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Didier Touillon à Palinges a opté avec succès pour une fauche précoce

A Palinges, Didier Touillon a avancé la fauche de ses ensilages d’herbe de trois semaines tout en doublant la surface récoltée. Résultat, son fourrage est d’une qualité telle qu’il n’a plus besoin de donner de concentrés azotés à ses vaches. Cette fauche précoce lui permet aussi de mieux gérer la forte pousse printanière et les bonnes repousses profitent aux jeunes animaux en croissance.

« Notre mine de protéines, c’est notre herbe, à condition de bien l’exploiter ». C’est avec ce principe en tête que Didier Touillon a pris la décision de doubler sa surface d’ensilage d’herbe et de faucher beaucoup plus tôt dans la saison.

Didier Touillon est à la tête d’un troupeau charolais de 160 vêlages, dont la production est toute engraissée (vaches, génisses, babys) et livrée au groupement Charolais Horizon. La ferme, qui emploie un salarié, couvre 270 hectares, dont près de 80 hectares de cultures. Didier Touillon a toujours préféré répartir le travail et les risques si bien qu’il emblave 55 hectares de céréales à paille, 23 ha de maïs ensilage, un peu plus de 5 ha de luzerne, auxquels s’ajoute une vingtaine d’hectares de prairies temporaires.

La reproduction du troupeau, inscrit et suivi en contrôle de performances, est assurée avec des semences de taureaux testés. Les inséminations sont concentrées sur trois mois avec des vêlages regroupés entre début octobre et fin janvier. L’éleveur préfère privilégier la performance économique en raccourcissant le temps de présence des animaux sur l’exploitation. Entre la moitié et les deux tiers de ses génisses vêlent dès deux ans. Une conduite poussée qui implique « de forts besoins alimentaires », fait remarquer Didier. Aussi ce dernier est-il très attentif à ses coûts de production. Ce qui, chez lui, passe par une vigilance sur la mécanisation (travaux en Cuma, pas de mélangeuse…) et par l’optimisation de l’alimentation.

Manque de protéine

Il y a quelques années, Didier Touillon n’était pas satisfait de la qualité de ses fourrages. La petite vingtaine d’hectares d’ensilage d’herbe qu’il récoltait vers le 25 mai ne donnait que des analyses de fourrages « ordinaires », se rappelle-t-il. « La marchandise était bien fournie en énergie, mais elle manquait de protéines ». Une réflexion a alors été engagée avec l’aide de son technicien de groupement Pierre-Antoine Comte. Jugeant les cultures de protéagineux trop « hasardeuses » à son goût et partant du principe que « notre mine de protéines, c’est notre herbe, à condition de bien l’exploiter », Didier a pris la décision de porter la surface d’ensilage d’herbe à 40, voire 50 hectares selon les années, et de faucher beaucoup plus tôt dans la saison. Deux nouveaux silos ont été aménagés.

Fauche avancée de trois semaines

Les ensilages d’herbe de prairie naturelle sont désormais fauchés dès la première semaine de mai. « A ce stade, les ray-grass anglais sont tout juste épiés. Seul le vulpin est en épi. Tout le reste n’en est qu’au stade feuillu. Or c’est là qu’il y a le plus de protéines », confie Didier.

Avec un rendement moyen de seulement 4 tonnes de matière sèche à l’hectare, « la récolte est rapide, les surfaces à faucher importantes, le travail un peu plus conséquent », fait remarquer l’éleveur. Mais la valeur du fourrage n’a rien à voir. A tel point que les vaches n’ont plus du tout besoin de concentré azoté en hiver.

L’autre conséquence de la fauche précoce, « c’est que ces parcelles reviennent plus rapidement en pâturage », fait valoir Didier. Au printemps dernier, les prairies récoltées le 8 mai recevaient à nouveau des bovins le 26 mai. D’autres donnent une seconde coupe en foin d’excellente qualité. Par ailleurs, « la fauche précoce induit un chargement instantané plus élevé au pâturage, ce qui permet de mieux maîtriser l’épiaison et de faire face ainsi à la pousse explosive du printemps », justifie Didier.

Luzerne et dactyle tardif

Toujours soucieux de répartir les risques, Didier Touillon ensile également quelques parcelles de luzerne qu’il incorpore à son silo d’herbe. Les trois autres coupes de cette légumineuse donnent de l’enrubannage et du foin. La luzerne affiche le même niveau de protéines que la fauche précoce, confie l’éleveur. Quand elle n’est pas ensilée, elle sert à corriger le maïs ensilage. C’est une culture exigeante, admet cependant Didier qui signale les difficultés de sa fertilisation, de son désherbage et son besoin de parcelles à bon potentiel.

Pour diversifier les sources, l’éleveur implante également du dactyle tardif. « Fauchable le 25 mai, c’est une graminée très riche en protéines », informe Didier.

Outre des frais supplémentaires liés aux surfaces plus importantes à faucher, l’éleveur signale une consommation accrue de paille en litière, conséquence de l’effet « laxatif » d’un ensilage de meilleure qualité. Heureusement, les céréales produites sur l’exploitation assurent une autonomie en paille à hauteur de 80 %. C’est d’ailleurs cette production de paille qui pèse le plus dans la marge brute des cultures, confie l’agriculteur. Des cultures qui sont là avant tout pour sécuriser les stocks, en cas de mauvaise récolte de maïs notamment.

Economies de concentrés

Ensilage d’herbe, ensilage de maïs, céréales et foin constituent les composantes de la ration des animaux. « La ration des vaches est constituée aux deux tiers d’ensilage d’herbe. L’ensilage d’herbe corrige le maïs, les céréales et le foin, sans avoir besoin de protéine supplémentaire », indique Didier qui ajoute qu’avant vêlage, les vaches reçoivent le fourrage à volonté ainsi qu’un kilo d’avoine en plus.

Les seuls achats concernent le complément pour les veaux et les animaux à l’engraissement. Didier tenant à vendre ses animaux le plus tôt possible, les jeunes mâles reçoivent des concentrés à volonté. Mais l’éleveur aimerait abaisser cette consommation. En profitant des bonnes repousses laissées par la fauche précoce, il envisage de mettre les nourrisseurs plus tard. Pour les jeunes bovins, les vaches de réforme et les génisses, Didier achète des matières premières (tourteau de colza et soja) avec lesquels il concocte un mélange fermier. L’hiver dernier, Didier a observé qu’entre un premier lot de primipares nourries avec des céréales complétées et un second lot recevant du fourrage riche en protéines, c’était les animaux ayant reçu la bonne herbe qui avaient le meilleur aspect.

 

Des kilos par UGB plutôt que des kilos de carcasse

Pour Didier Touillon, « ce sont plus les kilos produits par UGB que les kilos de carcasse qui comptent ». Et l’éleveur raisonne « le temps de présence de ses animaux sur l’exploitation ». Ainsi, une partie de ses réformes partent environ 7 mois seulement après leur dernier vêlage. « Elles ont à peine assez de viande », reconnait l’éleveur, mais les garder cinq mois de plus ne serait pas rentable, estime-t-il. Le poids moyen de carcasse des femelles est d’environ 480 kg avec parmi elles quelques deux ans, signale Didier. Le poids de carcasse moyen des mâles est de 450 kg à seulement 16 mois d’âge. « Ces mâles réalisent une croissance moyenne d’environ 1.500 grammes par jour de la naissance à l’abattage », souligne Pierre-Antoine Comte de Charolais Horizon. Cet hiver, les jeunes veaux mâles ont réalisé 1.294 grammes de croissance quotidienne, ajoute le technicien.

Protocole de soins avant vêlage

Didier Touillon soigne la ration de ses vaches à l’approche du vêlage. « Energie et protéines doivent être en quantité suffisante », précise-t-il. Le maïs et l’herbe de fauche précoce répondent bien à cette exigence. Les vaches reçoivent en outre une cure d’oligo-éléments quinze jours avant vêlage. Elles ont droit aussi à du chlorure de magnésium et sont vaccinées contre les diarrhées néonatales. « Les dates de vaccination sont ajustées selon les dates de vêlage présumées », précise Didier. Les primipares subissent un déparasitage contre les strongles. Les vaches reçoivent également un traitement buvable contre le paramphistome. Ce protocole de soins contribue à la bonne qualité du colostrum délivré aux petits veaux. L’éleveur essaie d’être très vigilent sur les conditions de naissance de ses animaux. L’idéal étant « un veau léger qui tète tout seul ! », estime-t-il. Le groupage des vêlages est un facteur influant sur la réussite, assure par ailleurs Didier. « C’est à la période où l’on ne fait que cela que la surveillance est la meilleure. Une grosse attention portée aux premiers mois de vie ». Sachant que chez Didier, deux tiers des vêlages se concentrent sur le premier mois. Une conduite rigoureuse qui se traduit par un très faible taux de mortalité, fait valoir Pierre-Antoine Comte. En 2016, elle n’était que de 3,4% et elle ne dépasse pas 7% depuis plusieurs années, constate le technicien.

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