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Les nuages du Brexit et de Trump boostent-ils l'export des vins de Bourgogne avant ?

Le 4 juillet à Beaune, le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) tenait sa traditionnelle assemblée générale estivale. La première pour le nouveau président, François Labet. Les actions engagées par le BIVB sont nombreuses. Les marchés restent porteurs mais le repli de l’Angleterre (Brexit) et la guerre commerciale Europe/Etats-Unis menacent la dynamique des exportations des vins de Bourgogne.

Si tout semblait aller parfaitement bien dans le meilleur des mondes, il fallait savoir tendre l’oreille pour capter ici où là, quelques inquiétudes ou crispations poindre au milieu de l’AG de l’Interprofession.

Pépiniéristes exclus

Président de la commission Technique, Jean-Yves Bizot débutait sur la « question centrale » du dépérissement du vignoble. Le directeur du pôle, Jean-Philippe Gervais se démène au national pour bénéficier d’un « effet levier ». Le BIVB a engagé 100.000 € pour ce Plan national qui en dégagé 10 millions d’€ pour les recherches. Pour le président, François Labet, il en va de « notre potentiel de production ». Stratégique donc pour la Bourgogne. Mais le BIVB n’a pas su convaincre les pépiniéristes de la grande région. Il évoquait plutôt « l’unité trouvée au sein des chambres d’Agriculture pour construire un projet avec nos amis du Beaujolais », sans en dire plus, excepté que la viticulture a pris « son destin en main »…

L’autre grand dossier technique fut finalement la Charte Bourgogne pour l’amélioration des pratiques phytosanitaires avec notamment la création d’un livret expliquant le métier de viticulteur. Le BIVB a aussi été à la rencontre de 300 professionnels lors des réunions vignobles, à rencontrer les distributeurs de phytos et à rencontrer les revendeurs de matériels de pulvérisation.

Sentant bien que la pression dans les communes ne s’apaise pas, trois projets sont prévus fin 2018 et sur 2019 dont un projet d’implantation de haies au voisinage des zones sensibles. Le président s’engageait à faire un « premier bilan » des actions lors de la prochaine assemblée générale de décembre. Il s’adressait aux élus et aux pouvoirs publics présents pour réclamer « un accompagnement financier de l’Etat pour renouveler » les pulvérisateurs. Alors, y aura-t-il bientôt une prime à la casse ?

Nouvelles concurrences

Le président de la commission Marché, Manoel Bouchet revenait sur le dépérissement et parlait en terme économique « d’obsolescence » du vignoble de Bourgogne. Ce qui a des conséquences sur la politique de prix et donc sur la perception des clients au final. Face à l’arrivée de « nouveaux opérateurs » sur les marchés bourguignons, le BIVB veut « renforcer ses outils » pour « appréhender de nouvelles concurrences ». En ligne de mire, les bières artisanales qui captent des parts de marché aux vins de terroirs aux Etats-Unis, en Europe et certainement bientôt en Asie.

De nouveaux pays exports vont être étudiés, tout en continuant à répondre aux besoins des demandes sur les principaux marchés. Le directeur du pôle Marché tirait la sonnette d’alarme sur le « peu » de vignerons qui sont formés sur Démat’vin. « N’attendez pas ! Si tout le monde arrive au moment de l’obligation en septembre 2019, on n’y arrivera pas », prévenait-il. A terme, cette dématérialisation des DRM doit permettre de mieux suivre les sorties propriétés, voir de « réguler et anticiper » les évolutions des marchés par appellation. Le tout mis à disposition sur l’extranet du BIVB comme les études sur les coûts de production qui seront étendus aux itinéraires de vinification.

Influencer pour faire réagir

Car si l’image des vins de Bourgogne est celle de vins réputés et chers, ce n’est pas forcément vrai pour les appellations régionales et certaines communales moins renommées. La directrice du Pôle communication, Virginie Valcauda insistait sur la volonté de travailler la communication des appellations régionales – bourgognes, mâcon, crémant de bourgogne – et notamment les bourgognes identifiés ou les noms des communes de l’AOC mâcon. Via l’éducation (Ecole des vins, à l’étranger…), le BIVB a formé 5.000 « prescripteurs » en « mettant l’accent sur les appellations les moins connues » lors des formations. Evolution notable également du côté des relations presse qui laisse place aux « influenceurs » au sens large. L’extrême richesse du numérique nécessite de les identifier. Le BIVB privilégie les communautés – médiatiques ou sur les réseaux sociaux – « adaptée » avec une stratégie de faire « réagir ». C’est le taux d’engagement (22%) plus que le nombre de vues (2 millions de visiteurs annuels) qui compte. Et pour cela, il faut encore et toujours des contenus à communiquer mais plus « innovants », d’où la création de films notamment. Le prochain mettra en valeur le métier de vignerons pour rejoindre les objectifs de la Charte régionales.

Pic avant Brexit et Trump ?

« Les pôles travaillent ensemble », insistait le directeur général, Christian Vanier qui de son côté, se bat pour « continuer de bénéficier des subventions OCM » (624.000 €), puisque les règles d’attribution ont changé. Le budget est néanmoins « sain avec un niveau de réserve confortable », dixit le trésorier, Frédéric Gueguen. Pour son budget prévisionnel, le BIVB table sur une récolte 2018 de 1,45 millions d’hectolitres, soit dans la moyenne à 5 ou 10 ans et ce, pour des sorties de propriétés évaluées à 1,43 millions d’hectolitres. « Nous observons une érosion des volumes » justifiait Christian Labet avant le vote de l’augmentation des cotisations BIVB. Le président-délégué, Louis-Fabrice Latour se disait d’ailleurs « inquiet de la tension trans-Atlantique » qui pourrait mener à des taxes sur les vins et spiritueux Européens aux Etats-Unis, sans oublier le Brexit qui se rapproche. « Faut-il envoyer des containers pour se protéger ? Je n’en sais rien mais je dis : prudence. Au delà des taxes, c’est plutôt l’inquiétude - pas des distributeurs – mais des gros clients (stocks, produits français non mis en avant…), qui est une ombre portée sur la bonne prospérité actuelle », analysait le négociant Beaunois à propos des deux principaux marchés exports (50%) de la Bourgogne viticole.

+ 10 % à l’export

Une analyse moins alarmiste pour François Labet qui rappelait que les marchés « se portent bien », depuis la récolte « retrouvée » en 2017, sauf à Chablis, n’empêchant pas un repli « surtout sur les cours des blancs » actuellement. Pourtant, avec un rebond de +19 % par rapport à la précédente campagne, les volumes échangés sont 6 points au dessus de la moyenne quinquennale, tout comme les sorties de propriété, eux aussi en croissance.

Sur les 12 derniers mois, l’export fut « très dynamique », avec un chiffre d’affaires dépassant les 900 millions d’€, en hausse de 10 %. Et toujours sans les disponibilités habituelles des Chablis. Il n’y a donc peut être pas trop matière à « baisser » lors des futures transactions…

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