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PAC : « Nous ne pourrons pas faire plus avec moins d’argent », prévient Henri Brichart, premier vice-président de la FNSEA

La politique agricole commune (PAC) a été créée en 1962, afin de garantir l’indépendance et la sécurité alimentaire de l'Union européenne. Elle doit donc permettre le maintien de l’agriculture dans les territoires en garantissant aux agriculteurs un niveau de vie correct. Sur ce point les objectifs n’ont été que partiellement atteints. Cependant, Henri Brichart rappelle que la PAC et les aides qui en découlent sont essentielles pour les agriculteurs. Il souligne également que pour permettre aux agriculteurs de répondre aux attentes sociétales, il est nécessaire de maintenir le budget de la PAC et de ne pas imposer aux agriculteurs des mesures non-viables pour les agriculteurs.

Qu’est-ce que la PAC apporte aux agriculteurs ?

Henri Brichart : Dès sa naissance, dans les années 60, la PAC a eu plusieurs objectifs, que l’on retrouve d’ailleurs dans le traité de Rome. Mais il y en a deux principaux. Le premier est d’accroître la productivité de l’agriculture pour lui permettre de nourrir tous les citoyens de l'Union européenne avec une production, saine, sûre et durable, vendue à des prix raisonnables. Tout le monde reconnaît aujourd’hui que les producteurs européens fournissent une alimentation de qualité à des prix corrects. Le deuxième objectif est de donner les moyens aux agriculteurs de développer leurs productions, d’investir pour se moderniser, mais aussi de leur garantir des revenus équitables afin qu’ils aient un niveau de vie équivalent aux autres catégories sociales professionnelles. Cet objectif n’a pas été atteint, puisqu’en moyenne, en Europe, le revenu des agriculteurs est équivalent à 50 % de celui des autres catégories professionnelles. Cependant, la PAC a bien permis de donner de la visibilité aux agriculteurs pour investir, grâce à la gestion des marchés puis aux soutiens directs, et ils ont pu ainsi répondre aux attentes sociétales. Cet objectif a donc été réalisé, et l’on demande aux agriculteurs européens de continuer de moderniser leurs exploitations et d’investir, ce qui est parfois difficile à réaliser, face à un phénomène de volatilité des prix devenu structurel. Il faut bien sûr souligner que la PAC est essentielle pour les agriculteurs puisqu’elle leur apporte des subventions qui représentent parfois 50, 100, voire 150 % de leurs revenus selon les productions et les cours des produits agricoles. Cependant, ces aides sont conditionnées au respect de directives et de règlements qu’ils soient environnementaux ou relatifs au bien-être animal… Les producteurs doivent donc adapter leurs pratiques à ces obligations. Cette conditionnalité est parfois, à juste titre, mal perçue par les agriculteurs car elles peuvent apparaître complètement déconnectées de tout pragmatisme agronomique, provoquant des hausses de charges inutiles. Sur un plan plus global, nous ne devons pas oublier que le marché commun inhérent à l’Union européenne facilite l’export des produits agricoles. Les productions françaises s’exporteraient bien plus difficilement sans ce marché et ces règles communes. 

Sur ce sujet, quelles ont été les victoires syndicales ces dernières années ?
H.B : Chaque campagne nous essayons de remettre du pragmatisme dans la mise en œuvre de la PAC. Récemment, les agriculteurs, ont été victimes de la sécheresse, plus particulièrement en France comme dans certains pays nordiques. Nous nous sommes alors battus pour que les règles européennes concernant les SIE soient assouplies. La réponse de l'Union européenne n’a pas été parfaite, mais elle a le mérite d’exister. Pour nous, il s’agit d’une demi-victoire, l’assouplissement n’allait pas assez loin et le temps de réponse a été long, mais notre combat a permis de faire avancer les choses. Nous pouvons également revendiquer des victoires sur des avancées plus structurelles. Dans le cadre du règlement Omnibus, nous avons obtenu des avancées essentielles. Des progrès importants ont été réalisés dans le droit à la concurrence en permettant aux agriculteurs de mieux s’organiser et ainsi de mieux tirer leur épingle du jeu, face aux acteurs de l’agroalimentaire et de la distribution. Autre grand pas en avant, les évolutions qui concernent la gestion des risques avec, notamment, un abaissement à 20 % du seuil de déclenchement de l’assurance récolte. 

Quels sont les combats actuels de la FNSEA pour la future PAC ?
H.B : Puisque l’Europe et la société en demandent toujours plus aux agriculteurs il est nécessaire, pour leur permettre de répondre à ces attentes, de maintenir le budget de la PAC. Nous ne pourrons pas faire plus avec moins d’argent. Nous nous battons également pour préserver une PAC commune. Dans la proposition actuelle de la Commission européenne, l’apparition du principe de subsidiarité pourrait entraîner une PAC moins commune. Sur un marché unique il est normal que nous soyons tous soumis aux mêmes règles. Le jour où la PAC ne sera plus commune, malheureusement elle risque de disparaître. Il y a un troisième point qui nous pose problème, c’est la prise en compte des demandes, toujours plus nombreuses, en matière environnementale ou plus largement sur le plan sociétal. Nous sommes des citoyens comme les autres, nous avons à cœur de préserver notre environnement, encore faut-il que les mesures imposées soient viables dans les exploitations. En effet, certaines d’entre elles ne sont pas applicables. Nous voulons donc réconcilier les agriculteurs avec les mesures environnementales. Mais celles-ci doivent être pragmatiques, et ne pas nous empêcher de pratiquer notre métier.

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