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Grâce au pâturage tournant, le Gaec Lavesvre peut compter sur des vaches et des stocks en plus

Participant au groupe Herbe du GIEE de l’Autunois, Olivier et Guillaume Lavesvre ont converti la quasi-totalité de leur troupeau au pâturage tournant. Cette meilleure valorisation de l’herbe leur a permis de nourrir vingt vaches à veau de plus sur la même surface tout en dégageant des stocks supplémentaires.

Jean-Michel Gevrey, Denis Lacagne, Olivier et Guillaume Lavesvre font partie du groupe Herbe du GIEE de l’Autunois.

A Tavernay, Olivier et Guillaume Lavesvre se sont lancés dans le pâturage tournant à partir de 2016. Cette décision faisait suite à la formation dispensée par la chambre d’agriculture intitulée "Comment dégager du revenu", suivie par les associés en 2012 et où ils s’étaient aperçus que « certains éleveurs donnaient moins d’aliments que d’autres grâce à une meilleure valorisation de l’herbe », se souvient Olivier. Pour aller plus loin, en 2015 le Gaec a adhéré au GIEE de l’Autunois où il a intégré le groupe Herbe et a suivi une autre formation de la chambre, cette fois-ci sur l’autonomie fourragère, ainsi qu’une session animée par la société 5MVet.

180 hectares en pâturage tournant

Dès 2016, Olivier et Guillaume ont converti près des trois quarts de leur exploitation au pâturage tournant, soit 180 hectares répartis sur plusieurs gros îlots sur La Celle-en-Morvan et Reclesne notamment. Au préalable, les deux frères ont réalisé les plans de leur futur pâturage sur leur logiciel "Mes Parcelles". Le parcellaire avait l’avantage d’être bien doté en points d’eau (rivière, creux d’eau, eau de la ville). Certains îlots étaient déjà constitués par une juxtaposition de prés existants. Seules quelques parcelles ont du être redécoupées en deux, signalent les intéressés.

Toutes les vaches à veaux sont désormais conduites en pâturage tournant avec des lots de 12 à 27 paquets, pour un total de 130 mères. 40 génisses bénéficient de la même conduite de même que les laitonnes.

Des outils pour ajuster la conduite

Pour la conduite des lots au pâturage, Olivier et Guillaume utilisent le tableur Excel, mis au point par Eric Braconnier de la chambre d’agriculture. Ce tableur raisonne non pas en UGB (unité gros bovins) mais en « EVV pour Equivalent Viande Vive » tenant compte ainsi du poids des animaux. « On rentre les surfaces, le nombre d’animaux. Il y a trois périodes : printemps, été, automne. En fonction du nombre d’EVV, le tableur calcule la production d’herbe et la surface nécessaire. C’est un outil pour prévoir. On ajuste le nombre de bêtes à la surface », explique Olivier.

L’idéal est que le lot dispose sur son îlot de cinq ou six parcelles pour tourner, indiquent les associés. Au début du printemps, le lot tourne d’abord sur 4 parcelles et la cinquième est intégrée après la récolte, expliquent-ils. Le principe est de toujours avoir au moins une parcelle à faucher pour ajuster la rotation. Récoltée précocement en enrubannage ou en ensilage, elle donne des fourrages de très bonne qualité, font valoir les deux frères. Il faut compter 18 jours entre deux passages d’animaux. La bonne hauteur d’herbe à pâturer est de seulement 7 cm. Olivier et Guillaume l’évaluent « à l’œil », en se fiant à la hauteur de l’herbe au niveau de leurs bottes.

Plus de chargement et plus de fourrage récolté

« De mai à août, nous ne faisons que gérer l’herbe », confient les deux frères. Chez eux, la conduite du pâturage tournant remplace en quelque sorte l’approvisionnement de nourrisseurs à veaux puisqu’ils ne soignent pas leurs broutards au pré. S’ils n’ont pas encore mesuré de gain de croissance pour leurs broutards, en revanche le passage au pâturage tournant leur a permis de nourrir vingt vêlages de plus avec la même surface, font valoir les éleveurs. Un gain de production permis par une optimisation des surfaces. « Nous chargeons plus (de 50 à 55 ares par UGB au printemps) et nous récoltons davantage de fourrage. Exemple : sur un même îlot, nous avons réussi à conduire 29 vaches au lieu de 20 en faisant de l’ensilage sur une partie ! », fait valoir Olivier. En 2017, le Gaec a récolté 250 bottes d’enrubannage et vingt hectares de foin supplémentaires. « Nous avons un an et demi de foin d’avance et une demie année d’ensilage d’herbe », complète l’éleveur.

Economies

En hiver désormais, les vaches à veau nourries au foin et aux ensilages d’herbe et de maïs n’ont plus besoin d’aliment azoté, ce qui représente une économie d’environ 2.000 € sur la saison, calculent Olivier et Guillaume. Un progrès qui s’ajoute à d’autres efforts pour limiter les charges comme l’abandon des engrais sur prairie au profit du fumier (excepté sur les prés neufs) ou encore des essais de semis sous couvert pour l’implantation du maïs (90 €/ha économisés au semis) ou le semis direct pour les céréales… Autant d’innovations qui sont expérimentées grâce au GIEE de l’Autunois, font valoir les Lavesvre.

 

Denis Lacagne à Monthelon : des prairies riches en légumineuses testées avec succès

A Monthelon, Denis Lacagne a accueilli un essai de prairie temporaire riche en légumineuses (plus de 50 % du mélange de semences). L’essai a été conduit à la demande du groupe Herbe du GIEE de l’Autunois dans le cadre d’une aide spécifique encourageant à l’autonomie fourragère. La mise en place de l’essai, à l’automne 2015, a été supervisée par Denis Chapuis de la chambre d’agriculture.

« Nous avons semé cinq bandes de 15 mètres de large avec différents mélanges. La première année, la parcelle a été ensilée. Pour chacune des bandes, nous pesions les remorques récoltées et Véronique Gilles de la chambre d’agriculture prélevait des échantillons pour analyse. J’ai récolté une seconde coupe et même effectué une troisième récolte sur du ray-grass hybride. La parcelle était ensuite pâturée. En 2017, nous avons ensilé puis j’ai fait pâturer. Comme j’ai fauché plus tôt, les fourrages récoltés étaient meilleurs en protéine », rapporte Denis Lacagne.

Au-delà des récoltes, le groupe Herbe a suivi l’essai régulièrement, se rendant sur la parcelle au fil des saisons pour observer son évolution. En 2017, fort des enseignements de l’essai sur sa ferme, Denis Lacagne a de nouveau semé une parcelle de prairie temporaire avec un mélange riche en légumineuses. « Ces essais ont permis de montrer quels étaient les meilleurs mélanges. Surtout grâce au groupe Herbe du GIEE, cela nous permet de les tester sur nos exploitations de l’Autunois-Morvan », conclut Denis Lacagne.

Jean-Michel Gevrey à Dracy-Saint-Loup : des broutards à plus de 1,5 kg de croissance sans aliment

A partir de 2015, Jean-Michel Gevrey a complètement revu la conduite de son exploitation, aidé en cela par des formations dispensées par la chambre d’agriculture sur les coûts de production, l’alimentation, la culture de céréales. Pour parfaire la maîtrise de son système herbager, l'éleveur a intégré le groupe Herbe du GIEE de l’Autunois et s’est lancé dans le pâturage tournant. « Les formations que j’ai suivies ont mis en évidence que je gaspillais de l’herbe. L’inventaire moyen des surfaces pâturées et fauchées montrait que je dépassais largement les surfaces disponibles recommandées par vache au printemps ». Un constat qui n’a pas surpris l’éleveur qui était parfois amené « à reclôturer des bouts de pré » et qui « aimait bien voir ses bêtes dans l’herbe ! », reconnaît-il. Un premier essai a été mené en 2015 avec des génisses à l’engrais et des broutards sur deux parcelles dont un « bon pré d’embouche de 6,5 ha ».

Malgré la sécheresse qui a frappé de bonne heure, l’éleveur dit avoir tout de même vu une différence. Des surfaces d’herbe en plus ont pu être fauchées. Certains veaux conduits en pâturage tournant ne consommaient pratiquement plus d’aliment complet. « Ils ont réalisé les mêmes croissances que d’habitude mais avec environ un tiers d’aliment en moins », a constaté Jean-Michel. En 2016, l’excès de pluie du printemps a compromis les choses mais en 2017, les broutards en pâturage tournant avec leurs mères ont accompli des croissances de 1,5 à 1,6 kg par jour avec quasiment aucun aliment, rapporte Jean-Michel. Quant aux génisses de deux ans à l’engrais, elles ont consommé moins de concentrés. Et l’éleveur a pu réaliser des stocks de fourrages supplémentaires.

« La mise en place du pâturage tournant demande de bien préparer les choses ; redécouper les parcelles, prévoir l’accès aux points d’eau, les chemins, les barrières, le sens de rotation… Sans oublier la présence d’ombre et d’abris pour les bêtes », informe Jean-Michel. Mais une fois les choses en place, la conduite du pâturage tournant est assez aisée. « C’est facile de changer les bêtes de parcelle. Elles vont directement dans la bonne herbe qu’elles mangent immédiatement sans gaspiller". Grâce au pâturage tournant, Jean-Michel a même pu faire manger une partie de pré que les bovins ne voulaient jamais brouter jusqu’alors. « Et le pâturage tournant tend à les rendre plus dociles », complète l’éleveur.

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