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Rester focaliser sur le revenu et la compétitivité, rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA

En moins d’une semaine, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, accompagnée de Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs (JA), a rencontré le président de la République et le premier ministre. L’occasion de transmettre au gouvernement les revendications de la profession (voir première partie parue en page HH de notre édition du 3 août) et ses ambitions pour une agriculture qui monte en gamme, tout en étant compétitive.

La montée en gamme est un sujet récurrent, comment le monde agricole l’aborde-t-il ?

Christiane Lambert : Les plans de filières issus des EGA ont intégré la montée en gamme attendue par le gouvernement. Nous sommes au travail depuis déjà de nombreuses années pour prendre en compte les exigences des consommateurs et des citoyens : traçabilité, bien-être, naturalité… Nous avons tenu à rappeler au Président que cette montée en gamme ne sera efficace qu’à deux conditions. Elle doit s’inscrire dans une segmentation réaliste du marché. Il faut rester en phase avec les proportions que le marché peut absorber. Si les chiffres énoncés sont utopiques cela ne marchera pas. Nous avons cité l’exemple de la viticulture : les opérateurs ont besoin de tenir l’entrée de gamme pour être présents dans tous les segments. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui, la France est le deuxième pays importateur de vins en cubis, vendus à des prix compétitifs répondant à une demande importante des clients. Le même raisonnement s’applique à la volaille où les importations occupent maintenant une part croissante de la consommation française. La production nationale reste figée au niveau des années 2000 ! Nous avons clairement dit au Président de la République qu’il est incohérent de demander aux agriculteurs de monter en gamme, quand dans le même temps, on ouvre nos frontières à des produits venant d’ailleurs et qui ne respectent pas les mêmes règles. Cette incohérence est révoltante pour les agriculteurs, car ils ont le sentiment d’être pris au piège.

Quelle est l’autre condition de la montée en gamme ?

C.L : Cette montée en gamme ne nous exonère pas d’une obligation de compétitivité. Nos concurrents internationaux montent eux aussi en gamme, mais ils ont des coûts de production inférieurs. La France ne doit pas imposer à ses agriculteurs des obligations et des délais, qui créent des charges supplémentaires et qui ne peuvent être répercutés sur les prix. Notre inquiétude vient par exemple aujourd’hui du blé bio ukrainien annoncé à 276 € la tonne. Cela risque de ruiner les efforts des producteurs en Agriculture Biologique, ou en conversion, qui le vendent à un prix proche de 445 € la tonne. La recherche de compétitivité est le quotidien des agriculteurs, comme de tous les chefs d'entreprise. On voit poindre, avec la loi EGA, des charges nouvelles dans le titre 2, alors que nous n’avons pas encore de retour de valeur concret dans nos exploitations.

Avez-vous des exemples de facteurs qui limitent la compétitivité ?

C.L : Cette question de la compétitivité nous a amené à présenter au Président les distorsions de concurrence sur le coût du travail. En France, employer des travailleurs saisonniers coûtent 37 % plus cher qu’en Italie par exemple. Ce surcoût du travail occasionnel entraîne une forte augmentation des importations de fruits et légumes, +50% sur les légumes et +67% sur les fruits en 10 ans. Nous nous battons fermement pour empêcher la suppression de l’exonération TODE.  La France régresse également en production porcine, depuis 2000, les importations de porcs allemands et espagnoles ont respectivement augmenté de 34% et 40%. L’agriculture française, qui était un secteur exportateur, est en solde négatif dans la balance commerciale depuis 2015. Elle est comme un ancien champion du monde convalescent. Nous faisons la course avec des boulets aux pieds. Nous avons lancé un appel au secours au Président en demandant de ne pas créer des conditions de production qui plombent notre performance, notre compétitivité et notre efficacité.

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