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L’entraide plutôt que le Gaec

Se connaissant depuis toujours, David, Jean-Marie et Lydie ont un temps envisagé de réunir leurs structures sous un même Gaec… avant de finalement renoncer. Mais l’organisation qu’ils ont mis en place les satisfait pleinement, tant au niveau travail qu’au niveau humain.

Jean-Marie Vincent, Lydie Lacroix et David Vincent, sur le site produisant des volailles de Bresse nouvellement intégré au Gaec Vincent.

Le Gaec Vincent, situé à Rancy, existe depuis 2004, lors de l’installation de Jean-Marie avec sa mère Annick. David, frère de Jean-Marie, s’installe en individuel en 2010, avant de rejoindre le Gaec en 2013. Enfin en mars dernier, l’EARL du Moulin de Montjay de Cladie Gudefin intègre le Gaec Vincent. Ce dernier est donc aujourd’hui sur plusieurs sites répartis dans un rayon d’une dizaine de kilomètres. La production est basée sur divers ateliers : 170 vaches allaitantes, 5.000 volailles de Bresse, 150 ha de céréales, 300 ha de prairie, une partie de vente directe.
De son côté, Lydie s’installe en 2006 à Jouvençon sur l’EARL de son père Gilles produisant du lait et des veaux de lait fermiers destinés à la vente directe et exploitant 50 ha de céréales et 55 ha de prairies. Ils seront associés pendant dix ans jusqu’au départ à la retraite de Gilles.

Le point de départ

Les trois jeunes gens, Lydie, Jean-Marie et David, se connaissent depuis toujours. En leur temps, leurs pères se rendaient déjà des services. Chose que la nouvelle génération développe naturellement. Avant même le départ à la retraite de son père, Lydie recherchait un associé. L’apprenant, les frères Vincent lui proposent, en juillet 2014, de réunir les deux structures dans un même Gaec. « L’idée première était de se regrouper pour amortir plus facilement du matériel, se rappelle Jean-Marie Vincent. Nous réfléchissions à l’époque à une mélangeuse, matériel difficilement amortissable en élevage allaitant ». Or, Lydie elle-même n’en avait pas « alors qu’en lait ça se justifie beaucoup plus », mais l’EARL était confrontée à un problème d’amortissement.
« L’EARL du Vieux Jouvençon avait déjà un bon niveau de production de lait, grâce notamment à  une alimentation bien gérée et avec beaucoup de diversité ». Une mélangeuse promettait donc de pouvoir « exprimer encore mieux le potentiel génétique du troupeau et de solutionner en partie le problème de main d’œuvre », expliquent aujourd’hui les jeunes gens.
L’achat du matériel, « dans l’optique d’un regroupement des deux fermes », est donc acté et devient effectif en janvier 2015.

Oui mais non

Cependant, si cette mélangeuse a servi de base à la réflexion d’un Gaec en commun, celui-ci ne s’est finalement pas fait. « Ce n’était pas le bon moment, se rappelle Lydie. Peut-être la peur que les charges économiques des deux structures conduisent à une prise de tête ». « Il n’y a pas eu de raisons précises, intervient Jean-Marie. Tous les conseillers nous avaient donné le feu vert : chaque structure fonctionnant très bien individuellement, ça ne pouvait que bien marcher ensemble ». Seulement, les protagonistes ne le ressentent pas de cette façon. « Nous avions malgré tout beaucoup d’interrogations », ajoute David.
C’est là qu’une intervenante leur a été précieuse à tous : Danielle Guilbaud, coach et médiatrice. « Elle nous a permis d’exprimer nos appréhensions, se remémore Lydie, cela nous a donné une liberté de paroles ». Finalement, il en ressort « l’idée de continuer avec ce qui se passe bien ». Chacun l’exprime encore aujourd’hui : « nous ne voulions surtout pas nous disputer pour une question d’argent » et mélanger les porte-monnaie « ce n’est pas toujours si évident ». Après ces quelques mois de questionnements et de réflexions, la décision de ne pas se réunir en Gaec est donc prise fin 2015. Lydie a conservé son EARL et a depuis trouvé un salarié.

La solidarité par principe

S’il n’y a pas de Gaec commun, « une question en revanche ne s’est jamais posée : celle d’arrêter de travailler avec Lydie ! », soulignent les deux frères.
Un équilibre entre les structures est donc trouvé, comme l’explique Jean-Marie Vincent : « les assolements n’ont pas changé et chacun gère sa structure et son troupeau comme il l’entend. Par contre, nous mutualisons le travail et le matériel ». Dès lors, d’autres outils sont achetés en commun : un groupe de fauche, des semoirs, un pulvérisateur. Pour le travail dans les champs, les semis se font indifféremment sur les surfaces : « lorsque je sème le maïs, je fais aussi les parcelles de Lydie », idem pour la gestion des traitements et de la fertilisation. La seule règle que Jean-Marie applique c’est au niveau du carburant : « je pars de chez moi réservoir plein. Je refais le plein en repartant de chez elle ». De son côté, Lydie prête du matériel et met son salarié à disposition du Gaec Vincent dès qu’il le faut.
« En revanche, intervient David, la seule chose que nous ne mutualisons pas, ce sont les approvisionnements ». En effet, chacun ses fournisseurs, ses habitudes, ses préférences, « mais nous sommes ouverts à tout... ».

Toujours en contact

D’où vient cependant le secret de cette bonne entente ? « Il y a beaucoup de confiance, d’honnêteté. C’est l’entraide sans question d’argent au milieu », explique Lydie. « Le travail est fait partout pareil. Si on se met à tout détailler, tout compter, c’est là que l’on risque de s’embrouiller, poursuit David, surtout que les apports de chaque exploitation sont équitables tant au niveau du matériel que de la main d'oeuvre ».
Si pour Lydie, le soutien des frères Vincent la « rassure », la jeune femme a permis aux deux garçons « de beaucoup s’apaiser ».
Pendant un an, ils se sont tenus à une réunion hebdomadaire. Depuis, l’habitude s’est perdue « mais nous nous voyons tous les jours et les contacts téléphoniques se font tout au long de la journée ». Désormais, ils ont même créé leur groupe WhatsApp (logiciel de messagerie instantanée avec appel vidéo) et profitent de la moindre occasion pour se retrouver. « Ce fonctionnement fait que nous voyons beaucoup de monde. Nous, nous ne sommes pas du tout victime d’isolement, comme en souffrent parfois certains agriculteurs », estime David. « Au fait, il va falloir fêter la fin des maïs ! » conclut tout à coup Jean-Marie.

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