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Dans l'Ain, aux portes de la Saône-et-Loire, Michel Temporal prépare les prochaines Glorieuses de Bresse

Chapons, poulardes seront sur les étals mi-décembre lors des célèbres Glorieuses de Bresse. Reste que depuis le printemps, les éleveurs ont commencé à les engraisser en respectant un cahier des charges très strict. Rencontre avec Michel Temporal à Pont-de-Vaux, plusieurs fois vainqueur lors des éditions précédentes des Glorieuses.

Michel Temporal suit la croissance de ses « futures Glorieuses » dans les moindres détails car, comme il aime à le préciser, « un beau chapon se prépare dès le mois de mars ».

« Vous me trouverez facilement, je suis juste après la pancarte indiquant Pont-de-Vaux ». La coquette exploitation de la famille Temporal est nichée au fond d’une cour et bordée de fleurs. Les volailles, on ne les voit pas depuis la route, et pour découvrir le poulailler, il faut traverser la maison, se rendre à l’autre bout de la pelouse en passant sous les arbres fruitiers et en longeant le jardin potager. Celles qui régaleront nos repas de fin d’année cherchent des vers dans le sol. « Les voilà, les futurs chapons. Faut les surveiller comme des gamins ! », lâche Michel en les regardant avec attention tout en expliquant dans les moindres détails où en est chaque volatile dans sa croissance. A vue d’œil, il peut vous donner son poids.

Tout commence début mars

Ce sont les chapons qui démarrent les premiers, 360 poulets livrés pour environ 250 bêtes vendues. Début juillet, les poussins sont venus grossir les rangs des futures volailles fines. « Pendant cinq semaines, elles sont nourries avec un aliment complet homologué par le CIVB, le Comité interprofessionnel de la volaille de Bresse », explique l’éleveur. « Après, elles vont passer aux céréales, un mélange de blé, maïs, sarrasin, poudre de lait alimentaire. Le matin, elles mangent à sec et le soir de la pâté que nous leur préparons. C’est beaucoup d’heures de travail et jamais le droit à l’erreur ! », confie l’éleveur. Installé depuis 1986, il a alors repris l’exploitation de son père.

Aujourd'hui, deux hectares sont consacrés aux volailles, 110 hectares à la culture de courges, un cheptel de 55 vaches allaitantes complète l’activité.

Un métier fait d’incertitudes

« Pendant un an, on met tout dans le panier et on voit le résultat. C’est angoissant car on dépend beaucoup du climat, la sécheresse ne fait pas notre bonheur, les volailles trouvent moins de vers de terre. Cette année, il y a beaucoup de trèfles dans les prés et ce n’est pas bon, la chaire va être plus jaune. Plus tard dans la saison, à mi-octobre, il nous faut du froid pour que la graisse se répartisse bien », précise Michel Temporal.

Le fruit de son travail, ce n’est finalement que vers le 10 décembre qu’il le verra, lorsqu’il commencera à tuer ses volailles. « C’est au premier jour de l’abattage qu’on se dit si ça va aller ou pas ». Durant huit jours,  sa femme et lui s’activent sans relâche pour plumer, préparer, rouler les volailles pour les présenter au concours, mais aussi pour les vendre. « Ce sont de longues journées de travail, mais nous aimons nous retrouver chaque année, nous partageons la même passion et nous savons qu’au final notre satisfaction sera de présenter un produit bien ficelé de A à Z ». Chaque année, la famille Temporal expose ainsi près de cent-trente bêtes sur trois des quatre Glorieuses, répartis en poulets roulés, poulardes et chapons et chaque année l’élevage remporte des prix.

Les enfants ne poursuivront pas l’activité

Passionné par son métier, Michel Temporal l’est, mais il est aussi désabusé. « Trop de paperasse à faire. Entre la Pac et les normes européennes, nous avons une épée de Damoclès sur la tête. On nous impose chaque année de nouvelles normes. J’ai dû faire des travaux dans mon abattoir de 75 m2, pour seulement un mois d’utilisation par an ! Cela représente un gros investissement à amortir. Il me reste encore cinq ou six ans à travailler avant la retraite et je ne suis plus très motivé. Nos cotisations salariales sont lourdes et c’est le "lance-pierres" au moment de la paie ».

Michel travaille avec son épouse sur l’exploitation. Sur leurs trois enfants, aucun n’a fait le choix de l’agriculture… « Nous avons des métiers difficiles, avec parfois des quinze heures de travail par jour, très peu de congés, en plus nous sommes tributaires des conditions climatiques, des crises sanitaires, mais aussi des prédateurs et parfois même des voleurs ». Et l’éleveur de se dire « plus tranquille de les savoir salariés qu’agriculteurs ». Il y a quinze ans, on dénombrait encore dix éleveurs de volailles sur Pont-de-Vaux, Michel Temporal est aujourd’hui le dernier.

Une belle vitrine

Notre éleveur n’est pas un « accro des concours », même s’il reconnaît que c’est une belle vitrine pour la volaille de Bresse. « Je n’ai pas besoin d’aller en concours pour vendre, j’ai déjà ma clientèle ». Il lui importe davantage de satisfaire cette clientèle très diversifiée sans passer par un volailler. « Certains veulent du gros chapon, d’autres de la petite poularde. Les gens réservent d’une année sur l’autre », comme ce boucher de Cannes dans le Var. Mais son client le plus précieux, il se nomme Guy Savoy et réside Monnaie de Paris 11 quai de Conti dans le 6e arrondissement. Un restaurant trois étoiles au Michelin où les volailles de Pont-de-Vaux régalent les plus fins gastronomes et font la renommée de la volaille de Bresse.

Yolande Carron