Actualité Viticulture Département Ruralité

Le lycée viticole de Mâcon-Davayé entend anticiper et préparer l’évolution des métiers de la filière vitivinicole

C'est au lycée viticole de Mâcon-Davayé, se sont déroulées, le 26 avril, plusieurs tables rondes consacrées aux formations et aux professions qui doivent et devront s’adapter à l’évolution, voire à la mutation, de l’univers de la vigne et du vin. Retour.

La première table ronde était animée par le directeur de l'établissement, Jean-Philippe Lachaize (à gauche), en présence de Michel Baldassini et de Robert Martin.

Former des élèves sans se poser d’autres questions que de savoir s’ils vont avoir ou non leur diplôme apparaît aujourd’hui comme totalement incongru. Car si le rôle d’un établissement de formation est d’offrir un socle de connaissances à tout élève, il s’agit aussi et surtout de permettre à ces jeunes d’affronter, parfaitement armés, un marché du travail soucieux de trouver des personnes compétentes et rapidement employables. Même si tout nouvel arrivant sur ledit marché du travail a inévitablement besoin d’un temps d’adaptation.

Désireux d’être au contact et à l’écoute du monde professionnel, le lycée viticole de Mâcon-Davayé organisait, conjointement avec l’Académie de Mâcon, un après-midi de tables rondes s’intéressant à "la vigne et le vin, demain ? : métiers, formations, mutations".

Le constat est simple : phare de l’économie mâconnaise et même saône-et-loirienne, la viticulture doit affronter de forts enjeux environnementaux et sociaux liés aux transformations que vont connaître les modes de culture et les formes d’exploitations dans les prochaines décennies. Ces mutations auront des effets sur l’organisation des formations et sur la représentation des métiers de demain. Les établissements de formation - qui ont joué historiquement avec les organisations professionnelles un rôle majeur dans la structuration de la filière - doivent se préparer à ces changements. Les anticiper même.

Indispensable formation

La première table ronde a permis à Michel Baldassini, ancien président du BIVB, et à Robert Martin, vice-président de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire en charge de la viticulture, de dresser un diagnostic des mutations en cours au sein de la filière. Ainsi, Michel Baldassini a-t-il rappelé la profonde transformation d’un secteur dont, il y a moins d'un demi-siècle encore, la norme était de s’installer en polyculture-élevage, ce qui demeurera vrai jusque dans les années 1980. A titre d’exemple, la pièce de mâcon blanc est passée progressivement de 400 francs en 1975 à 3.000 francs en 1978. Il faut y voir là incontestablement une des explications de la mutation vers la monoculture de la vigne. Si le chardonnay a permis de faire émerger le département, notamment à l’export, il faut rappeler l’incroyable croissance du vignoble au tournant des années 1980-90 lequel a alors connu un quasi-doublement de ses surfaces dans le Mâconnais. En corollaire, l’augmentation de la qualité du vin s'est imposé comme une constante.

« Aujourd’hui, nous sommes sur un métier de plus en plus large et complexe. Il y a donc besoin d’être formé. On ne peut songer s’installer sans une solide formation ». Et Michel Baldassini de constater le manque d’ouvriers spécialisés en Bourgogne. « Des demandes de salariés en viticulture ne sont pas satisfaites, même lorsque l’on propose des salaires élevés ».

Pour sa part, Robert Martin rappelait que « jamais rien n'était définitivement acquis. Et les choses peuvent aller très vite ». Il citait en guise d'exemple le cas du vignoble du Beaujolais, passé de 1.400.000 hectolitres en 2004 à 700.000 hectolitres aujourd’hui... « L’évolution de nos métiers va se poursuivre. Il ne faut pas avoir peur de parler de notre travail, d’ouvrir nos exploitations pour montrer comment nous fonctionnons et présenter ce que nous faisons ».

La révolution numérique

La deuxième table ronde s’est intéressée aux nouvelles technologies et à la manière d’accompagner les mutations des métiers en viticulture. Directeur du Vinipôle Sud Bourgogne, Didier Sauvage estime que la révolution numérique n’est pas devant nous, mais que nous sommes en plein dedans.

« Les viticulteurs sont connectés. Il y a ainsi toutes sortes d’outils dont ils se servent entre drones, Internet, capteurs, robots, réalité virtuelle… Avant, nous avions une viticulture basée sur l’observation. Désormais, elle est basée sur la gestion de données. On passe d’une viticulture raisonnée à une viticulture mesurée. Cela va changer le rôle du conseiller lequel doit trouver sa place en prenant du recul pour analyser toutes les données de manière adéquate. Ceci implique des changements en terme de formations ». Cela qui se traduit, par exemple, par le projet de mise en place d’un centre de ressources numériques dédié à la viticulture, le Vitilab, à Davayé.

Des choix très personnels

La troisième et dernière table ronde était consacrée aux différents modèles d’exploitation. L’occasion de constater qu’il n’y a pas un, mais des multitudes de choix possibles au moment de s’installer. Car chaque cas est particulier.

Ainsi, Jean-Luc Terrier, co-gérant du domaine Collovray et Terrier à Davayé, a-t-il présenté sa SARL, laquelle met en valeur 52 hectares de vignes avec trente-sept personnes employées. En 1997, la société a repris un domaine dans le Languedoc ainsi qu’une activité dans le Jura il y a maintenant six ans. Avec tout ce que cela suppose en terme de complexité en matière de gestion de personnel.

Du côté de Sébastien et Delphine Boisseau, vignerons à Bray, leur volonté était dès le départ de tout maîtriser, de la vigne au commerce, sur une structure à taille humaine de 8 hectares, qui joue la carte bio et biodynamie. Une exploitation qui, dans un futur très proche, s'apprête à embaucher un salarié à plein temps « car nous travaillons trop et souhaitons dégager du temps pour nous ».

Gilles Charpy-Pujet a, quant à lui, opté pour le modèle coopératif, à la cave de Lugny. Ce viticulteur s'est installé en 1989 à Cruzille où a développé progressivement son exploitation avec le souci permanent de répondre aux demandes sociétales tout en respectant l’environnement. Il exploite aujourd'hui 16 hectares de vignes. « Pour moi, la coopération offre une sécurité et un confort de vie tout en permettant de produire un vin de qualité ». Gilles Charpy-Pujet pointait du doigt le manque d’installations de jeunes, les exploitations ayant concomitamment tendance à s’agrandir.

Bruno Ferreira et le fleuron national

Bruno Ferreira a effectué le déplacement à Davayé pour participer à cet après-midi.

Directeur-adjoint de cabinet du ministre de l’agriculture et ancien professeur du lycée Lucie Aubrac, Bruno Ferreira était présent lors de cet après-midi de débats. Son analyse.

« La viticulture est un fleuron de notre agriculture et de notre industrie agroalimentaire. Au-delà de la valeur économique de cette filière, elle est un puissant vecteur de diffusion de notre culture et de notre gastronomie à travers le monde et constitue une des valeurs fortes de notre commerce extérieur. La filière est aujourd'hui à un tournant majeur pour répondre toujours mieux aux attentes des consommateurs et de nos concitoyens. Le débat qui s’est tenu dans le cadre des États généraux de l’Alimentation - conduits par le ministre de l’agriculture et de l’alimentation en 2017 et qui se traduisent aujourd’hui dans le projet de loi en discussion au Parlement a-  permis d’amplifier le dialogue entre les producteurs et les représentants des consommateurs pour mieux partager les attentes, mais aussi mieux faire connaître les contraintes et les besoins de la filière pour pouvoir répondre à ces attentes. La filière s’est mobilisée pour présenter un plan de filière ambitieux dans lequel des engagements ont été pris en matière de montée en gamme des productions, que ce soit à travers les signes d’origine et de qualité déjà particulièrement présents dans la filière vitivinicole, d’augmentation de l’engagement dans la production biologique ou de réduction de la dépendance aux produits phytopharmaceutiques. L’État entend être présent aux côtés de la filière pour l’accompagner à la fois avec le Grand plan d’investissement permettant de faciliter la capacité d’investissement des entreprises, mais aussi par la mobilisation de la recherche pour mettre à disposition et diffuser plus massivement les alternatives au recours aux produits phytopharmaceutiques d’origine chimique. C'est le sens du plan présenté par le Gouvernement le 25 avril dernier ».

Services

Recevoir la newsletter