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L’immense génome du blé tendre enfin décrypté

Un consortium international de chercheurs vient de terminer le séquençage particulièrement complexe du génome du blé tendre. Le chantier aura duré autant de temps que celui du génome humain.

Il a fallu autant d’années pour le séquençage le génome du blé que pour celui du génome humain... mais sans le soutien massif du Téléthon. Et pourtant, le blé est capital pour nourrir nos sociétés modernes !

Il ne faut pas se fier à la taille de son grain, le génome du blé tendre est immense, quarante fois plus grand que celui du riz, trois fois plus que l’homme. Il est aussi très complexe à déchiffrer. Il aura donc fallu treize ans à plus de deux cents chercheurs du monde entier pour en venir à bout. Soit autant d’années qu’il en a fallu pour le séquençage du génome humain, achevé en 2003. Les résultats de ces travaux ont été publiés hier dans la revue américaine Science. Une avancée importante pour la France, champion européen de la production de cette céréale, qui sert notamment à produire le pain ; à ne pas confondre avec son cousin le blé dur, à la base des pâtes et de la semoule. Entre 150 et 250 variétés de blé tendre sont cultivées chaque année en France, selon la profession.

Le génome le plus complexe jamais séquencé

Le génome du blé tendre est « le plus complexe jamais publié », assure le chercheur de l’Inra, Frédéric Choulet, qui a participé aux travaux du consortium. Si bien que le séquençage du blé tendre a pris beaucoup plus de temps que pour le riz, le maïs ou le soja, déjà connus depuis plusieurs années. « Nous avions commencé à peu près en même temps que pour les autres céréales, mais le génome du blé se différencie par sa taille mais aussi par sa complexité », explique Frédéric Choulet. En effet, l’ADN de cette céréale est immense. Il compte quinze milliards de nucléotides (l’unité de base de l’ADN) contre trois milliards chez l’homme par exemple.

« Un puzzle avec 85 % de ciel bleu »

Par ailleurs, si son génome est très grand, il est composé de nombreuses répétitions. Ce qui en a fait un casse-tête pour les chercheurs. « Le séquençage consiste à fabriquer un puzzle et essayer de rassembler les pièces, résume Sébastien Guizard, bio-informaticien chez le sélectionneur français Florimond Desprez. On découpe l’ADN en pièces pour le lire et on essaye ensuite de les rassembler dans le bon ordre ». Alors, « imaginez qu’il faille reconstruire un puzzle avec 85 % de ciel bleu ! On s’y perd ! » C’est un peu ce qui se passe avec le blé tendre, dont le génome contient seulement 15 % de gènes en exemplaire unique.

« Une très grande avancée »

Mais le jeu en vaut la chandelle. « C’est une très grande avancée qui va nous permettre de connaître les positions des gènes qui nous intéressent, et ouvre la voie à de nouvelles recherches », commente Claude Tabel, président du semencier français RAGT. « Sans cet outil, il était difficile de se lancer dans un projet de recherche pour associer un gène et un caractère (comme la résistance à une maladie, ndlr), étaye Frédéric Choulet. Par exemple, on ne savait pas toujours si un gène était présent en un ou plusieurs exemplaires ». Parmi les chantiers en cours : la tolérance aux maladies, comme la fusariose ou la septoriose, qui permettrait d’utiliser moins de fongicides, ou l’adaptation au changement climatique, en particulier aux sécheresses.

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