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Avec la crainte d’un Brexit dur, le spectre de l'Irlande pour la viande et le lait sur les marchés européens

Malgré les craintes d'un Brexit dur, difficile de mesurer ses conséquences notamment pour l’Irlande, premier fournisseur du Royaume-Uni de viandes et de produits laitiers et, par effet domino, pour l’agroalimentaire européen. 

Les Irlandais qui étaient opposés aux quotas laitiers qui les ont corsetés ont profité de leur abandon en 2015 pour développer massivement leur production à base d’herbe. Ainsi depuis 2015, la production laitière irlandaise a augmenté de 35 %, et elle devait encore progresser de 30 % jusqu’en 2022. Bref, l’Irlande cherche à rattraper 30 ans de retard de développement de cette production, en peu d’années. Ce lait excédentaire est placé ailleurs qu’en Irlande : neuf litres sur dix sont en effet exportés. Le modèle a bien fonctionné jusqu’à présent, grâce à des coûts de production de l’ordre de 20 centimes au litre, bien inférieurs à ceux de ses partenaires européens. Même si les Irlandais visent le marché chinois comme d’autres pays européens, le débouché naturel des excédents laitiers a été et reste le marché britannique. Une laiterie comme Gambia livre plus de 40 % de ses produits laitiers aux Britanniques en particulier pour le cheddar. Une situation sans accord sur le Brexit entre l’UE et la Grande-Bretagne risque de conduire à des droits de douanes élevés, et fera probablement le jeu de la Nouvelle-Zélande, comme dans l’ancien temps, avant l’entrée du Royaume-Uni dans le marché commun. Conséquence, les Irlandais arriveront massivement sur le marché européen avec leur lait, leur beurre, et leurs fromages, en bousculant les courants commerciaux actuels. Dans toutes les entreprises laitières irlandaises on prépare soit de nouvelles productions (goudas, mozzarellas), soit de nouvelles logistiques de transport par mer, soit des reprises pour implanter des filiales, en Grande-Bretagne et ailleurs.

La question de la frontière irlandaise 

La situation est la même concernant la viande bovine. 90 % des viandes vont à l’exportation, dont la moitié vers la Grande-Bretagne. Avec des droits de douanes élevés, il n’y aura plus de possibilités d’exporter ces viandes, estime-t-on au ministère irlandais de l’Agriculture, car les Britanniques se tourneront vers l’Australie ou l’Amérique du Sud. Le beef irlandais a de fortes chances d’envahir le marché européen et de peser sur les prix. Autre sujet d’inquiétude, la question des contrôles aux frontières entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Elle est dans tous les esprits. Le Nord de l’Irlande est économiquement intégré dans les courants économiques de toute l’île. Par exemple, un tiers de la production laitière du Nord est transformée au Sud. 500 000 agneaux du Nord sont abattus au Sud, et des centaines de milliers de veaux du Nord sont engraissés au Sud. En outre, les fermiers du Nord perdront les aides de Bruxelles d’environ 700 Mio € pour le dernier budget. Personne ne sait ce qui adviendra après 2022 quand la promesse britannique de maintenir les aides agricoles expirera.

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