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Hervé Martin à Lessard-le-National : les semences de fermes ont leurs adeptes

Agriculteur et entrepreneur de travaux à Lessard-le-National, Hervé Martin assure le triage à façon et le traitement de semences à la ferme. Utilisateur de semences fermières sur sa propre exploitation, le céréalier juge la stratégie économe et sa clientèle confirme qu’il n’est pas le seul.

Echantillons de semences triées et traités et graines brutes.

Hervé Martin exploite 90 hectares à Lessard-le-National dans le nord chalonnais. Outre des bovins qu’il prend en pension et engraisse sur une dizaine d’hectares de prés, l’agriculteur produit du colza, du blé, de l’orge, du pois, du maïs, du soja et même du sorgho grain. Faute de surface, Hervé a développé une activité d’entreprise de travaux agricoles. Parmi les prestations qu’il propose figure le triage à façon et le traitement de semences à la ferme. Cette activité est venue de sa propre exploitation. « Comme je garde pas mal de céréales, je recherchais un trieur et c’est finalement une enrobeuse que l’on m’a vendue, capable de trier et traiter 30 quintaux par heure. Du coup, je l’ai proposée à quelques voisins et c’est le bouche-à-oreille qui a lancé mon activité », se souvient Hervé.

Injection directe

L’agriculteur-entrepreneur s’apprête à se faire livrer sa troisième machine à injection directe depuis qu’il s’est lancé dans le triage à façon. Fabriquée en Lorraine, la dernière en date tient sur une remorque routière qu’il traînera avec son fourgon. Compacte, entièrement carénée et à motorisation électrique, la station comprend une vis qui reprend le grain à traiter. Un premier système d’aspiration élimine les mauvaises herbes, menues pailles et autres impuretés en entrée. La seconde étape consiste en un tamisage assurant le calibrage de la semence. Un second processus d’aspiration nettoie à nouveau les graines qui abordent ensuite la partie traitement, décrit l’agriculteur. Les futures semences subissent une première pesée avant d’être traitées par une pompe à injection directe gérée par un automate. Une vis mélangeuse dotée de palles en caoutchouc brasse les graines et la bouillie de traitement. Le procédé à injection directe évite à l’opérateur de devoir faire lui-même sa bouillie, fait remarquer Hervé. Lui remplit ses bacs phytosanitaires au préalable avec des matières actives achetées en gros conditionnement, d’où un prix de revient maîtrisé. Chaque client n’a qu’à fournir l’eau pour le traitement, complète le prestataire.

Insecticide et fongicide

Les semences de céréales d’hiver étaient jusqu’alors traitées avec de l’imidaclopride (Gaucho). Cet insecticide étant bientôt interdit (au 1er septembre 2018), la protection n'est désormais possible que contre les mouches du semis et les taupins, signale Hervé. Le traitement de semences ne change en revanche pas pour les maladies fongiques (fusariose, carie, charbon nu, septoriose des graines, rhizoctone racinaire ). Pour pouvoir effectuer ces opérations, l’entrepreneur doit justifier d’une certification en temps que station de semences. Un audit de certification est réalisé tous les un an et demie, informe Hervé dont la machine possède tous les équipements nécessaires pour préserver l’environnement des produits phytosanitaires.

Blé, orge, triticale, soja, protéagineux

Hervé traite principalement des semences de blé, orge, triticale, soja, pois protéagineux et un peu de féverolles. Il intervient dans tout le Val de Saône ; de la plaine de Dijon au Lyonnais et travaille aussi dans l’ouest du département (Autunois) jusque dans la Nièvre. Ses clients sont en majorité des éleveurs – « souvent qui triaient autrefois leurs semences de ferme au tarare », confie Hervé. Mais l’entrepreneur intervient aussi chez des céréaliers utilisant jusqu’à 80% de semences fermières. Les graines issues de cultures implantées en semences fermières pouvant tout à fait être valorisée auprès des minoteries. L’agriculteur livreur doit signer une charte de production de semences fermière qui lui permet de certifier la variété.

100 quintaux heure !

La nouvelle machine d’Hervé Martin traitera cent quintaux par heure en instantané, fait valoir l’agriculteur. En moyenne, chaque client lui confie entre 4,5 et 5 tonnes de graines et le chantier prend environ une heure tout compris. Mais cela peut aller jusqu’à une journée entière avec des volumes jusqu’à 60 tonnes de semences pour un seul client, confie le prestataire. Certains éleveurs se regroupent à plusieurs en un seul et même chantier, complète-t-il. La saison de triage à façon débute après les moissons et court jusqu’à début octobre pour les semis d’automne. Elle reprend à la fin de l’hiver jusqu’au début du printemps pour les semis de printemps. Hervé traite alors essentiellement du soja qu’il enrobe et inocule en même temps grâce à de nouveaux inoculants susceptibles de pouvoir être incorporés jusqu’à 45 jours avant le semis, complète l’agriculteur.

« Chaque année, je fais ma semence fermière pour l’année suivante »

Chaque année, Hervé Martin achète 150 kg de semences certifiées de trois ou quatre variétés différentes. Ce qui équivaut à 3 ou 4 hectares de blé certifié parmi lesquels le céréalier teste de nouvelles variétés. « Je garde 2 ou 3 tonnes de chacune de ces variétés pour faire ma semence fermière pour l’année suivante. J’isole les ilots à la moisson. La récolte est passée dans la machine de triage et de traitement de semences et la semence fermière est stockée en big bag », explique l’agriculteur. Ce dernier refait sa semence tous les ans et n’utilise donc que de la semence fermière de première génération. Cet itinéraire contraint à ne profiter pleinement des nouvelles variétés qu’après un an de décalage, fait remarquer l’agriculteur. Mais ce retard est à relativiser au regard des économies réalisées grâces aux semences de ferme, estime Hervé. Le céréalier nord chalonnais juge aussi légitime qu’un agriculteur puisse garder sa propre semence de ferme.

Un système contraignant

Le système agricole français où la vente des semences certifiées finance la recherche et le développement de nouvelles variétés, n’a jamais été très favorable aux semences fermières. Et les agriculteurs qui souhaitent utiliser leurs propres semences doivent composer avec nombre de freins. Pour preuve, l’imidaclopride que le fabricant réservait aux stations de semences certifiées a finalement été autorisé aux semences de fermes. Mais le groupe phytopharmaceutique s’est mis à pratiquer un tarif plus élevé pour les semences de ferme, rapporte Hervé Martin.

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