Elevage

Charolais Horizon : la fusion avec Sicarev est actée

Au 1er juillet, le groupement Charolais Horizon sera devenu l’une des douze sections de la nouvelle coopérative Sicarev Coop. Cette fusion, dont il a longuement été question le 29 mai dernier à Digoin, est une suite logique dans la démarche d’organisation de production choisie par les adhérents de Charolais Horizon.

Guy Fonteniaud, président de Charolais Horizon et Philippe Dumas, président de Sicarev ont expliqué les modalités de fusion au sein de la nouvelle entité Sicarev Coop.

Le 29 mai dernier, Charolais Horizon a tenu sa toute dernière assemblée générale. En effet, 21 années après sa création, et comme une suite logique à la démarche entamée par les six coopératives du GIE Alliance, le groupement saône-et-loirien a fait le choix de devenir l’une des douze sections de la nouvelle coopérative Sicarev Coop.

Associé de longue date au groupe Sicarev, le GIE Alliance avait été rejoint en 2017 par le groupe Cialyn Sicavyl. En 2018, toutes ces coopératives associées à Sicarev ont décidé de fusionner en une seule coopérative à sections. Il s’agit des six groupements de producteurs d’Alliance (Actis, Charolais Horizon, Coop du Mézenc, Covido-Bovicoop, Dauphidrom) ainsi que des six sections de Cialyn. Elles seront ainsi 12 sections au sein de Sicarev Coop couvrant une vaste zone s’étirant depuis le sud Ardèche jusqu’à l’Aisne.

Dans le quotidien des éleveurs adhérents et sur le terrain, cette fusion n’entrainera pas de bouleversement, indiquait le président de Charolais Horizon Guy Fonteniaud. Chaque section conservera en effet son conseil, son assemblée de section, son site et même une certaine autonomie avec sa propre comptabilité analytique, faisait-on valoir. La naissance de Sicarev Coop résultant de la fusion simultanée de six groupements, sera effective le 1er juillet prochain.

Une réponse à la crise

Cette décision d’envergure est une réponse à la crise que traverse l’élevage et sa filière. Le contexte économique, conjoncturel et climatique induit la décapitalisation des cheptels. La baisse de production qui en résulte se traduit par une baisse des abattages de gros bovins, sans que les prix ne s’améliorent pour autant, déplorait Guy Fonteniaud.

En dépit d’une hausse d’activité (31.175 animaux) consécutive à plusieurs adhésions et même une progression de + 6,5% en animaux finis, le groupement Charolais Horizon a vu son résultat (230.199 €) s’émousser en 2018. La situation précaire de quelques-uns des créanciers de la coopérative – des éleveurs en difficultés - l’a même amené à augmenter ses provisions pour risques, révélait-on.

A l’échelle de Sicarev, c’est un résultat 2018 très dégradé qui a été enregistré. « L’année a été catastrophique pour les entreprises d’abattage et de transformation (lire encadré). Nous vivons une situation inédite où les prix des animaux sont insuffisants pour les éleveurs et les marges sont plus faibles qu’elles ne l’ont jamais été pour les entreprises », expliquait Guy Fonteniaud. Ce contexte anxiogène sur fond de baisse d’activité oblige à agir pour la pérennité de la coopérative, estimait-on.

Maitrise de la valorisation de nos produits

De nouvelles économies d’échelles sont espérées, même si beaucoup a déjà été fait au sein du groupe. La nouvelle structuration devrait permettre « de mettre à la disposition de toutes les sections des services transversaux de grande qualité », motivait Guy Fonteniaud. Enfin, la fusion en une seule entité devrait apporter de la lisibilité vis-à-vis des gros clients de Sicarev.

« Depuis le début, nous avons voulu prendre en main notre destin », revenait Guy Fonteniaud, expliquant le choix de bâtir à plusieurs « l’organisation nous permettant de maîtriser totalement la commercialisation de nos produits. Nous avons fait l’acquisition et développé des abattoirs, de la deuxième et troisième transformation, des marques, des labels. Pour le maigre, nous avons créé des partenariats avec d’autres groupements français de régions d’engraissement. Nous avons créé Deltagro Export pour nous ouvrir des marchés internationaux sans capitaux étrangers. Cette organisation nous ouvre toutes les pistes de valorisation de nos produits », concluait Guy Fonteniaud.

La stratégie de Sicarev pour faire face

Face à un marché de la viande en grande difficulté, Sicarev Coop va concentrer toute son activité sous la marque Tradival. Il s’agit d’en faire une marque commerciale forte, dotée de la signature « Eleveur de goût », expliquait le directeur général adjoint du groupe Ludovic Paccard. L’entreprise poursuivra sa stratégie auprès de ses clients de la grande distribution (carcasse, sous-vide, produits élaborés, frais, cru, cuit, surgelé…) ; la restauration hors foyer (Buffalo, Pataterie, restauration collective…) ; les outils industriels (haché, produits cubés, etc…) ; les grossistes (carcasse, sous-vide) ; le « home service » (surgelés) ; la boucherie artisanale… Sicarev envisage également l’export dans le porc et le bovin. L’abattoir de Migennes (89) est l’un des cinq outils français agréés pour la Chine, signalait-on. Ludovic Paccard citait aussi l’e-commerce qu’il faudra probablement conquérir aussi. De manière générale, « il faudra contractualiser avec des prix et des volumes garantis ; développer les signes de qualité dans l’esprit de consommer moins mais mieux ; développer les filières génisses et, partant du principe que c’est le process industriel qui commande l’amont, travailler à la réduction du poids de carcasse », concluait le directeur adjoint de Sicarev.

Le marché de la viande dans la tourmente

Invité de Charolais Horizon, le directeur général adjoint du groupe Sicarev Ludovic Paccard est venu livrer un état des lieux du marché de la viande. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le quotidien d’une entreprise de viande comme Sicarev n’est guère réjouissant. Un éclatement de l’offre ébranle le marché. La grande distribution tant décriée est en recul. On la dit même en difficulté, n’hésitant pas à évoquer une fin possible des hypers, lesquels se seraient « tirés une balle dans le pied » avec les drives… On assiste à un transfert de la vente de viande bovine vers d’autres circuits. Après le succès d’enseignes de type Lidl, on assiste à la montée de la vente en ligne type Amazon. La part écoulée en restauration hors domicile progresse fortement (71%), de même que les produits élaborés qui représentent désormais 57% de la viande bovine consommée. La viande hachée ne cesse de gagner du terrain au détriment de la consommation de viande brute, des pièces nobles. La diversité des morceaux s’appauvrit avec la montée du catégoriel. 57% de la viande bovine en restauration hors domicile est importée, dénonçait le directeur de Sicarev. Un problème grave pour la production française, alertait-il.

« Hypocrisie commerciale »

Parmi les faits marquants de l’année écoulée, les entreprises d’abattage ont été frappées par l’effondrement de la rémunération du cinquième quartier consécutive à une chute du cours des cuirs de moins 50% ! Cette crise dans le cuir - liée à la mondialisation et à la mode végan - a coûté 3 millions d’euros à Sicarev, révélait le directeur adjoint. A cela se sont ajoutés une inquiétante érosion des ventes d’animaux en filière ; une difficulté à atteindre les équilibres matière à travers la vente à l’industrie et une grande difficulté à valoriser les produits élaborés à leur juste prix… Ce qui amenait Ludovic Paccard à dénoncer « un niveau d’hypocrisie commerciale jamais connu », faisant allusion à la violence quotidienne qui prévaut dans les box de négociation entre clients et fournisseurs. Et ce tandis que « des outils d’abattage de 200 à 300 salariés sont obligés de fermer un jour par semaine », révélait avec gravité le responsable de Sicarev.

Des plus-Values multipliées par trois en trois ans

En dépit des effets jugés décevants des Etats Généraux de l’Alimentation, le groupement Charolais Horizon a fortement développé le label rouge en 2018. A tel point qu’à lui seul, Sicarev pèse pour 43% de l’association Charolais Label Rouge, indiquait Guy Fonteniaud, avec un développement de + 55% sur l’abattoir de Roanne. Un nouveau contrat de filière se met en place avec l’enseigne Lidl. Les contrats génisses aves Casino et Moy Park pour Mc Donald’s se poursuivent avec succès. Sicarev réalise la majorité des abattages de Bœuf de Charolles AOP et Charolais Horizon en fournit 50% à lui seul, signalait Guy Fonteniaud. Toutes ces démarches génèrent près de 1 million d’euros de plus value pour les éleveurs. Un chiffre qui a triplé en trois ans de temps, faisait-on valoir. Alors que la demande en produits bio ne cesse de croître, les responsables de Charolais Horizon incitent fortement leurs éleveurs à s’engager dans une conversion.

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