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La profession et la Région travaillent au prochain PRDA, le Plan régional pour le développement agricole

La Région Bourgogne Franche-Comté est en passe de valider son Plan régional pour le développement agricole. Pour la FRSEA se pose encore la question des moyens qui y seront alloués…

 

Le 3 octobre, Marie-Guite Dufay, présidente de la Région Bourgogne Franche-Comté, Sophie Fonquernie, vice-présidente en charge de l’agriculture, Christian Decerle, président de la chambre régionale d’agriculture, et Frédéric Perrot, président de la FRSEA, ont participé à une dernière réunion de travail pour finaliser le plan régional de développement agricole lequel a été soumis au vote des élus du Conseil régional ce 13 octobre. Ces échanges ont permis de clarifier certains sujets, mais des questions restent en suspens.

Les défis et les actions

Christian Decerle a rapidement mis en évidence les avancées : « les initiatives de la Région en faveur de l’agriculture doivent être saluées avec les audits d’exploitation, les audits des quatre filières en crise, la restructuration de la dette des exploitants, mais aussi la campagne de communication pour valoriser l’agriculture de Bourgogne Franche-Comté ». Pour lui, « ces mesures sont intéressantes et peuvent avoir un effet levier efficace. Les audits de filière ont permis de mener un travail prospectif pour construire ce projet régional qu’il faudra maintenant transformer en actions concrètes ».

Pour Marie-Guite Dufay, « la crise structurelle actuelle touche de nombreuses productions. Au-delà des mesures déjà prises par la Région, il est important d’avoir un projet construit ensemble ». Se disant « déterminée à faire de l’agriculture une cause régionale », la présidente du Conseil régional entend « cibler les mesures pour être plus efficace. Si la question du rapport producteur/transformateur/distributeur reste une question nationale, il faut travailler néanmoins sur les filières régionales. Une fois que l’on produit de la valeur ajoutée, les acteurs de la filière ne devront pas oublier de la partager avec les producteurs ». Et de compléter ses propos : « depuis le début de la nouvelle mandature, nous avons augmenté le budget agricole, lequel est aujourd’hui de 15 millions d’€. Je mettrai le maximum de force dans la bataille, mais pour réussir, il faut une mobilisation de la profession pour que l’on voie ensemble comment mieux s’adapter aux évolutions des marchés ».

L’incontournable défi des marchés

Vice-Président de la chambre régionale, Michel Renevier saisissait aussitôt la balle au bond : « l’aspect marché est fondamental pour notre secteur. Il n’est pas concevable d’avoir un projet sans un défi sur les marchés. Concernant la viande bovine, il faut soutenir l’engraissement, développer les marchés à l’exportation et promouvoir le modèle régional ». Il pense tout aussi indispensable de relever le double défi de l’économie et de l’environnement. Mais l’environnement ne doit pas être abordé sous un angle négatif, restrictif et réglementaire, il doit être intégré comme un facteur de croissance et de valorisation, en tenant compte des spécificités des systèmes agricoles et des contraintes agronomiques.

« Avant d’aborder les thématiques des filières, le changement climatique est un sujet qui nous interpelle tous », expliquait Vincent Lavier, président de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or : « dans nos zones à faible potentiel, on est confronté à un problème que l’on ne sait plus gérer. Et le système assuranciel n’est plus efficient. Aussi, nous devrons rapidement trouver des réponses si l’on souhaite maintenir une activité agricole dans ces zones difficiles ».

Du constat au contrat de filières

« Les quatre audits de filière (lait conventionnel, viande bovine, grandes cultures et porcs) n’ont pas pour objet de remplir les placards. Un plan d’actions a été élaboré. Nous souhaitons maintenant que les actions proposées soient priorisées dans le cadre d’un contrat pluriannuel de filière », insistait Nathalie Mairet, présidente de la commission Lait de la FRSEA BFC.

Philippe Monnet, président de la FDSEA du Doubs, enfonçait le clou tout en tirant la sonnette d’alarme au sujet de la production porcine régionale : « pour maintenir des emplois et de la valeur ajoutée, il faut maintenir l’élevage de porcs dans la région. Pour maintenir la production, il faut installer des jeunes. Nous réfléchissons à la mise en place d’un fonds d’investissements pour favoriser le financement de l’installation ». Arnaud Gaillot, secrétaire général des JA BFC, complétait, rappelant qu’« il convient de faire attention à l’attente sociétale, laquelle est parfois l’expression de minorités et ne correspond pas aux attentes du consommateur. Au niveau des filières, force est de reconnaître qu’il y a des transformateurs qui ne jouent pas le jeu. De nouvelles règles sont nécessaires pour s’assurer d’une meilleure prise en compte des coûts de production et de la répartition de la valeur ajoutée ».

Frédéric Perrot, président de la FRSEA, concluait ces premiers échanges par de nouvelles questions : « la rallonge budgétaire de 450 millions d’€, prévue initialement aux régions, a été remise en cause par l’État. Nous avons beaucoup d’interrogations sur l’évolution des budgets agricoles compte tenu de ces nouvelles contraintes, sans parler du "remaquettage" des programmes de développement ruraux régionaux (PDRR) pour ne pas suspendre des mesures avant la fin de la programmation ».

Lors de cette rencontre, peu de chiffres ont été annoncés, ce qui nécessitera d’autres rencontres, pour savoir à quelle hauteur la Région entend finalement accompagner ces évolutions.

Alex Sontag

 

Visite sur le terrain

Dans la foulée de la réunion, une visite d’exploitation était organisée pour illustrer les difficultés concrètes rencontrées par les exploitants avec la nécessité d’accompagner les investissements pour maintenir la production et améliorer les conditions de travail.

Cette visite avait lieu au Gaec Viennet-Racine à Châtillon-Guyotte, une exploitation laitière de trois associés, Mireille et Eric Viennet et leur neveu Nicolas Racine, qui met en valeur 184 hectares, dont 132 de surfaces fourragères, avec 85 vaches laitières avec 600.000 litres de lait par an collectés depuis avril 2018 en AB par Lactalis. Les projets récents ont été l’achat d’un robot de traite en 2014 et la conversion en agriculture biologique en mai 2016. En 2017, la construction d’un bâtiment de stockage des aliments avec un silo et un aplatisseur a permis de parvenir à l’autonomie en matière d’alimentation du troupeau. Le prochain investissement prévu est une unité de méthanisation en association avec une autre exploitation, tout en intégrant les déjections du centre d’insémination de Roulans.

Un audit d’exploitation a été réalisé en mars 2016 dans le cadre du projet de conversion en agriculture biologique.

Répondre aux demandes du marché

Avec un prix du lait conventionnel qui ne couvre toujours pas les coûts de production, les exploitants agricoles ont recherché de nouvelles solutions pour dégager un revenu. La conversion en agriculture bio a été retenue par le Gaec. « Après l’audit d’exploitation, nous avons étudié la possibilité de passer en bio. Nous avons modifié l’assolement. Les céréales de vente sont maintenant destinées à l’alimentation du cheptel. Nous avons gardé l’ensilage de maïs et nous avons semé du soja pour le concentré des laitières que nous réalisons sur l’exploitation », détaillait Nicolas Racine.

Au niveau technique, Eric Viennet indiquait que « le passage en bio a modifié l’organisation du travail, en particulier avec des pointes de travaux plus importantes pour le désherbage mécanique du maïs qui demande plus de temps et plusieurs passages ».

Cette logique pragmatique de production avec le robot de traite pour réduire les contraintes de travail et la nécessité de maintenir la culture de maïs pour l’autonomie alimentaire de l’exploitation, démontre la recherche d’une optimisation d’un système pour valoriser au mieux la production de l’exploitation.

Lors de la visite, la présidente de Région a été impressionnée par le robot de traite. La presse régionale a essentiellement posé des questions sur la conversion en agriculture bio, alors que les représentants professionnels insistaient sur le fait qu’il ne fallait pas opposer les systèmes de production. Les retards de paiement pour les aides sont bien sûr évoqués. Si l’aide à la conversion se justifie pleinement, un débat s’est instauré sur l’aide au maintien.

« S’il est indispensable de favoriser la segmentation des marchés, la conversion en agriculture biologique est une voie, mais ce n’est pas la seule », rappelait Christophe Bonnevoy, responsable Lait de la FDSEA du Doubs.

 

 

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