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La campagne maïs 2017 marquée par des quintaux sans les prix

La campagne 2017 a été synonyme de bons rendements pour la filière maïs, malgré les difficultés climatiques. Cependant, la concurrence internationale entraîne une baisse des prix qui pèse lourd sur la filière. La hausse des rendements a en effet été presque totalement absorbée par cette baisse des prix.

L’année 2017 a connu son lot de difficultés climatiques, notamment dues à une sècheresse hivernale et à des températures extrêmes au printemps. Cependant, la pluviométrie a été bien répartie. Les précipitations estivales ont permis aux maïs d’avoir un rendement moyen en France de 103 quintaux par hectare (estimation à affiner à la fin de la campagne), contre 89 en 2016. En moyenne, les rendements ont donc progressé de 9 % par rapport à la moyenne quinquennale et de 15 % par rapport à 2016. « Cette moyenne de rendement de la Ferme France cache des disparités territoriales », a rappelé Gilles Espagnol, en charge du maïs chez Arvalis, le 7 novembre à l’occasion d’une conférence organisée par l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs). Certaines régions affichent en effet des rendements historiquement hauts à plus de 110 quintaux par hectare, comme l’Aquitaine, Midi-Pyrénées, Champagne Ardenne, l’Alsace a même une moyenne de rendement de 117 quintaux par hectare. D’autres régions, comme Poitou-Charentes ou Rhône-Alpes restent dans la moyenne. « Après les accidents de 2015 et 2016 ces bons rendements sont les bienvenus pour les producteurs », estime, Matthieu Çaldumbide, directeur adjoint de l’AGPM, « ils vont améliorer les revenus des producteurs, mais la baisse des prix consomme en partie cette hausse de rendement ».

Concurrence exacerbée sur le marché mondial 

Le prix du maïs est passé de 140 euros la tonne en 2016 à 135 euros en 2017. En raison de cette baisse, le chiffre d’affaires à l’hectare des exploitations n’a que très peu augmenté entre 2016 et 2017. Il est passé d’environ 1 300 euros par hectare en 2016 à un peu moins de 1 400 euros en 2017. Cette baisse des prix est la conséquence de la pression exercée par les autres pays producteurs de maïs et donc à une concurrence exacerbée sur le marché mondial. Les récoltes des pays d’Amérique du Sud et des États-Unis ont, en effet, été très bonnes, entrainant ainsi une bonne disponibilité à l’export. Selon les dernières estimations de l’USDA, le rendement est de 108 quintaux par hectare aux États-Unis. L’Union Européenne importe ainsi à un rythme élevé. Les importations ont augmenté de 72 % entre juillet et octobre 2017. Face à cette baisse de prix et à la baisse du cours du maïs aux États-Unis, l’Union Européenne a déclenché, en août, les droits de douane. Ces derniers sont déclenchés sous certaines conditions de marché. Ils sont actuellement de 5,61 euros la tonne. Malgré ce déclenchement, les importations continuent d’augmenter. Il permet donc seulement de limiter la baisse des prix. Pour Matthieu Çaldumbide, il s’agit « du dernier filet de sécurité pour les producteurs de maïs, il est donc important de les préserver même dans le cadre du Mercosur ». Pour garantir une meilleure rémunération aux producteurs, et éviter la dévaluation du prix, l’AGPM estime aussi qu’il faut « inventer des dispositifs de gestion des crises céréalières pour la PAC 2020 et concrétiser les avancés du règlement Omnibus en matière d’assurance récolte, notamment sur le seuil de déclenchement à 20 % ». Le directeur adjoint de l’AGPM estime que « la baisse des prix du maïs, depuis plusieurs années, est la cause de la baisse de surface de maïs en France ». Pour le maïs grain, les surfaces ont baissé de 5 % entre 2016 et 2017, pour atteindre 1 million 350 000 hectares, avec de fortes baisses dans certaines régions.

L’AGPM engagée dans les États généraux de l’alimentation

Le 7 novembre, l’AGPM a rappelé son implication dans les États Généraux de l’alimentation. L’organisation salue « la recherche d’une meilleure valeur ajoutée pour la Ferme France et la réflexion de fond sur la production alimentaire ». La filière maïs est présente dans deux ateliers du chantier 2. Daniel Peyraube, président de l’AGPM participe notamment à l’atelier 14 (Lutter contre l’insécurité alimentaire). L’association est porteuse de 6 propositions pour ces États Généraux de l’Alimentation. La première est de mettre en place un ambitieux plan d’investissement dans le stockage de l’eau et une réglementation, compatible avec une agriculture irriguée. Elle souhaite également que l’assurance récolte soit revisitée afin d’être plus claire et incitative pour les agriculteurs. Elle salue les avancées obtenues dans les discussions Omnibus qui ont permis de faire passer le seuil de déclenchement à 20 %. L’AGPM défend également l’évolution de la dotation pour les aléas vers une épargne de précaution individuelle. L’organisation soutient le renforcement des moyens et de la légitimité des agences d’évaluation. Anne-Claire Vial, vice-présidente de l’AGPM, appelle « à sortir de l’émotionnel, notamment dans les débats sur les produits phytosanitaires, et à redonner du poids à la parole scientifique ». Pour l’association, il est nécessaire que l’Etat s’engage à combattre les distorsions de concurrence, en particulier sur les produits phytos et les biotechnologies. La dernière proposition de l’AGPM est de favoriser les investissements dans la recherche.

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