Viticulture

Les femmes, les oubliées de la viticulture

Dans le cadre des conférences de la chaire Unesco « Culture et Traditions du Vin » à l’université de Dijon, Jean-Louis Escudier, chargé de recherches CNRS, est intervenu en janvier dernier sur la thématique : Les femmes et la vigne, une histoire économique et sociale 1850/2010.
Sur les discriminations historiques que les femmes ont eu à subir au milieu des rangées de ceps, il y a de quoi dire…

Il n’est pas question pour Jean-Louis Escudier de cibler spécifiquement la viticulture. Mais toujours est-il que l’étude qu’il mène depuis dix ans, les nombreux témoignages recueillis, publications parcourues, ouvrages lus, photos visionnées, etc. n’ont fait ressortir que les mêmes constats : la condition féminine a longtemps été synonyme d’inégalités flagrantes et de discriminations dans le monde vitivinicole.
Par le travail et la pénibilité des taches accomplies par les femmes tout d’abord. Comme l’explique Jean-Louis Escudié, « en viticulture, on s’est longtemps réfugié derrière les stéréotypes sur les qualités féminines : dextérité, patience, agilité,etc., pour leur confier certaines taches »…. les plus pénibles ! Comme le travail d’échaudage contre la pyrale, de relevage des pampres, de ramassage des sarments, de triage en bout de rang, etc. Taches fastidieuses, pénibles car nécessitant de se courber sans arrêt.
Reléguées aux activités non qualifiées, les femmes ont une nouvelle fois subi une injustice lors de la lutte contre le phylloxera avec le greffage des vignes. Jugé qualifié lorsque les hommes font ce travail sur pied dans les vignes, les femmes ne retirent à l’inverse aucune compensation financière lorsqu’elles effectuent la même tache en atelier…

Non qualifiées, mal rémunérées

Car c’est bien là ensuite, la conséquence principale de cette différence de traitement : les études montrent que le salaire des hommes est systématiquement, et sans commune mesure, supérieur à celui des femmes.
« Les enfants, garçons et filles, font les mêmes travaux et ont le même salaire, jusqu’à 13 ans. C’est après que ça change :  les garçons voient leur salaire augmenter avec l’âge et on y intègre en plus la qualification liée aux taches accomplies ». Une adolescente, elle, est toujours maintenue à son salaire de fillette. Devenue femme, elle gagne parfois 10 à 20 % de plus. C’est tout. Tout ceci fait que « jusqu’en 1945, les femmes touchent la moitié du salaire de l’homme le moins bien payé ! On n’ose imaginer les situations de très grande précarité, pour ne pas dire d’indigence, que cela a très souvent dû induire dans les familles monoparentales, situation déjà fréquente au 19ème siècle , pour cause de veuvage ou autre », fait remarquer Jean-Louis Escudier.
« Historiquement peu de garçons allaient vraiment en école d’agriculture, en revanche c’est à eux et non pas aux filles que l’on transmettait le savoir de la conduite des vignes ». De facto non qualifiées, les femmes étaient donc condamnées aux « petits » travaux très mal rémunérés.
Évidemment la situation n’a plus rien à voir aujourd’hui, mais les premières lois sur l’égalité salariale ne datent que de 1972, et les différences salariales, tout secteur confondu, ne sont toujours pas totalement gommées.

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