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Au Gaec Vincent à Rancy, on soigne aussi l’herbe

En Bresse, le Gaec Vincent mise sur l’herbe et sur l’autonomie alimentaire pour produire de manière économe. Le pâturage tournant assure les croissances des veaux dessaisonnés à moindre coût. Et il permet aux associés de mieux résister aux aléas climatiques et au manque d’herbe saisonnier.

L’automne dernier, le Gaec Vincent a implanté un mélange de ray gras, de trèfle, de fétuque à feuilles souples et de dactyle. Destiné à du pâturage tournant, cette prairie doit permettre de combler le déficit d’herbe d’été, explique Jean-Marie Vincent.

Jean-Marie et David Vincent sont éleveurs allaitants à Rancy. Leur troupeau charolais compte 125 vaches, dont près de 90 % vêlent précocement en septembre-octobre pour une production de broutards dessaisonnés de juin. Toutes les femelles sont engraissées. Le Gaec consacre 85 hectares aux cultures et 185 hectares sont en herbages, dont 45 en prairies inondables. Sur leur exploitation bressanne qui fut laitière jusqu’en 1991 avant de se consacrer davantage à l’embouche jusqu’à l’installation de Jean-Marie en 2004, les membres de la famille Vincent ont toujours soigné le pâturage. « J’engraissais mes femelles à l’herbe mais des problèmes de portance de nos sols m’ont conduit à le faire en bâtiment », confie Jean-Marie qui indique cependant que « nous avons toujours fait du pâturage tournant sur des petits lots à proximité des bâtiments et nous nous étions vite rendus compte que lorsqu’il y a beaucoup d’herbe, une bonne gestion sans gaspillage se traduit par des veaux qui profitent grâce à des vaches qui ont du lait. Les années humides, si on gère bien le pâturage, les animaux parviennent à avoir toujours une herbe fraîche malgré le mouillé et les veaux prennent des kilos », constate l’éleveur.

Que les mères aient du lait

Soignant la génétique de son troupeau inséminé à 100 %, Jean-Marie est très attentif à la production laitière de ses vaches, estimant que « le lait est le principal aliment des veaux et il est le moins cher ». Et pour optimiser la production laitière des mères, les frères Vincent font du pâturage tournant dans toutes les parcelles de leur exploitation qui le permettent. Toutefois, sur cette ferme aux sols typiquement bressans, le parcellaire morcelé, les zones inondables et les excès d’humidité au printemps ne permettent pas de le généraliser.

Grâce au pâturage tournant, l’élevage n’a pas vraiment souffert de la sécheresse de 2017, informe Jean-Marie. Par contre, l’exploitation connaît toujours un "trou d’herbe" en été, lorsque la pousse ralentit. Or avec des vêlages de début automne, « il ne faut surtout pas que les vaches crèvent de faim en été. Car à ce stade de gestation, leur capacité d’ingestion se réduit. Elles ont au contraire besoin de fourrages riches pour la préparation au vêlage. C’est pareil pour les veaux femelles d’un an qui, sevrées fin juin-juillet, sont remises au pré au mois d’août », explique le jeune éleveur.

Pour combler le déficit d’herbe d’été

Suite à une formation dispensée par Eric Braconnier de la chambre d’agriculture, Jean-Marie s’est donné comme objectif de combler ce « trou d’herbe d’été grâce à un pâturage tournant bien conduit et en implantant une flore adaptée. En guise d’essai, nous avons ressemé 4,5 ha de prairie temporaire aux portes de l’exploitation. La parcelle est divisée en cinq parcs. Auparavant, nos prairies temporaires étaient faites de ray-grass et de trèfle. Or à partir de 25 °C, le ray-grass anglais ne pousse plus. Sur cette parcelle, en plus du ray-grass et du trèfle, nous avons ré-introduit de la fétuque à feuilles souples, une graminée adaptée au pâturage, ainsi que du dactyle. Le dactyle et la fétuque craignent moins la chaleur de l’été. Ce mélange doit obligatoirement être conduit en pâturage tournant, pour ne pas laisser dactyle et fétuque prendre le dessus. Si cet essai est concluant, nous espérons appliquer le même itinéraire technique à d’autres parcelles et ainsi parvenir à combler le trou d’été du aux fortes chaleurs », explique Jean-Marie.

Economies à la clé

Grâce à une conduite à l’herbe déjà très rigoureuse, l’éleveur estime avoir déjà réalisé des économies d’aliments sur ses animaux. « Les broutards de juin - vendus à 450 kg à des cours plutôt favorables - nous ont très peu coûté », confie-t-il. Les jeunes mâles reçoivent un mash fibré fermier (lire encadré) de novembre à la vente. De novembre au 15 février, grâce à la bonne production laitière de leurs mères, les veaux ont consommé pour seulement 22 € de ce mash, indique Jean-Marie. Cette année, durant la même période, les mâles avaient réalisé une croissance moyenne de 1.336 grammes par jour pour un poids moyen de 222 kg. Les femelles 1.178 g/jour pour un poids moyen de 215 kg. Au pâturage au printemps, le Gaec fait en sorte de conserver ces croissances grâce à l’herbe. Les mâles poursuivent ainsi à 1.400 grammes par jour de GMQ moyen, fait valoir Jean-Marie. Au pré, les broutards reçoivent toujours du mash, mais l’éleveur fait remarquer que les veaux donnent la priorité à l’herbe et au lait de leur mère et délaissent ainsi le complément fermier, d’où des économies.

 

Une mélangeuse pour un aliment fermier économe

Avec leurs 85 hectares de cultures, Jean-Marie et David Vincent limitent les achats pour l’alimentation des bovins. Ils produisent et stockent ainsi tout ce qui est source d’énergie (maïs ensilage, épi et grain, céréales à paille). Ils profitent aussi de la récolte d’intercultures et ensilent des céréales immatures. Les achats se limitent aux tourteaux, à la pulpe, aux minéraux…. Malgré la présence des cultures, les associés ne perdent pas de vue qu’un bovin est avant tout « un ruminant pour qui l’herbe et le foin représentent l’aliment le plus équilibré ». En hiver, la ration des vaches est composée de maïs ensilage, de maïs épi, d’ensilage d’herbe, de foin, de tourteau et de minéraux. Le coût de revient de cette ration mélangée est de 1,30 € par vache et par jour. Avec une exploitation laitière voisine, le Gaec Vincent s’est équipé d’une mélangeuse connectée assortie d’un suivi nutrition. Grâce à cet outil et le conseil qui va avec, les associés ont progressé sur l’efficacité alimentaire de leur troupeau. Ils parviennent ainsi à nourrir davantage d’animaux avec la même quantité de fourrage. Grâce à cette mélangeuse, ils se sont mis aussi à travailler uniquement avec des matières premières plus économiques qu’ils achètent en grande quantité. Cela leur permet de composer un mash fermier pour leurs broutards constitué de 5 % de paille, 5 % de foin, 8 % de sucre liquide ou mélasse, 14 % de pulpe, 20 % d’orge aplatie, 17 % de maïs grain, 22 % de tourteau de colza et 9 % de tourteau de lin pour un coût de revient de 210 €/tonne.

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