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Un tournant décisif pour la candidature du Charolais-Brionnais au patrimoine mondial de l'Unesco

La candidature du Charolais-Brionnais au patrimoine mondial de l’Unesco a franchi une étape décisive ce printemps avec la reconnaissance de sa « valeur universelle exceptionnelle ». Fort de son paysage remarquable préservé grâce à un élevage vertueux, le Charolais-Brionnais semble avoir de bonnes cartes en main pour être le tout premier bocage inscrit au patrimoine mondial.

Le paysage préservé du Charolais-Brionnais témoigne des vertus de l’élevage charolais bocager.

Le 28 mai dernier, le comité de pilotage pour la candidature du Charolais-Brionnais au patrimoine mondial de l’Unesco était réuni à Charolles sous la présidence de Jean-Marc Nesme, président du Charolais-Brionnais et du Préfet de Saône-et-Loire Jérôme Gutton. Quelques jours plus tôt, le projet venait de franchir une étape décisive alors que le Ministre avait décidé de reconnaitre la « valeur universelle exceptionnelle (VUE) » du Charolais-Brionnais. Une reconnaissance qui lui vaut d’être inscrit sur la liste indicative nationale des biens français. Une sorte de liste d’attente où le Charolais-Brionnais est en concurrence avec 5 ou 6 dossiers aussi bien placés que lui.

Si elle n’est qu’une première étape, cette reconnaissance de la « VUE » du Charolais-Brionnais conforte les défenseurs du projet dans leur entreprise. En mars 2018, le comité national avait apprécié la dimension sociétale importante du dossier avec l’élevage, la consommation de viande, les effets sur le réchauffement climatique… rappelait la directrice du Pays Dominique Fayard. Le Charolais-Brionnais est le tout premier bocage candidat au patrimoine de l’Unesco et son exemplarité en matière de qualité d’environnement, de bien-être animal et d’enjeux économiques pourrait lui être extrêmement favorable, rapportait-on.

Après l’épreuve de la démonstration de la valeur universelle validée au printemps dernier, le dossier devra passer à la délimitation du territoire, dépôt du dossier et audition prévue au printemps 2020, annonçait Dominique Fayard. La troisième étape sera le plan de gestion pour une audition prévue en 2021. Après expertise par des organismes consultatifs, le dossier sera soumis par l’Etat au comité du patrimoine mondial en juillet 2022 ou juillet 2023…

Un comité de soutien de 12.000 personnes

Sous l’égide du Pays Charolais-Brionnais, c’est toute une organisation qui est mobilisée pour faire avancer le dossier de candidature au patrimoine mondial. Pour constituer un bon dossier, un comité scientifique d’experts est secondé par des groupes de travail thématiques. Un comité de soutien d’environ 12.000 personnes a été constitué. La candidature comprend aussi un groupe d’éleveurs.

Pour aboutir, le dossier compte en effet sur la mobilisation des éleveurs. Ces derniers ont notamment manifesté leur soutien lors de dernier Festival du Bœuf. La candidature vise également la mobilisation des acteurs institutionnels ; les trois chambres consulaires se sont également positionnées favorablement. Enfin, la candidature du Charolais-Brionnais cherche à mobiliser les habitants par des animations, une communication sur le territoire.

Retombées économiques pour la viande de qualité

Les enjeux d’une inscription au patrimoine mondial sont multiples pour le territoire. Il y a d’abord la notoriété réhaussée du Charolais-Brionnais, laquelle en bénéficie d’ores et déjà grâce au travail mené dans le cadre de la candidature. C’est aussi un vecteur de connaissance et de transmission culturelle. Si le tourisme de masse n’est pas le but recherché par l’Unesco et qu’il ne faut pas s’attendre à une augmentation du flux touristique de + 40% comme on l’entend promettre parfois, une inscription aurait tout de même des retombées économiques sur les produits locaux et notamment pour la viande bovine produite sur place, faisait valoir le Préfet. On pourrait même compter sur « une amélioration des prix de la viande bovine de qualité. L’inscription pouvant bénéficier aux éleveurs et à la filière », estimait Jérôme Gutton. Sans minimiser l’influence des idées anti-viande, le dossier a pour lui des arguments en termes de bien-être animal, d’environnement et de paysage, concluait le Préfet.

Une Valeur Universelle Exceptionnelle démontrée

La valeur universelle exceptionnelle du Charolais-Brionnais repose sur un paysage culturel et ses attributs. C’est un territoire de 70 communes pour près de mille exploitations agricoles. L’herbe et les prairies y sont dominantes à 87%. La géologie y conditionne l’implantation de prés d’embouche caractéristiques. Le maillage de haies y a été bien conservé. Les attributs sont des éléments de paysage culturel emblématiques : murets, bâti remarquable, ferme traditionnelle d’embouche, châteaux, mares, système hydraulique… Le Charolais-Brionnais est présenté comme un système d’élevage régi par des interactions entre climat, sol, parcelles, hommes, élevage bovins, habitat, paysage… Un élevage « haut de gamme » sur un bocage préservé.

La candidature doit comporter une étude comparative avec des sites inscrits au patrimoine mondial qui ressemblent au site candidat. De cette étude il ressort que le Charolais-Brionnais est le premier bocage candidat et le premier paysage culturel lié à l’élevage bovin. L’étude conclut que le Charolais-Brionnais partage avec d’autres éleveurs de la planète (nomadisme pastoral en Hongrie, système pastoral Massaï, Rennes de Sybérie) des valeurs qui concourent à une valeur universelle exceptionnelle.

Il ne s’agit pas de mettre le territoire sous cloche

Un certain nombre de réunions publiques ont été organisées pour informer et reccueillir les avis de la population. La mobilisation est importante, faisait remarquer Dominique Fayard. Dans ce projet qui met en valeur l’impact positif de l’agriculture sur le paysage, les éleveurs figurent parmi les principaux intéressés et il est primordial, à l’heure de l’écriture d’un plan de gestion, qu’ils fassent part de leurs inquiétudes et de leurs attentes. « Il ne s’agit pas de mettre le territoire sous cloche », assure-t-on. Le Charolais-Brionnais est bien considéré comme « évolutif et vivant ». « Il ne faut pas craindre que cela crée des contraintes supplémentaires », rassure le Préfet. L’inscription au patrimoine mondial devrait en effet ne pas induire plus de contraintes que celles qui existent déjà (patrimoine, Natura 2000…), argumentait-il. Et ce ne sont que « des contraintes qui participent à la qualité du territoire », faisait valoir Jérôme Gutton.

La candidature au patrimoine mondial de l’Unesco implique tout un travail de lobbying destiné « à faire monter le dossier sur le dessus de la pile », confiait Dominique Fayard. Le comité de soutien demande à être amplifié. Des évènements vont être créés pour continuer de mobiliser les habitants, les éleveurs…

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