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Mobilisation du 8 octobre à Chalon-sur-Saône Veut-on encore des paysans ?

Alors que la période des travaux de saison n’y prêtait guère, environ 80 agriculteurs – jeunes en majorité – se sont mobilisés le 8 octobre à Chalon-sur-Saône à l’appel de la FDSEA et des JA de Saône-et-Loire. Histoire de savoir si les élus et pouvoirs publics « veulent encore des paysans en France ? » et de prendre à témoin nos concitoyens car demain, ces derniers vont finir par ne plus manger que des produits importés sinon.

Il a suffi d’une vingtaine de tracteurs partis de l’aire de covoiture de Saint-Rémy en direction de la sortie de péage Chalon Sud pour qu’en deux tours du rond point de Lux, les premiers signes de bouchons à la sortie d’autoroute se fassent jour. Direction donc la sous-préfecture pour cette opération escargot qui visait plutôt à sensibiliser le grand public et les média sur les sujets inquiétants du moment : Ceta, ZNT riverains, EGAlim, les distorsions de concurrence, l’agribashing… Nos concitoyens étant majoritairement du côté des agriculteurs. D’ailleurs, dans leurs voitures, ils patientaient gentiment et adressaient même des sourires et des signes de soutien. L’hystérie gagne du terrain Loin des clichés véhiculés donc par les « minorités » anti-agriculture, anti-élevage, anti-pesticides* (*de synthèse)… « On a presque l’impression d’être les responsables de tous les maux de la terre », s’indignait Christian Bajard, président de la FDSEA. Reste que certains concitoyens le pensent réellement ou se laissent influencer. Pour la CSEA du Grand Chalon, Benoît Regnault donnait deux exemples concrets d’agribashing. Celui d’un procès depuis dix ans mené par un habitant contre un éleveur laitier exemplaire sur Lux pour un problème de mouches et celui d’un projet de vente directe d’œufs à Rully « accusé de polluer le village » avec juste 700 poules pondeuses ! L’hystérie gagne trop facilement certains esprits peu critiques. « On sent un fossé se creuser. Les gens doivent redécouvrir que de temps en temps, il faut soigner les végétaux et les animaux face aux maladies, ravageurs… Certains veulent nous retirer ces droits, nos droits », refusait catégoriquement mais sereinement le président de la FDSEA au sujet des ZNT ou des anti-spécistes.

Prendre le temps du progrès

Surtout que l’agriculture continue de faire des progrès à tous les niveaux mais il faut « nous laisser du temps », réclamait Stéphane Convert, pour la section lait, au sous-préfet de Chalon. Et de rajouter qu’il aurait surtout fallu que le premier volet de la loi EGAlim redonne un juste prix aux productions agricoles avant de mettre en place le deuxième volet sur les contraintes qui, elles, arrivent sans tarder. Pour la section céréalière, Lionel Borey rejoignait l’avis des viticulteurs, sur le fait que la profession agricole est d’accord pour faire des Chartes de bonnes pratiques en département et avec les maires, comme elle l’a déjà fait, mais qu’actuellement le flou est total suite à la consultation publique sur les ZNT et l’arrêté national en suspens. Vigneron, Pascal Cottenceau rappelait qu’une ZNT riverains pourrait facilement supprimer 3.000 ha rien qu’en Saône-et-Loire, « dans nos appellations communales Rully, Givry, Mercurey… », soulignait-il fort à propos. Avec les conséquences induites derrière pour des milliers d’emplois.

Distorsions de concurrence politiques

Ce qui n’empêchera pas les clients d’acheter des vins… étrangers sans doute ensuite qui eux ne respecteront pas ces règles. Pour la section bovine, Michel Joly tirait la sonnette d’alarme pour les viandes sur l’accord commercial du Ceta et du Mercosur à venir. « On ne décolère pas contre nos députés qui ont voté "pour", en sachant que le Canada autorise des activateurs de croissance, des antibiotiques interdits ici, des OGM… et que la traçabilité est insuffisante car se faisant par lot de viande ». Une illustration concrète des distorsions de concurrence qui viendrait impacter un secteur de l’élevage fragilisé encore un peu plus par deux sécheresses consécutives. « On veut du patriotisme alimentaire » A ce sujet, le sous-préfet de Chalon, Jean-Jacques Boyer tentait de rassurer en indiquant que la reconnaissance en calamités (13 millions €) et les dégrèvement TFNB (13 M€) devraient « être du même ordre » cette année encore pour notre département. Mais ce n’est pas de cela que les agriculteurs ont besoin lui rétorquait Joffrey Beaudot, président des JA. « Aucun agriculteur n’a gagné un centime avec cela. On veut vivre de notre travail. On veut que tous les restaurants collectifs mangent français. On veut du patriotisme alimentaire ». Quelques secondes plus tôt, Jérôme Beauchamp l’avait formulé autrement pour l’avenir de la profession, avec ses tripes, « heureusement que les jeunes agriculteurs sont passionnés et tenaces » pour encore vouloir s’installer avec des charges et des emprunts de plus en plus lourds. Le maire de Chalon, Gilles Platret les encourageait justement en indiquant que 99% de l’approvisionnement des 3.000 repas par jour vient de producteurs français et à 60 % de la région.

Monter en pression

En guise de conclusion, Christian Bajard redisait la volonté présente et future de tous les agriculteurs « de ne plus baisser la tête face aux attaques. Les élus doivent d’urgence trouver des solutions et retrouver une ambition pour notre agriculture ». Pour cela et bien d’autres raisons, la pression va donc monter crescendo. Un nouvel appel à mobilisation est déjà lancé pour le 22 octobre à Mâcon. L’objectif est de mobiliser au moins 200 tracteurs et enjambeurs.

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