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L'Asie tire la demande mondiale en viande bovine...

Du fait de son dynamisme économique et de la croissance du pouvoir d’achat, le sud-est asiatique - et la Chine en particulier - pourrait devenir un débouché prometteur pour la viande bovine européenne. Mais cela une fois seulement que toutes les procédures d’autorisation pour accéder au marché seront satisfaites…

L'élévation du niveau de vie en Chine se traduit par une plus grande consommation de viande, dont le bœuf bénéficie également.

En Europe, la consommation de viande bovine poursuit depuis quelques années un lent et manifestement inexorable déclin. Et même si la production baisse également, l’Union européenne se retrouve bon an mal an, avec un disponible exportable de 200.000 à 300.000 tonnes, selon Marc Feunteun, directeur export de SVA Jean Rozé.

La question est de savoir où placer ces excédents. En Russie ? La consommation y est également en recul et les débouchés s’avèrent limités. Reste le marché asiatique où tous les regards se tournent actuellement. La croissance économique y est dynamique et l’augmentation du pouvoir d’achat stimule la demande en viande bovine.

« La croissance de la demande de viande de bœuf est aujourd’hui plus rapide que celles des autres viandes, en l’occurrence celles de porc et de volaille », observe Philippe Chotteau, de l’Institut de l’Elevage, lors de la journée sur les marchés mondiaux de la viande bovine, organisée par l’Institut de l’Elevage, le 31 mai.

La Chine importe, à elle seule, 2,2 millions de tonnes, ce qui représente 22 à 23 % de sa consommation totale, rappelle-t-il. « L’Asie draine 31 % de la demande, alors qu’elle représente 60 % de la population. Autrement dit : il y a du potentiel de croissance pour les exportations européennes », renchérit-il. D’ailleurs, les importations chinoises de viande bovine ont progressé de +14 % entre 2016 et 2017, selon Jean-Marc Chaumet, le spécialiste de la Chine à l’Institut de l’Élevage.

Un parcours du combattant

Cependant, l’Europe n’est pas la seule à s’intéresser au marché asiatique et il faut reconnaître qu’elle est loin d’être la première, parmi les principaux acteurs mondiaux, à s’être positionnée en Extrême-Orient.

Les États-Unis, par exemple, dont la production a retrouvé une forte croissance visent l’Asie, la Corée du Sud, le Japon et la Chine pour écouler leurs excédents. L’Inde qui est devenue un grand exportateur de viande de buffle est très présente sur le marché de l’Extrême Orient : elle exporte déjà 800.000 tonnes en Chine, via le Vietnam. L’Australie qui enregistre actuellement un rebond de ses abattages, développe ses exportations vers le Japon, les Philippines et bien entendu la Chine. Sans parler de l’Amérique latine et du Brésil, en particulier, qui fournissent déjà les deux tiers des importations chinoises. Au final, quinze pays sont aujourd’hui autorisés à vendre de la viande bovine en Chine. Et si les autorités manifestent une volonté certaine d’ouverture, il n’en reste pas moins que les procédures pour vendre le premier kilo de viande sont longues, très codifiées et fastidieuses et qu’elles peuvent durer de trois à cinq ans.

En Europe, seule l’Irlande a franchi à ce jour toutes les étapes. Les premières expéditions sont prévues pour la fin juin par bateau.

Les Chinois sont avant tout acheteurs de viandes désossées congelées, d’abats et même d’animaux vivants prêts à abattre. L’Australie s’est d’ailleurs positionnée sur ce créneau, elle qui a signé en ce sens un contingent d’exportation annuel de 100.000 têtes.

Reste que des perspectives pourraient s’ouvrir pour la viande fraîche, grâce à la route de la Soie, qui permettrait d’acheminer - en train et en quelques jours - de la viande bovine d’Europe jusqu’en Chine et notamment à destination de la restauration haut de gamme.

Dernière ligne droite pour la France

Annoncée en mars 2017, la levée de l’embargo sur la viande bovine française par Pékin ne s’est pas encore concrétisée. Même si la visite du président de la République en Chine, en janvier dernier, a permis de donner un coup d’accélérateur, il reste encore plusieurs étapes à franchir. Après avoir satisfait à un questionnaire sur la situation sanitaire en France fin 2017, une première visite d’audit d’officiels chinois en mars, a permis d’établir un protocole sur les modalités d’exportations vers la Chine (conditions sanitaires, traçabilité…). Une deuxième visite d’inspection, début mai, devrait déboucher sur l’agrément, par les autorités chinoises, de quelques abattoirs et ateliers de découpe à la mi-juin. Sur ce point, la visite d’Édouard Philippe en Chine en juin, est très attendue pour donner le coup de pouce final. Bref, si tout se passe comme prévu les premières expéditions de viande bovine française vers l’Empire du Milieu, pourraient se concrétiser mi-juillet.

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