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Congrès de l'AGPB à Dijon : Gagner en compétitivité, oui ! Mais aussi être écoutés...

Le congrès de l'AGPB s'est tenu à Dijon le 31 janvier et le 1er février. Compétitivité, adaptation des systèmes de production, transition à mener sur les phytos... Toutes ces questions ont animé les débats, sur fond d'absence du ministre de l'Agriculture. Une absence remarquée et dénoncée.

Si le congrès de l'AGPB qui vient de se dérouler à Dijon le 31 janvier et le 1er février a bien abordé le thème de la compétitivité, l'absence du ministre de l'Agriculture a jeté un froid.  Philippe Pinta, président de l'AGPB, n'a pas manqué de souligner, "après le mépris de l'Union Européenne, l'année dernière, suite à la récolte catastrophique que nous avons vécu...voilà cette année notre ministre qui ne participe pas à nos travaux." L'absence du ministre renforce le sentiment d'abandon de la profession céréalière et de toute la filière, alors que le monde céréalier va mal depuis plusieurs années. 2016 a marqué l'entrée dans une spirale infernale qui siphonne les revenus, sans apporter de meilleure garantie sur l'avenir. Depuis, en dépit d'une moisson correcte en 2017, la situation n'a pas cessé de se dégrader et encore plus dans les zones intermédiaires dont l'AGPB, soutenue par la FNSEA, porte désormais le dossier. L'association des producteurs de blé a d'ailleurs demandé une mission au gouvernement sur la situation de ces zones fragiles, particulièrement malmenées ces dernières années et désavantagées en termes de soutiens Pac.

Rechercher la compétitivité partout, à tous les niveaux

Au-delà de ce constat amer, ce congrès s'est voulu force de proposition, en explorant toutes les pistes permettant d'améliorer la compétitivité du secteur, avec une ambition réitérée : "produire plus et mieux", mais sous certaines conditions... Les producteurs peuvent compter sur la filière pour aller chercher partout quelques euros supplémentaires. Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales estime que "c'est par le travail en filière que l'on pourra gratter des points de compétitivité sur tous les maillons" et faire en sorte que les exploitations céréalières soient plus résilientes.

Dans la compétition internationale qui se joue sur les marchés internationaux, la France bénéficie d'un avantage compétitif, un prix du foncier peu élevé. En revanche, souligne François Jacques, secrétaire général de l'AGPB, les aides européennes destinées aux céréaliers français sont parmi les plus faibles d'Europe, la logistique ferroviaire comme le dénonce Philippe Pinta "est déplorable", les écarts de compétitivité entre structures sont trop importants et la réglementation française plus exigeante et restrictive que partout ailleurs.

Concernant les stratégies d'entreprise permettant d'accroître la compétitivité des structures,  une table ronde s'est intéressée à différents modèles de développement. D'un côté le choix de l'agrandissement au-delà des frontières, avec des agriculteurs ayant investi dans des fermes en Allemagne de l'Est ou en Ukraine et de l'autre, un agriculteur du Châtillonnais, Charles Schneider, ayant misé sur un modèle d'exploitation diversifiée, en phase avec son territoire, innovant et à vocation plus sociale. Convaincu que "l'agrandissement n'est pas la solution" sur des territoires qui deviennent des déserts économiques, ce dernier a montré que l'innovation et la diversification améliorent la résilience d'un système dans une zone à faible potentiel. Mais pour y parvenir  "on a besoin d'ingénierie, c'est essentiel pour se projeter sur de nouveaux marchés et s'engager sur de nouvelles voies". La prise de risque nécessite un soutien spécifique car le conseil et l'accompagnement ont un prix. Cette dynamique économique porte ses fruits et permet d'interagir avec l'économie locale. Optimiste et déterminé, Charles Schneider pense que "les agriculteurs français ont encore une belle partie à jouer".

L'autre versant de la compétitivité a été traité dans une autre table ronde dédiée au commerce, (marché intérieur et export). Gagner et conserver des parts de marché à l'international, nécessite d'être présent, reconnu et d'avoir initié des liens durables avec les acheteurs. Jean-François Lepy, directeur général de Soufflet Négoce, appelle à privilégier la qualité et à construire "des filières premium, car demain, tous les consommateurs, de Dakar à Alger, voudront des produits sains et cultivés avec des standards d'excellence, comme nous savons le faire en France". Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales relève "qu'on ne va pas tous faire du premium, mais qu'il faut en faire un peu plus" et surtout "passer du flux tiré au flux poussé". C'est le client qu'il faut écouter et c'est avec lui qu'il faut initier des liens commerciaux forts. La filière peut encore progresser, notamment en matière d'OAD et de traçabilité, ainsi, "il n'y a pas assez de blés français tracés".

 

Pour une PAC commune et forte

Constat partagé par Lionel Deloinge, président de la Meunerie française, qui insiste aussi sur la nécessité "de discuter, d'aller à l'essentiel, de jouer les synergies et de faire preuve de solidarité dans la filière" pour avancer commercialement. A l'international comme sur le marché intérieur, l'enjeu est identique dans les relations commerciales, il faut écouter le client et lui apporter des services complémentaires, "faire la différence". Au niveau des producteurs, Rémi Haquin, vice-président de l'AGPB, encourage à "co-construire à tous les niveaux de la filière pour assouplir le ciseau prix marchés/prix de vente, sans que le producteur soit la variable d'ajustement de l'entente".

A plus court terme, il reste que le contenu de la future Pac peut rebattre les cartes et pas à l'avantage des céréaliers et des agriculteurs français. La déclinaison de la Pac actuelle et les inquiétudes quant aux orientations de la prochaine politique agricole -commune ou pas ?- représentent des sujets de préoccupation majeurs pour les céréaliers. Philippe Pinta avertit que la Pac doit rester "commune et forte", "bâtie sur un premier pilier fort, avec un budget maintenu". Le Président de l'AGPB exclut toute "renationalisation et tout excès de subsidiarité", sources de distorsions de concurrence pour les producteurs. Regrettant que "depuis des décennies, notre secteur a largement contribué à la redistribution des aides vers d'autres secteurs", Philippe Pinta avertit : "les filières grandes cultures ne peuvent pas continuer à être considérées comme les banquiers du système".

L'absence du ministre de l'Agriculture renforce les céréaliers et le président de l'AGPB dans la certitude qu'ils doivent "avant tout compter sur eux-mêmes" et qu'il "va falloir bouger", car "oui il y a de solutions et des perspectives". Ce congrès a eu le mérite d'en tracer les contours et de n'exclure aucune voie.

Anne-Marie Klein

Phytos : Des solutions, pas des interdictions !

Les céréaliers ont affirmé leur volonté d'en finir avec les interdictions et de trouver des solutions permettant de réduire l'utilisation et l'impact des produits phytosanitaires. "Nous voulons des solutions, pas des interdictions, nous en avons ras-le-bol que l'on nous mette dans des impasses" a affirmé Eric Thirouin, secrétaire général de l'AGPB. Son président, Philippe Pinta, a dénoncé "le feuilleton glyphosate" et insisté sur le fait que le monde agricole souhaitait mettre en place une trajectoire de progrès sur la protection des plantes, afin de réduire l'utilisation, les risques et les impacts des produits phytosanitaires en France.

Certains outils sont d'ores et déjà disponibles, mais les solutions de substitution passeront aussi par des innovations dans des domaines aussi différents que la robotique, la génétique, le biocontrôle, l'agronomie. Parmi les solutions actuelles et en développement on trouve déjà : l'amélioration variétale, l'utilisation des phéronomes, une meilleure connaissance des sols, des micro-organismes et de la micro-faune, les nouvelles pratiques agronomiques...

La profession entend aborder cette "phase de transition de manière pragmatique", en mobilisant la recherche, le développement agricole et l'enseignement. C'est tout le sens du contrat de solutions présenté lors de ce congrès, co-écrit et co-construit avec l'ensemble du monde agricole, sous l'égide de la FNSEA. Les céréaliers sont prêts à entrer dans une démarche de transition permanente, mais encore faut-il que ce soit dans une dynamique de recherche de solutions plutôt que d'interdictions.

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