Viticulture Economie

Pour une croissance sereine plaide la Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémants

La progression des ventes et de la consommation de crémant est lente, mais régulière. Lors de l’assemblée générale de la fédération nationale jeudi 26 avril à Bordeaux, les professionnels ont cherché ensemble les pistes d’actions à mener pour permettre une « croissance sereine » de leur production.

La production mondiale de vins effervescents représente en 2016 un peu plus de 24 millions d’hectolitres (Mhl) dans le monde pour une croissance de 2,8 %. Une progression certes, mais pas une « explosion » de la production et des ventes aux yeux des viticulteurs. L’Italie se place en tête des pays producteurs (22 % des vins mousseux) devant la France (19 %), l’Allemagne (15 %) et l’Espagne (12 %). En France, le champagne représente, toujours en 2016, 57 % des volumes produits alors que le crémant se situait à 12 %. Dans l’offre en linéaire, le champagne a une part de marché de 82 % contre 9 % pour le crémant. Pour les exportations, plus de 40 % des flux mondiaux concernent l’Italie qui exporte 74 % de sa production. L’Espagne fait jeu égal avec la France. Mais, ce pays exporte 76 % de sa production alors que la France n’exporte que 48 % de ses vins mousseux. Enfin, pour les prix moyens à l’export, le champagne valorise à 18 € une bouteille de 75 cl contre seulement 4 € pour le crémant. « Il y a des différences considérables entre nos différents vins mousseux et effervescents, et entre les différents pays producteurs. Nous devons mener une véritable réflexion sur la stratégie de notre positionnement sur les marchés. Il faut constater que le prix moyen à l’export a baissé ces dernières années. C’est inquiétant. Le dynamisme des ventes actuel se situe sur les prix bas italiens et espagnols », constate Edouard Cassanet, président de l’union des producteurs et élaborateurs de crémant de Bourgogne (UPECB), membre du bureau de la fédération nationale et président de la commission « Économie » à la fédération nationale.

Dans le même temps, la production mondiale des vins effervescents est en progression de 23 %. Une progression légèrement plus rapide que la consommation de vins mousseux (+ 21 %). Les professionnels n’arrivent pas à savoir véritablement qui alimente l’autre. Concernant les tendances, il est estimé une hausse de la production de 10-15 % d’ici 2020, toujours au bénéfice des pays européens, avec des relais en Asie, en Amérique du Nord et du Sud encore limités. « Les caractéristiques de nos produits doivent s’orienter vers davantage de marques. À court terme, il va y avoir un déferlement des produits de type prosecco, ouvrant les marchés aux produits authentiques, à valeur, et/ou à image. Il va également y avoir un renforcement des échanges : au moins 50 % des vins mousseux franchiront une frontière avant d’être consommés en 2020. Plus clairement, on estime une hausse de 10 % de la consommation d'ici 2020, soit 22 Mhl supplémentaires. Nous misons sur une croissance sereine », ajoute Edouard Cassanet.

Un marché qui se séniorise

Côté points faibles, en 2017, dans la grande distribution, c’est le « blues » hors champagne avec une baisse inquiétante des ventes. L’augmentation de 1,9 % du prix moyen de vente limite la perte du chiffre d’affaires (-1 %). Seuls les crémants enregistrent une croissance de leurs ventes en volume en 2017, à l’exception des crémants d’Alsace et du Jura. Dans le même temps, toujours en volume, les effervescents étrangers poursuivent leur ascension avec 2,5 M de bouteilles supplémentaires vendues en 2017. Chez les cavistes, le champagne laisse peu de place aux autres vignobles et s’affiche chez 96 % des cavistes. « Nous ne sommes qu’à 30 % de présence chez eux. Et, hors champagne, toutes les appellations affichent un prix moyen dans une tranche de prix restreinte située ente 9 et 13 € », précise Edouard Cassanet.

Face à ces constats, quels sont les profils des consommateurs ? « Nous constatons surtout que près de la moitié des ménages français n’achète pas de vins effervescents. Et, dans le même temps, le marché des vins effervescents continue de se sénioriser.. Il est globalement porté par les plus de 50 ans. Pourtant, il est important et primordial de ne pas se couper des jeunes qui seront les clients de demain. Il faut donc tout faire pour changer notre image qui, en France, est un peu ancienne avec des consommateurs au pouvoir d’achat assez aisé », note Edouard Cassanet.

Vendre 100 millions de cols

Le potentiel de production et de vente des huit régions productrices de Crémant a ensuite été présenté. En Alsace, il est variable selon les millésimes. 2017 a été une année difficile comme c’est le cas, en moyenne, une année sur deux. Cependant, l’Alsace reste la première région française productrice de crémant avec une commercialisation qui augmente, malgré une petite baisse de la production en 2017. Elle mène une politique ambitieuse pour ses exportations.

En volume, toutes régions productrices confondues, 575.000 hl ont été produits en 2017 contre 650.000 en 2016 avec une commercialisation plus régulière. « Sur ces sept dernières années, nous avons augmenté notre production de 10 % et augmenté nos ventes de dix millions de cols, soit une hausse de 2,3 % par an. L’export est le moteur de notre développement. Nous avons du boulot à effectuer sur le marché français qui, jusqu’à présent, reste stable. Nous manquons de dynamisme. Il faut travailler sur ce point. Quoi qu’il en soit, nos objectifs sont clairs. À l’horizon 2025, nous voulons une production de 750 000 hl, soit une hausse de 15 %, des ventes de 100 millions de cols, soit une hausse de 26 %. Nous devons gagner 3,2 millions de bouteilles par an toutes régions confondues », conclut Edouard Cassanet.

Jean-Michel Hell

Le grand témoin, Serge Papin

Invité à s’exprimer lors de cette assemblée générale en tant que « grand témoin », le président depuis douze ans du groupe Système U, Serge Papin a rappelé son parcours et la politique de son groupe. Il passera la main au courant de ce mois de mai après une carrière qui a démarré dans son fief, en Vendée. Le groupe Système U représente aujourd’hui 1.568 points de vente en France pour un chiffre d’affaires de 19 milliards d’euros, soit presque 11 % de part de marché.

« Le modèle des années 1980, celui du développement des très grands magasins à l’écart des centres-villes, est désormais dépassé. Ces commerces vont peu à peu disparaître et en tout cas diminuer. Le modèle des années 2020-2030 sera le développement de magasins de proximité au cœur des villes. Il sera question de faire du commerce moderne dans ces centres-villes, aux côtés et en concurrence avec le développement du commerce en ligne comme Amazon ou Alibaba ou encore d’autres modèles qui vont arriver. Ce processus va s’accélérer dans les mois et années à venir », prévient Serge Papin.

Les consommateurs cherchent à consommer mieux. « Consommer davantage, sans réfléchir, est un modèle qui est déjà derrière nous. Les gens veulent de la qualité et vont faire des achats de plus en plus fréquents dans ce sens. D’où le développement de la gamme bio. On sent bien cette tendance, cette demande. Il y a une véritable relation entre la façon de manger et de boire, et la volonté de vivre bien, mieux et en bonne santé. Vous êtes tous concernés par ces changements qui sont irréversibles ».

Le groupe Système U a pris des engagements ces derniers mois pour aller dans ce sens d’un commerce tourné vers l’avenir. « Nos magasins mettront en valeur des produits économes en intrants et sans (résidus de, NDLR) pesticide. Attention, je ne dis pas qu’il n’y a que le bio. Mais, entre le tout bio et le produit traditionnel actuel, il y a de la place pour un « entre-deux » où vous avez et où vous devez trouver votre place », conclut Serge Papin. Pendant le débat, certains viticulteurs se sont inquiétés de cette mutation très et trop rapide par rapport aux capacités économiques de certaines entreprises agricoles et viticoles.

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