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Les semis sous couvert permanent, à ne pas pratiquer en maïs, mais possibles en blé et colza

Le 4 juin à Baudrières, sur des parcelles de Romuald Gros, la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire présentait des essais autour des semis sous couvert permanent, de la simplification du travail du sol et du semis direct. Pour les céréales d’hiver (blé) et le colza, la conduite semble plus réalisable - en terme de concurrence et de rendement final - qu’en cultures de printemps (maïs).

Aujourd’hui en intercultures, il n’y a que quelques produits homologués pour les détruire : le 2,4 D, le glyphosate et banvel.

Depuis plusieurs années, les techniques de travail du sol sans labour se développent, notamment pour les cultures d’hiver (blé, orge et colza). Ces techniques vont parfois jusqu’à la suppression du travail profond, voire au semis direct avec des semoirs spécialisés. Elles permettent des gains notables de temps de travaux, les gains en frais de mécanisations, eux, étant peu significatifs. Ces systèmes en travail du sol simplifié (TCS) utilisent nettement plus d’herbicides. Cette augmentation résulte pour l’essentiel de passages répétés de glyphosate, note la chambre d’agriculture dans sa dernière fiche de conseil collectif sur ce sujet en décembre 2017. Et les alternatives sur les intercultures ne sont pas nombreuses (2,4 D et Banvel). La question de l’interdiction du glyphosate à l’horizon de trois ans pose donc question… et pose la question d’un retour aux systèmes avec labour qui utilisent peu ou pas cette molécule.

Pois, féverole et maïs

En attendant la réponse, deux classes de première STAV du lycée de Fontaines et une trentaine d’agriculteurs affrontaient soleil et chaleur pour venir chercher des réponses lors de cette journée Innov’action 2018 en Saône-et-Loire. Un itinéraire - conseillé par la chambre pour les exploitations équipées de matériel de semis direct - peut être le suivant : colza-interculture-blé-interculture-maïs.

Dans la première parcelle visitée, il s’agissait de la dernière partie en maïs. A l’automne, Romuald Gros avait implanté le même jour avec son semoir à maïs, des pois et des féveroles pour couvrir la ligne travaillée au strip till. En février à l’aide d’un rouleau, puis début avril avec le glyphosate, l'exploitant a détruit le couvert (trèfle) et les mauvaises herbes. Ce qui lui a permis de faire passage de strip till le 24 avril pour semer son maïs le 27 avec une dose de 80 kg/ha d’engrais (18-46-0).

Strip till et paturins

Concernant cette technique culturale simplifiée permettant de conserver la biologie des sols, si le strip till ne « pose pas de souci » de production par rapport à des systèmes de production "classiques", en revanche le matériel employé a son importance. Cette année, Romuald Gros a utilisé un strip till de la marque Sly avec un semoir faisant une bute, plus haute que l’inter-rang, évitant ainsi la formation de creux dans la ligne. Si cela a permis d’éviter la stagnation de l’eau et la pourriture de pieds, cela n’a pas empêché les limaces, lesquelles aiment venir dans les couverts. Romuald explique aussi une partie de ses « manques » de pieds dans la parcelle en raison d’un GPS « peu précis » sur son tracteur. Résultat, avec l’utilisation du semoir de sa Cuma, à chaque fois qu’il a quitté sa ligne de strip till, c’est comme s’il avait semé à la volée. Enfin, dans la zone où il y a eu « beaucoup » de paturins, le strip till n’a pas réussi à faire suffisamment de « terres fines pour faire un lit de semence » avant semis. Dans cette parcelle, la rotation est maïs-soja-blé. Cette présence de paturin est sans doute due à « l’échec relatif des couvert cette année avec le dernier été sec », rappelait Antoine Villard de la chambre d’Agriculture. Leur manque de vigueur à lever a laissé le champs libre aux mauvaises herbes.

Reste que le strip till est une « méthode intermédiaire » adaptée, notamment, aux limons de Bresse, dans lesquels les semis directs sont « délicats » à réussir. Romuald Gros veut maintenant essayer, si possible, de faire un strip till en septembre plutôt qu’en novembre, période où les terres humides ne sont pas idéales à travailler. Il sait de quoi il parle puisqu’il a arrêté de passer la charrue dans ses terres en 1997.

Entre 80 et 110 q/ha visés

D’ailleurs, le profil ouvert par la chambre d’agriculture le prouvait. En surface, le paillis inter-rangs a empêché une battance trop importante due aux pluies. Dessous, le sol n’est pas sec. Les racines n’ont pas eu besoin de « plonger » mais auraient le faire en cas de besoin, expliquait Martine Despréaux-Robelin. Le passage de l’outil s’observe jusqu’à une profondeur de 15 cm. Les nombreuses galeries de vers de terre démontraient une bonne vie biologique, entretenant bien la matière organique. Reste que Romuald Gros ne vise pas de "gros" rendements. « La parcelle de maïs devrait donner entre 80 et 110 q/ha ». Pour les variétés, il a choisi moitié de DKC 4751 et moitié de DKC 4590, des variétés intéressantes pour leur vigueur au démarrage.

Rolo faca en soja

Dans la deuxième parcelle visitée, en soja, l’idée était de tenir propre la parcelle tout en économisant des produits de traitement. « 90 % des cultivateurs ne sont pas satisfaits et en plus cela coûte cher, plus de 100 €/ha en moyenne », redisait Antoine Villard. Le soja est une culture qui se prête bien au semis direct, contrairement au maïs. Depuis trois ans, la chambre d’agriculture fait donc des essais, en semant du blé - soit à la volée, soit en semis direct - après le maïs. Si le blé l’emporte sur les "mauvaises herbes", un passage de glyphosate (1 l/ha) permet de le maîtriser. Cette année, le 21 mai, la chambre d’Agriculture a testé le rolo faca pour détruire le blé au même moment du semis de soja. « Cela a couché le blé mais pas suffisamment pour avoir un paillage de blé ». De l’huile (Vegelux) mélangée à de l’eau a également été testé à différents "bas" volumes (7 litres et 3,5 l pour 30 l d’eau). Pas vraiment concluant.

Le lotier bien loti

Dans la dernière parcelle visitée, en blé, la chambre d’Agriculture présentait les intérêts du lotier en terme de couvert qui dure plusieurs années. « Son intérêt est de ne pas pousser trop vite au printemps, mais davantage l’été », analyse Antoine Villard. Un avantage par rapport au trèfle qui peut concurrencer, voire étouffer, le blé dès mars s’il fait beau. De plus, le lotier aurait une durée de vie plus longue. « Il vaudrait mieux parler de couverts pluriannuels que permanents », répète Antoine Villard. A l’automne, le blé peut sembler « perdu » dans les trèfles. Ces derniers sont « calmés » avec de l’Allié (5 g/ha à l’automne) en sortie d’hiver.

Avant le blé, il fallait encore gérer les repousses de colza. La rotation classique est de mettre 2 à 3 kg de trèfle blanc lors de l’implantation du blé en sortie d’hiver. « Par contre, on a observé des levées de dormance de rumex et le détruire dans du trèfle n’est pas facile », s’interrogent encore les techniciens de la chambre d’Agriculture.

Décidemment, les techniques culturales simplifiées sont tous sauf simples…

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