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Les jeunes éleveurs comme leurs aînés dénoncent la folie destructrice qui dicte à Bruxelles d'ouvrir grands ses marchés de viande aux importations

Le 28 novembre, une vingtaine d’agriculteurs se sont rendus à la préfecture de Mâcon pour y dénoncer les accords de libre-échange, Ceta et Mercosur, qui ont été ou sont en cours de signature… Retour.

Après une heure d’attente sous la pluie froide, la vingtaine d’éleveurs a fini par être reçue par les autorités préfectorales…

Signé le 30 octobre 2016, l’accord économique et commercial entre l’Union européenne et le Canada, le Ceta, est entré en application provisoire le 21 septembre dernier. Son contenu - s’il est validé par les parlements des différents Etats membres - permettrait l’entrée de 63.000 tonnes de viandes, issues de morceaux nobles, en provenance du Canada à droit de douanes nuls. En parallèle, la commission européenne est en cours de négociation d’un autre accord de libre-échange, cette fois-ci, avec le Mercosur. Ce dernier permettrait l’accès sur le marché européen de rien moins que 100.000 voire 130.000 tonnes supplémentaires de viandes sud-américaines. Toujours des morceaux nobles…

Un double-jeu incohérent !

Pour les agriculteurs français, c’en est trop ! Etouffés par les normes, accablés par la traçabilité et par tant d’autres règles qu’on leurs inflige tantôt depuis Bruxelles, tantôt depuis Paris, les agriculteurs ne comprennent de fait plus ce qu’on attend d’eux !

D’un côté, l’Etat français contraint, interdit, limite, taxe, freine et fragilise les entreprises agricoles dont dépendent tout de même 15 % des actifs français, un chiffre moyen qui masque des disparités parfois importantes et qui atteint parfois jusqu’à plus de 30 % sur certains territoires.

De l’autre côté, le même Etat ouvre grandes les frontières, acceptant les produits élaborés à base de molécules interdites (environ 46 interdites en France), les pratiques frauduleuses et les relations sociales douteuses.

Ce double jeu est inacceptable et démoralisant. Surtout quand on sait que les contingents de viande importée seraient essentiellement constitués de morceaux "nobles", c’est-à-dire des morceaux à griller, lesquels entrent ainsi en concurrence frontale avec ce qui permet de soutenir les prix des animaux, ici même, en France.

Agaçant…

C’est pour dénoncer ces incohérences qu’à l’appel à mobilisation de la FNB (Fédération nationale bovine), une vingtaine d’éleveurs de la section bovine de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire s’est rendue le 28 novembre à la préfecture à Mâcon. Dans le viseur, ces accords qui menacent l’élevage français mais aussi le consommateur du fait de la qualité douteuse des produits qui seront ainsi importés.

Après une heure d’attente sous la pluie devant la préfecture, les agriculteurs ont été reçus par Marlène Germain-Carbonnelle, sous-préfète et directrice de cabinet du préfet, absent. Celle-ci a pris note de la difficulté de la profession ainsi que des risques engagés par la signature de ces accords de libre-échange et s’est engagée à faire remonter les inquiétudes des agriculteurs du département au Gouvernement.

Des risques plus que réels

Terre d’élevage s’il en est, la Saône-et-Loire serait très impactée par ces accords de libre-échange. « La dernière fois que je suis venu ici, c’était pour vous alerter des suicides. Aujourd’hui, c’est pour vous alerter des risques que font courir ces accords de libre-échange. Mais quand donc allez-vous enfin prendre conscience que la profession est en péril ? » a alerté avec force Jérôme Beauchamp, secrétaire général en charge du réseau des JA 71.

« Entre la pression commerciale, la charge administrative, la non reconnaissance de notre métier, la FCO et bien d’autres choses, cela devient difficile d’être agriculteur. Nous, ce que nous voulons, c’est simplement pouvoir vivre dignement de notre métier » poursuivait Luc Jeannin, secrétaire général de la FDSEA 71, aussitôt relayé par Christian Bajard, président de la section bovine, pour qui il est grand temps de remettre un peu de cohérence dans les orientations données à l’agriculture, et tout particulièrement à l’élevage.

« L’élevage, c’est la fierté de la Saône-et-Loire et aujourd’hui il devient difficile d’en vivre et donc d’installer des jeunes dans le métier. C’est l’image du département qui est en jeu », alertait à son tour Benoît Pingeot secrétaire général des JA 71.

A bon entendeur…

Justine Laurent

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