Culture Environnement

Les sols agricoles ne sont pas morts !

La conférence grandes cultures de la chambre d’agriculture s’est déroulée le 14 décembre au lycée de Fontaines. Malheureusement, peu de personnes avaient fait le déplacement pour découvrir le bilan des expériences conduites jusqu’à présent et découvrir les prochains projets. Pourtant la création d’un référentiel local de la structuration et de l’état des sols devrait être d’une aide précieuse dans les années à venir.

Les bactéries et les champignons sont nombreux dans le sol. Très nombreux. Pour preuve : on estime que sur un hectare de prairie, leur poids est équivalent à celui des bovins en train de patûrer en surface !*
Et cette abondance et cette forte diversité sont primordiales pour la bonne santé du sol. La biomasse aide celui-ci à se structurer, à se dépolluer, à lutter contre les pathogènes et à transformer les matières organiques en nutriments. Pour venir confirmer ces rôles, les études montrent qu’une baisse de la diversité microbienne d’un sol a des incidences sur ses qualités de stockage et de minéralisation du carbone, d’oxydation du méthane, de dénitrification, de dégradation des polluants. « Ainsi, souligne Samuel Dequiedt de l’Inra de Dijon, moins il y a de diversité microbienne, moins il y a de réponse structurelle. Dès que la diversité est altérée, le sol n’a plus la capacité de se maintenir. Les expériences montrent que les pratiques agricoles impactent la diversité des sols ».
Loin de vouloir montrer du doigt tout un secteur, la volonté a plutôt été de mettre en place un outil de mesure permettant d’interpréter la qualité des sols. C’est ainsi que le RMQS (pour Réseau de mesure de la qualité des sols) a réalisé sur plusieurs années des prélèvements tous les 16 km pour en retenir le type de sol, le climat, la pratique culturale, etc. Il faut savoir que par ailleurs, l’Inra réalise à la demande des fiches de diagnostic par parcelle pour en connaître l’état précis et déterminer l’impact des pratiques.

Un référentiel départemental

Il y a plusieurs années, la Saône-et-Loire s’est lancée dans la réalisation d’un référentiel local. 300 échantillons ont été prélevés sur 179 parcelles, représentatives de la variabilité des types de sol du département. Par l’observation, les relevés physico-chimique et un questionnaire sur les pratiques, l’ensemble des données récoltées permet aujourd’hui de proposer une plateforme sur laquelle chacun peut venir estimer la quantité de microorganismes qu’il doit logiquement trouver dans son sol. La valeur sera fournie après avoir renseigné la teneur en argile, en carbone organique, le pH et la longitude de la parcelle.
Différents tests menés montrent que la valeur établie par le référentiel local est plus proche de la réalité, donc plus fiable, que celle obtenue via le RMQS.
L’application se trouve sur https://microbiosol.sl.chambagri.fr/

D’AgrInnov à Reva

Autre projet présenté lors de cette conférence : AgrInnov. Entre 2011 et 2015, le projet a réuni chercheurs et agriculteurs pour évaluer l’impact des pratiques agricoles sur la biologie du sol à partir d’indicateurs biologiques. Le réseau constitué au niveau national a concerné 300 personnes (dont 248 agriculteurs), pour moitié en grandes cultures, le reste en viticulture. « Les sols agricoles ne sont pas morts, a expliqué le responsable de ce projet, Lionel Ranjard de l’Inra de Dijon. Mais il faut les surveiller. »
Un an après la fin du projet, une enquête réalisée auprès des agriculteurs qui y ont participé a montré que 59 % d’entre eux avaient changé leurs pratiques, notamment en modifiant la gestion des couverts végétaux, les techniques de travail du sol, la rotation des cultures et en réduisant les intrants.
Depuis 2017, le programme suivant est Reva, pour Réseau d’expérimentation et de veille à l’innovation agricole. Son but est de pérenniser l’initiative AgrInnov et déterminer combien de temps est nécessaire pour rétablir la qualité des sols. Après avoir fait un état des lieux, viendra le temps de proposer un changement de pratiques, avant de valider de nouvelles pratiques. Trois groupes sont actifs en Bourgogne Franche-Comté, dont un en Saône-et-Loire (en plus de la Côte d’Or et de la Nièvre). La première campagne a permis de planifier des changements de pratiques. « Rendez-vous en 2021 pour un bilan intermédiaire, annonce Nicolas Chemidlin Prévost-Bouré. Mais les agriculteurs du réseau Reva sont déjà surpris des résultats. Nous souhaitons les équiper pour qu’ils soient autonomes pour évaluer leurs pratiques. »
Ce programme vise à prendre autant en considération les notions sociales, économiques et écologiques, pour un résultat vivable, viable et équitable. Donc au final, durable.

* Pour 1 g de sol : entre 1 million à 1 milliard de bactéries (de 1.000 à 1 million d’espèces), soit 2.500 kg sur un hectare + 1.000 à 1 million de champignons (de 1.000 à 100.000 espèces), soit 3.500 kg sur un hectare.

 

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