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" Il serait inacceptable que de nouvelles contraintes puissent intervenir à l’issue des EGA", prévient Jérôme Despey

La filière viticole a rencontré le 28 septembre le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, pour évoquer les urgences mais aussi les points clés pour l’avenir de la filière. Jérôme Despey, Président de la Commission viticole de la FNSEA et Président du Conseil spécialisé Vin de FranceAgriMer, revient sur les sujets évoqués. 

Quelle a été la réponse du ministre sur la demande de la filière concernant la campagne contre le cancer du ministère de la Santé ?

Jérôme Despey : La campagne lancée récemment par le ministère de la Santé et l’INCA (Institut National du Cancer) accompagnait le slogan « Réduire sa consommation d'alcool diminue le risque de cancers. Franchement, c'est pas la mer à boire », d’un visuel de tire-bouchon. Une telle stigmatisation du vin n’était pas acceptable par la filière ! Celle-ci a alors lancé une pétition, « Le tire-bouchon de trop », adressée au Président de la République pour demander le retrait du visuel. Lors de la réunion avec le ministre, nous avons remis les 10.000 signatures de la pétition. D’accord avec la filière sur le fond, M. Travert a souligné avoir fait remonter notre demande auprès de M. Macron et de la ministre de la Santé, affirmant qu’il renouvellera cette action. Il a d’ailleurs proposé qu’une réunion ait lieu entre la filière, Mme Buzyn et lui-même. Il s’est, de plus, engagé à être vigilant pour les campagnes à venir, afin qu’une telle situation ne se renouvelle pas. Dans l’attente, je réitère la demande de retrait immédiat du visuel de tire-bouchon.

Cette stigmatisation survient de plus à un moment où un certain nombre de viticulteurs connaissent des difficultés conjoncturelles. Le Ministre a-t-il fait des annonces concernant les solutions à leur apporter, et sur l’évolution de l’assurance récolte ? 

JD : De nombreuses exploitations et entreprises viticoles connaissent des difficultés importantes, dans le contexte d’une très petite récolte, sans doute inférieure à 37 Mhl, liée aux aléas climatiques. Des mesures d’urgence doivent être mises en place pour leur venir en aide, c’est ce que nous avons demandé au Ministre. Il a indiqué qu'il interviendrait pour débloquer l’activation de l’exonération de la TFNB dans les départements problématiques, et que les instructions aux services déconcentrés étaient en cours de finalisation pour la création des cellules d'urgence. Pour faire face aux conséquences des aléas climatiques, l’assurance récolte est un outil incontournable. Cependant, pour être diffusé largement, le dispositif doit être plus attractif, et évoluer au moins sur deux points principaux : l’abaissement du seuil de déclenchement de 30 à 20 %, ce qui est négocié dans le cadre du règlement européen Omnibus, et la révision du calcul du rendement assuré, aujourd’hui sous la forme d’une moyenne olympique qui ne convient pas. Stéphane Travert n'a pas pris d'engagement particulier, mettant d’ailleurs en doute l’impact de la diminution du seuil de déclenchement sur le taux de diffusion, et pointant les conséquences budgétaires de la mesure. Notre mobilisation doit donc se poursuivre, l’enjeu est trop important !

Autre sujet d’actualité, les produits phytosanitaires. Quelle a été la teneur de vos échanges ? 

JD : La filière a souligné que le processus de changement de pratiques ne doit pas être associé à l’interdiction de molécules : notamment, le retrait du glyphosate serait très préjudiciable pour la viticulture. Le Ministre a mis en avant le fait qu'il ne fallait pas de rupture brutale qui fragiliserait les producteurs, et que les questions de retrait de molécules étaient à trancher sur la base d’expertises scientifiques. Concernant le port d’EPI après le délai de réentrée, que la filière viticole refuse, il a indiqué qu'il comprenait notre position et qu'il était nécessaire de disposer d’études précises sur la présence des produits dans le temps, afin d’avoir une vision objective du sujet et pouvoir, le cas échéant, répondre à la demande de la filière.

Qu’en est-il des sujets européens ? 

JD : Je me suis fortement mobilisé sur le paiement des mesures de l’OCM vitivinicole. Le Ministre a confirmé qu’au 15 octobre prochain l’enveloppe 2016-2017 du programme national d’aides viticoles sera totalement consommée. Sur un plus long terme, il a rappelé l'importance de pérenniser ce programme d’aides. Il nous faudra encore attendre pour avoir des garanties budgétaires. Autre sujet discuté au niveau européen : celui de l’étiquetage nutritionnel pour les boissons alcoolisées. Nous demandons une solution spécifique au secteur viticole, et un soutien du Ministre sur la proposition d’une dématérialisation de l’information, principe à intégrer dans le règlement européen relatif à l’étiquetage. Stéphane Travert nous a, en effet, confirmé son soutien. 

La place de la filière viticole dans les EGA a-t-elle été abordée ? 

JD : Tout à fait, la filière a mis en évidence les deux axes de son positionnement dans le cadre des EGA. Le premier est l’importance de créer de la valeur tout au long de la filière, avec notamment le sujet de la modification du droit de la concurrence, aux niveaux européens et français. Le deuxième est le souhait de la filière de s’engager dans la transition écologique, à l’aide de moyens financiers à mettre en place pour soutenir la R&D. De plus, il serait pour nous inacceptable que de nouvelles contraintes puissent intervenir à l’issue des EGA. 

Il s’agissait donc d’un rendez-vous constructif ? 

JD : Nous avons eu, en effet, une écoute attentive du Ministre, qui souhaite avancer aux côtés des viticulteurs. Il faudra néanmoins très vite qu’il puisse concrétiser ses paroles par de véritables actes.

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