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Visite pastorale De nouvelles fraternités

La vie et le métier d’agricultrice et d’agriculteur sont-ils aujourd’hui un chemin de croix et même plus qu’avant ? Entendant la sourde crise qui ronge le monde agricole, d’un point de vue économique et moral, l’évêque d’Autun est parti à la rencontre des agriculteurs du département. Une écoute et une bienveillance qui ont été partagées.

Issu du Limousin, passé par le monde de l’entreprise, Monseigneur Benoît Rivière, évêque d’Autun, a multiplié ces six derniers mois des visites dédiées au monde agricole, à travers les différents doyennés du diocèse. Depuis son arrivée, il n’a eu de cesse d’être à l’écoute des agriculteurs. Ces réunions publiques, ou plus confidentielles, étaient là avant tout « pour permettre d’élargir ces réseaux de fraternité car l’angoisse réside bien souvent dans l’isolement et le cloisonnement », débutait-il à L’Abergement-Sainte-Colombe. En ce 21 mai, il avait convié à ses côtés plusieurs prêtres, diacres et laïcs. Une occasion pour certains - d’origine Malgache, Rwandais…- de mieux comprendre l’agriculture bourguignonne. « A Madagascar, nous cherchons à construire des coopératives… Ici, elles existent depuis très longtemps. Nous cherchons à acheter des tracteurs individuellement alors qu’ici, vous réfléchissez à les mutualiser », comparaient plusieurs prêtres, connaissant plus les productions de café, thé, riz… Des différences anachroniques et des détails qui n’en sont pas pour se comprendre.
Dire ce qui va bien
Pour entamer la discussion, le Prêtre Jean-Noël Devillard posait une série de question sur la « vie » d’agricultrices et d’agriculteurs au sens large. Sa première question n’était d’ailleurs pas neutre pour amener les agriculteurs à parler de leurs « réussites ». Et elles sont nombreuses et incessantes. Tous les jours en quelque sorte lorsqu’on travaille avec le vivant et la météo. Il se permettait au passage un petit commentaire amical - voulant forcer le positif justement - sur les ruraux qui « prennent souvent plaisir à dire ce qui va mal » plutôt que ce qui va bien. Dans le fil de l’actualité, souvent anxiogène, les sujets polémiques et moroses arrivent en tête : pesticides, maltraitance animale…


Pression sociale et rurale

Et pourtant les motifs de satisfaction sont nombreux. A commencer par les témoignages d’exploitants qui ont des repreneurs, issus de la famille ou non. « Une transmission d’exploitation, c’est plus que ça. C’est aussi le signe d’une réussite, pour soi, pour le village, pour la profession ». D’où une forme de pression conséquente sur les épaules qui peut apparaître avant et pendant. Tout au long de la vie professionnelle aussi, il y a une « forme de tension de la vie », expliquait l’Evêque. Pour le retraité actif qu’est Robert Chaumont de Saint-Germain-du-Plain, « on a un métier de passion et parfois on peut le payer cher, de toujours vouloir faire mieux », reconnaissait-il avec recul.

Garder humilité et espoir

Pour Georges Chatry, polyculteur-éleveur à Saint-Martin-en-Gâtinois, « une bonne part de notre réussite ne dépend pas de nous, à commencer par la météo qu’on subit. Il faut essayer de garder une certaine humilité et garder espoir tous les jours que le ciel nous aide ». Ce désir de maitriser la nature est pourtant difficile. « Avant, je scrutais le ciel. Aujourd’hui, mon fils scrute la météo sur son Smartphone », faisait le parallèle un ancien agriculteur. Et le sage "Dédé" de poursuivre sa réflexion sur une nostalgie du passé que lui n’a pas. « J’ai vécu la traction animale, les veillées… et ce n’était pas idyllique comme le fait croire le folklore d’aujourd’hui. Heureusement que le progrès a soulagé nos peines. Mais aujourd’hui, un jeune qui veut travailler seul, s’équiper, il se ruine. Parce que nous sommes isolés dans notre coin, la Cuma a permis à mon fils de développer l’exploitation ». Une nouvelle transformation de la profession est en cours. « Hier, on avait besoin de son voisin pour faire la moisson. Aujourd’hui, on a besoin de lui et des autres pour être plutôt au courant de tout ».

Sensation de perte de contrôle

Car un sujet revenait régulièrement, celui de la « pression administrative », allant de la complexité des procédures, lois, normes jusqu’aux contrôles et sanctions, lourdes à vivre. « J’ai parfois l’impression que mon activité volailles dépend du Préfet, qui est certes dépositaire d’un pouvoir, mais qui exerce sur moi une sorte de stress puisqu’il peut venir "démolir" mon outil. Il en va de ma liberté même d’entreprendre », expliquait Philippe de Taillandier, natif de la commune. Son confrère, Xavier Couzon à Clux-Villeneuve contrebalançait sur ce même pouvoir « protecteur contre par exemple des financiers étrangers. L’Etat organisant la liberté ». Sa femme, Marie-Françoise constate néanmoins un monde qui bouge vite, trop vite sous la pression médiatique de certaines associations (L214…) où une personne compétente un jour, peut ne plus l’être un autre, et le redevenir pourtant après.

Oser demander de l’aide

Une ancienne salariée de la chambre d’Agriculture constate plus généralement un « manque de marge de manœuvre » du métier d’agriculteur, surtout pour ceux qui « sont en retard et qui l’accumule sur tout ».
Benoît Rivière compatissait. « Les juges, l’administration… ne sont pas là pour vous embêter mais pour aider. Il faut oser dire, demander d’être aidé » pour ne pas subir « cette fierté ou pudeur du monde rural ».
Paradoxalement, les agriculteurs parlent plus qu’avant en tant qu’individus. Et pourtant, ils ont collectivement de plus en plus l’impression de « ne pas être écoutés », en raison des attaques médiatiques d’associations qui marquent les esprits. « En toute chose, il faut savoir tirer parti des contraintes pour les transformer en chances. Les monstres, ce ne sont pas les autres, ce n’est pas nous non plus. Il faut continuer de progresser en regardant l’environnement. Il faut travailler la terre avec un profond respect pour le vivant, ses lois… s’enlever de la pression et osez dire grâce à Dieu, je ne maîtrise pas tout », concluait l’évêque.

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