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Pour Arvalis Institut du végétal, le climat sème le chaos

Arvalis-Institut du Végétal a organisé sa traditionnelle réunion technique régionale. Cette année encore le contexte du semis à la récolte s'est avéré « très compliqué ». Cette année encore ne ressemble à aucune autre du fait d'une évolution climatique déstabilisante qui bouscule tous les repères techniques. Si la récolte régionale est globalement plus satisfaisante sur les plans quantitatif et qualitatif, la bonne moisson mondiale de céréales et les prix baissiers ne jouent pas en faveur de l'amélioration du revenu des céréaliers.

« Aucune année depuis trois ans ne ressemble à la précédente », difficile dans un contexte climatique perturbé et perturbant de s'appuyer sur quelques fondamentaux rassurants. En fait, parole de d'ingénieur, « on n'y comprends plus rien ! ». La dernière réunion régionale d'Arvalis-Institut du Végétal, a oscillé entre constats plus ou moins rassurants et questions concernant les brêches techniques ouvertes par l'incertitude climatique. Dans le monde, comme en Bourgogne-Franche-Comté, le réchauffement climatique est une réalité, visible et observable d'année en année. Les décalages se confirment entre plaine et plateaux de Bourgogne, notamment sur les composantes du rendement. En plaine, les bonnes années se construisent sur la fertilité des épis, tandis que sur les plateaux c'est le nombre d'épis qui détermine les bonnes années... Partout, les printemps chauds imposent plus de précocité dans les pratiques, tandis que les épisodes de stress thermiques interviennent plus tôt eux aussi. Ces évolutions ne sont pas sans conséquence sur les évolutions à intégrer en termes d'innovation génétique, de nouvelles pratiques « en rupture » (semis ultra précoces), de fertilisation « dynamique », de lutte contre les maladies.
Ce qui rassure ce sont les bons résultats (enfin!) tant attendus de la moisson 2017 sur une large partie du territoire de Bourgogne-Franche-Comté. En dépit d'une certaine dispersion des résultats, rendements et qualité étaient au rendez-vous pour les céréales à paille. Mais ce qui fâche, c'est que cette « bonne année 2017 ne suffit pas à rattraper les pertes dues aux incidents climatiques de 2016 ». Le revenu céréalier 2017 reste faible et ne permettra pas de compenser les pertes de 2016. Les revenus des « scoppeurs » sont les plus faibles de tous les systèmes, nettement en retrait de ceux des élevages allaitants et laitiers.
Côté commercialisation, la campagne 2017-2018 s'annonce encore difficile avec des stocks mondiaux au plus haut et des Pays de la Mer Noire très offensifs sur les marchés et dont les performances qualitatives sont désormais reconnues et appréciées. Comme souvent, c'est le marché qui fait le résultat. Même si la moisson 2017 est plutôt bonne, même si les systèmes de production s'adaptent et ajustent au mieux leurs charges, le revenu céréalier reste « sous pression à la baisse », notamment en Bourgogne, la Franche-comté tirant un peu mieux son épingle du jeu.
La grande question reste « comment dépasser ce constat pour retrouver de la robustesse et de la résilience en grandes cultures ? ». Les réponses devraient découler du travail qu'Arvalis mène actuellement, en coordonnant un projet multipartenaires destiné à identifier des leviers de compétitivité. Un échantillon de plus de 1.500 exploitations de l'Yonne et de la Côte d'Or (des moins performantes au plus performantes) va permettre - à partir de l'analyse des composantes de leur résultat sur plusieurs campagnes - de proposer « des trajectoires d'évolution ». Il y a urgence, car les professionnels à l'initiative du projet déplorent une tendance globale à la dégradation des résultats des exploitations céréalières depuis la période 2012-2015. Pour le moment et dans l'attente d'une phase plus opérationnelle, cette question reste ouverte. La force du projet c'est d'être nourri par « un consortium de compétences » rassemblant le secteur coopératif, les instituts techniques et organismes de recherche et les partenaires économiques. Les premiers résultats devraient être communiqués au début de l'année 2018.
AMK

Zoom sur la qualité des blés en 2017 : protéines et TCH

De bons taux de protéines, un niveau de chute de Hagberg faible, une efficience de l'engrais « moyenne »... 2017 ne ressemble pas à une autre année. Ce qu'il faut retenir c'est que le déficit hydrique et les excès thermiques ont été les facteurs de stress les plus pénalisants cette saison. Alors que l'hiver sec, les forts rayonnements et la faible pression maladie ont permis une certaine mobilisation de l'azote, favorisant ainsi son absorption. Avec une contrainte toutefois : un pilotage serré des cultures tant pour la fertilisation azotée que pour l'irrigation et le suivi des maladies.
Concernant la dégradation du taux de chute d'Hagberg (TCH), les observations ont montré une corrélation entre cette dégradation et la germination sur pied. La succession d'événements et d'a-coups climatiques très contrastés pendant le remplissage des épis a provoqué dans certaines configurations une levée de la dormance (températures excessives à 25°). Des épisodes pluvieux et des température plus fraîches ensuite, après la maturité, ont pu ainsi déclencher une germination sur pied, là où les grains sont restés au contact de l'eau. Les techniciens ont également observé des situations différentes en fonction des variétés concernées. Il semble bien que la combinaison d'une variété et d'une situation climatique particulière joue sur la dormance et donc sur la qualité du blé destiné à la meunerie.

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