Actualité Viticulture

La vigne et le vin sont-ils des métiers pour les femmes ?

Le lycée viticole de Mâcon-Davayé s’est attaqué à plusieurs préjugés tenaces propre à la filière vitivinicole. Les femmes sont-elles en capacité de faire tous les métiers ? Le 21 décembre, viticultrices, sommelière, œnologue, enseignantes, élèves… toutes ont prouvé que oui, les femmes ont toutes leur place. Elles ont malheureusement témoigné de plusieurs formes de « machisme » toujours « ordinaire ». Et si l’égalité réelle "Femmes-Hommes" n’était-elle pas plutôt la source d’une croissance économique et territoriale, en plus d’un progrès social ?

Pourquoi certains se conduisent envers les autres de manière inégale ou injuste ? Bien souvent pour des questions de pouvoir. « Ils ont l’impression que s’ils perdent un peu, ils perdront tout ». La peur, comme toujours, est mauvaise conseillère.

Le 21 décembre, au lycée de Mâcon-Davayé, un atelier était organisé autour d'une thématique propre à l'égalité hommes-femmes qui portait sur le thème de la mixité des métiers dans le monde agricole, et tout particulièrement dans la filière vitivinicole. La question était posée : vigne et vin, des métiers au féminin ? Se référer à ce sujet à notre article publié en page 4 de notre édition du 5 janvier dernier.

Trois tables rondes (dans nos prochaines éditions) se tenaient ainsi dans le cadre du "Tour de France de l’égalitéé. Les co-organisatrices de ce colloque, les enseignantes, Françoise Van Den Berge et Sandra Landemaine, avaient su convaincre le secrétariat d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes de s’intéresser aux métiers de la filière vitivinicole, lesquels sont « traditionnellement majoritairement occupés par des hommes ». Dans la salle, les élèves des lycées de Davayé et de Belleville étaient justement représentatifs de cette "domination" numérique. Mais les générations et les mentalités ont évolué, en bien. Toujours d'actualité, le sujet est régulièrement remis sur la table et ne choque plus. L’occasion pour eux - et elles ! - d’échanger sur plusieurs thèmes. Existe-t-il des vins féminins ? Y a-t-il toujours des préjugés sur la place des femmes dans les métiers du vin ? Comment trouver un emploi dès lors pour elles ?

Chevallier de la légion d’Honneur et présidente de Regards de femmes, Michèle Vianes livrait immédiatement un début de réponse : « les femmes sont tout à fait légitimes dans tous les métiers, en fonction de leurs aptitudes et de leurs goûts. Tout comme les hommes. Les différences biologiques, qui existent, n'ont pas à se traduire en hiérarchies ou en rôles assignés ». La médiatrice lutte également contre toutes les formes de violences : économiques, physiques, morales, sexuelles… « Il existe pléthore d’associations en ville mais, à la campagne, l’aide est plus difficile. La formation des gendarmes est dès lors extrêmement importante » concernant ces cas graves. Un retard criant qui a poussé et pousse certainement nombre de femmes à quitter les campagnes...

Encore trop orientées

Un récent rapport (il date de 2017) du Sénat portant sur les Femmes en agriculture montre que si un quart des chefs d’entreprises sont des femmes, 90 % des conjoints sont des collaboratrices avec à la clef de modestes pensions de retraite. Pourtant l’agriculture évolue. Aujourd’hui, 41 % des entreprises agricoles sont créées par des femmes. « Le plancher de glue, les murs et le plafond de verre vont se briser », prédisait Michèle Vianes avec espoir. Reste que les femmes sont ou se cantonnent encore à certains métiers. Dans la filière, 38 % se retrouvent globalement dans les métiers de la vinification et 41 % dans le commerce des vins et spiritueux.

En ce 21 décembre, jour de clôture des Etats généraux de l’Alimentation où elle animait l’atelier 13, Adeline Croyère reliait le sujet du jour à celui de la création de valeur et à l'amélioration du quotidien. Celle qui est chef du service d’inspection vétérinaire et phytosanitaire aux frontières ne cachait pas que l’attractivité des filières agroalimentaires bénéficiait de l’image des produits français de qualité mais faisait face à des « difficultés » pour recruter du fait de préjugés tenaces. « Dans l’enseignement agricole, des progrès ont été réalisés avec presque 50 % de filles. Mais ce chiffre cache de grandes disparités dans les choix, avec deux tiers d’entre elles qui choisissent les services ». Viticultrice, œnologue… ces métiers « peuvent se conjuguer au féminin et avec talent, même après avoir été longtemps réservés aux hommes ». Et surtout interdits aux femmes... Actuellement, les taux d’insertion des femmes et hommes tendent à se rapprocher après un même cursus.

Mauvais joueurs

Haute fonctionnaire en charge de l’égalité des droits Femmes-Hommes et de la diversité, Françoise Liebert citait l’écrivain Stendhal : « l'admission de la femme à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation ; elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain et ses chances de bonheur » (L’Amour, 1822). Elle s’empressait de nuancer que ces « vieux sujets revendicatifs ne datent pas de l’antiquité », mais qu’il y a seulement moins de deux à trois générations, l’autorité parentale des femmes n’était pas reconnue en France, que les femmes n’avaient pas le droit d’avoir un compte en banque ou de disposer - sans le consentement de leur mari - de leur propre argent gagné, que le droit de vote ne leur a été "accordé" qu’en 1944…

Malgré le conservatisme encore présent dans de nombreuses communautés, rurales, urbaines ou globales, Françoise Liebert estimait que la société a « énormément progressé depuis les années 2000 » autour des questions d’égalité. Elle estime cependant qu’il subsiste des « blocages » un peu partout. Elle témoignait dans son milieu parisien : « je suis docteur vétérinaire. J’ai dû être plus combative pour accéder aux postes d’excellence. C’est dommage car, pour moi et généralement pour les femmes, il ne s’agit pas de prendre la place des hommes. C’est un clivage inutile ». Une façon de dire qu’elle ne cherchait pas à « dépasser les hommes » - ou les autres femmes d’ailleurs - mais à se dépasser soi-même pour parvenir à son objectif. Et ce, sans invoquer une quelconque supériorité ou infériorité.

Devant un parterre de garçons et de filles à l’écoute, elle concluait positivement : « lors de vos travaux cet après-midi en ateliers, échangez, faites des propositions, imaginez des choses nouvelles… Les pionnières ont essuyé les plâtres mais, parce qu’elles persistent, les mentalités finissent par avancer. Vous êtes la génération qu’on attend pour que vos enfants connaissent l’égalité réelle entre hommes et femmes. On s’enrichit ensemble et on est plus humain ».

Exode rural ou exode féministe ?

Avec de certaines mentalités machistes, rustres et sexistes, pas étonnant qu'une majorité des femmes des champs aient préféré partir pour le triste anonymat des villes, pour essayer de construire un nouveau monde. Sans oublier également, le patriarcat qui imposait aux fils et aux belle-filles une cohabitation souvent douloureuse avec la belle famille...

Désormais pour repeupler et faire revivre les villages, une mentalité égalitaire doit s'affirmer partout pour éteindre tout relent de sexisme et enfin parfaire le tableau d'un havre de paix à la campagne. Seule voie pour repeupler et faire revivre les villages en manque d'âmes... féminines.

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