Quand bien même l’ingestion du glyphosate à des doses importantes serait potentiellement cancérigène, il n’y aurait pas de danger en Europe car le glyphosate n’est pas utilisé directement sur les cultures. Les analyses de récolte de blé, de soja, de maïs chez les agriculteurs français le confirment : il n’y aucune trace de glyphosate dans les grains.

Pourtant des traces ont été trouvées par Génération futures ?  Cette étude est un outil de communication du lobbying anti-glyphosate. Elle a été diffusée sans analyse par la majorité des médias. Comme elle l’indique, Génération futures s’est concentré sur des « aliments susceptibles de contenir des résidus de glyphosate ». Près de la moitié sont sans trace, les autres sont avec des quantités infimes. Europe 1, dans l’émission "Le vrai/faux de l’info" du 18 septembre titrait "Glyphosate : comment effrayer la ménagère en détournant une étude pourtant rassurante". Les journalistes y expliquent que, même pour les lots détectés avec les traces les plus importantes, « il faudrait manger 160 paquets de céréales ou 8,5 kg de lentilles par jour ».

Voici le lien vers Europe 1 : www.forumphyto.fr/2017/12/19/glyphosate-un-enjeu-dabord-politique-et-societal/

Comment s’expliquent les traces ?

Deux explications à la lecture des analyses :

• Outre Atlantique et au nord de  l’Europe, le glyphosate est utilisé pour détruire les mauvaises herbes encore présentes avant moisson : toutes les céréales soufflées du petit déjeuner testées par Génération futures avec traces sont de marques britanniques ou américaines !

• Pour les lentilles sans appellation ou celles d’importation, le glyphosate peut être utilisé pour assurer la maturation avant récolte. Dans l’analyse de Génération futures : pas de trace sur des lentilles vertes du Berry ou du Puy, mais des traces sur les lentilles ou pois chiches d’importation !

Pas de danger avec la nourriture, mais pour les applicateurs du glyphosate ?

La pulvérisation au ras du sol, dans une parcelle sans intervention manuelle, amène très peu de contact avec le produit : les études statistiques de la MSA sur le cancer chez les agriculteurs sont rassurantes. Et surtout, l’étude ciblée des cancérologues américains sur 54.000 personnes, sur vingt ans, publiée après les conclusions du CIRC, montre que l’utilisation du glyphosate n’augmente pas le risque de cancers.

Pour rassurer, que serait-il possible de faire ?

Pour éviter la moindre crainte, même non fondée, il suffirait - comme le proposait le parlement européen et la FNSEA - d’interdire l’usage du glyphosate avant récolte. C’est simple à contrôler par l’analyse de traces dans le grain. Si le gouvernement avait voulu réellement en rester au "principe de précaution", c’est la méthode qu’il aurait pu utiliser… au lieu ce cela, il a laissé la désinformation installer un doute contre lequel il sera difficile de lutter.

Jean-Yves Chauveau

Une désinformation organisée

Les ONG, organisées mondialement et très disciplinées, n’hésitent pas à contourner la réalité et à surfer sur la peur et la dénonciation sans preuve. A contrario, par leur culture scientifique, le monde agricole et de l’industrie restent sur des faits précis. Dans cette crise, les médias n’ont pas joué leur rôle d’analyse et de contrepouvoir et répété sans aucun sens critique ce que disait le lobby des ONG, proche culturellement des journalistes. C’est celui qui avait le plus de moyens pour parler plus fort et plus souvent. Surtout que cela allait dans le sens d’un anti-américanisme culturel contre un mythe, Monsanto, très maladroit dans sa communication. Les scientifiques des agences sont, eux, soumis au devoir de réserve. Ceux qui osent parler sont violemment attaqués sur les réseaux sociaux…

Pendant des mois, les anti-glyphosate ont effrayé l’opinion publique, accusé les scientifiques de collusion, les ont soumis à la vindicte populaire, pour masquer l’indigence de leurs arguments. C’est ce qu’ont compris les décideurs des dix-huit pays de l’Union européenne qui se sont appuyés sur les faits et l’ont assumé devant leurs électeurs. Mais en France, les ministres "techniciens" Le Foll puis Travert, qui se sont appuyés sur ce que disaient les scientifiques, n’ont pas réussi à ce que l’Etat assume son rôle d’arbitre impartial. Le dossier s’est imposé comme politique et c’est une ex-ministre et un ministre, avec une relation particulière au pouvoir et au président en place, Ségolène Royal et Nicolas Hulot, qui ont finalement imposé leur volonté. En même temps, l’argumentaire d’Emmanuel Macron - « trois ans pour trouver une solution » - laisse l’espoir d’une porte vers un peu de réalisme…

Reste que pour nos élus le dossier est tout sauf technique, mais sociétal, comme Stéphane Travert l'a rappelé à plusieurs reprises. Et dans ce domaine, le débat semble tranché.

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