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Pour Jacques Pelus, « il faut trouver une entente pour réguler le ragondin »

Rencontré quelques semaines avant l’ouverture de la chasse, le président de la fédération des chasseurs Jacques Pelus répond aux questions de la profession. Tandis que les dégâts de sangliers semblent de nouveau maitrisés, la régulation du ragondin aurait besoin d’un coup de pouce en direction des piégeurs. Si le gros gibier semble s’accommoder de l’agriculture saône-et-loirienne, en revanche le petit gibier a du mal à se maintenir.

 

Avec 12.800 chasseurs et 800 piégeurs sur son territoire, la Saône-et-Loire a les capacités et les connaissances pour réguler les espèces nuisibles à l’activité et à la santé de l’homme, estime le président Jacques Pelus.

Quelle est la situation du sanglier en Saône-et-Loire ?

Le montant des dégâts indemnisé avait atteint 500.000 euros sur la saison 2016-2017 ce qui était un peu plus que les années passées. En conséquence, les prélèvements sont passés de 4.700 en 2016-2017 à 6.100 sangliers en 2017-2018. Pour 2017-2018 – saison qui vient de s’achever – le montant des dégâts indemnisés devrait redescendre aux alentours de 400.000 euros. C’est l’effet de la hausse des prélèvements de 2017-2018. La souplesse et la réactivité des attributions a permis d’ajuster la pression de chasse à la situation. On a pu redonner les bracelets nécessaires et inciter les chasseurs à prélever davantage.

Le dispositif de gestion du sanglier en Saône-et-Loire est donc efficace ?

Grâce au plan de gestion du sanglier décliné sur le territoire en unités de gestion avec des comités locaux de gestion du grand gibier, on suit la situation au jour le jour. Cela nous permet d’être réactifs à la moindre alerte du monde agricole.

Mais les sangliers sont quand même de plus en plus nombreux ?

Contrairement au petit gibier, le sanglier progresse partout et s’accommode plutôt bien de l’agriculture intensive. L’augmentation des surfaces en maïs ; de bonnes glandées depuis plusieurs années ; l’absence d’hiver rigoureux… Pour répondre à cette progression des populations, on permet aux chasseurs de prélever davantage. Le tableau de chasse des sangliers progresse de + 10 à + 15% par an.

Le plan de régulation du ragondin initié l’an dernier par Cultivons Nos Campagnes semble compromis. Pendant ce temps les ragondins prolifèrent avec des risques sanitaires à la clé…

Depuis l’arrêt de la prime de deux euros par queue de ragondin versée par le département, les piégeurs se sont démobilisés. L’association Cultivons Nos Campagnes a voulu remettre en place une subvention avec les syndicats de rivières et les communes ou intercommunalités. Malheureusement, les sommes ne sont pas toujours à la hauteur des besoins. Chaque syndicat de rivière donne un montant différent. Les piégeurs qui ont à leur charge les déplacements, le temps passé, le matériel, ne s’y retrouvent pas forcément.

Il faudrait pouvoir harmoniser les choses sur le département. Pour cela, nous comptons sur le conseil départemental. Nous avons soumis l’idée au président André Accary. Il faudrait de nouveau une aide du département à destination des piégeurs.

Nous disposons de 800 piégeurs en Saône-et-Loire et les chasseurs peuvent eux-mêmes réguler à tir. A la fédération des chasseurs et à l’association des piégeurs, nous avons toutes les aptitudes nécessaires pour mener une régulation efficace. Nous connaissons les 800 piégeurs ; les territoires… Nous sommes prêts à le faire. Il faut que nous trouvions une entente à l’échelle du département.

Avec la profession, la fédération des chasseurs est impliquée dans la préservation des bocages, habitat naturel du petit gibier. Comment se porte le petit gibier en Saône-et-Loire ?

Beaucoup d’efforts sont accomplis en faveur des bocages grâce à Agrifaune et notre implication aux côtés de la coopérative Bourgogne du Sud. Mais malgré cela, on arrache encore des haies en Bresse. Près de 2.500 hectares d'intercultures vont être implantés en Bresse. Cela fera un couvert pour le gibier en hiver.

A de rares exceptions près, il n’y a pratiquement plus de faisans ni de perdrix en Saône-et-Loire. Les quelques tentatives d’implantation de faisans et de perdrix sur le territoire ne sont pas à proprement parler des échecs. Mais ces projets demandent beaucoup d’énergie avec un piégeur pour réguler les prédateurs, quelqu’un à plein temps pour agrainer les oiseaux, etc… C’est très difficile. C’est un peu la même chose avec le lièvre. Il faut un piégeur efficace qui prenne entre 20 et 25 renards par an ; une bonne réserve de terres avec 150 à 200 hectares ; du couvert et de l’eau. Cette année, les populations de lièvres se portent cependant bien avec une bonne reproduction.

Qu’en est-il des cervidés. On parle de la présence de cerfs dans le département…

Le chevreuil se porte bien en Saône-et-Loire avec 10.000 animaux prélevés par an. Deux populations de cerfs sont dénombrées dans le département. Une vingtaine d’individus sont installés dans le nord de la Bresse. Présents depuis une vingtaine d’années, ces animaux n’ont pas occasionné de dégâts à ce jour. Une autre population de cervidés est installée dans le Morvan. Il y aurait une dizaine d’animaux. Chaque année, nous délivrons une dizaine d’attributions pour réguler ces deux populations qui ne posent pas vraiment de problème pour le moment.

2018 est l’année de la signature d’un nouveau schéma départemental de gestion cynégétique ?

En effet, cette année, nous allons débuter notre troisième schéma départemental de gestion cynégétique. Le premier a été créé en 2006. D’une durée de six ans, la troisième version est établie pour 2018 à 2024. Rédigé en collaboration avec tous les partenaires ruraux - forestiers, agriculteurs, associations de chasse spécialisées et avec l’administration (DDT), ce document, signé par le Préfet, est un peu la bible des chasseurs. Le cadre qui régit la chasse ; donne un état des lieux, les objectifs, les orientations. Le nouveau schéma départemental de gestion cynégétique ne comporte pas de grand changement. Si ce n’est que nous mettons toujours un accent particulier sur la sécurité, avec des formations, la pose de miradors, le port de gilets fluo, etc… Avec un tableau de plus de 16.000 chevreuils et sangliers abattus par saison, nous ne déplorons fort heureusement aucun accident ces dernières années en Saône-et-Loire. Mais la vigilance doit être maintenue.

Combien de chasseurs dénombrez-vous en Saône-et-Loire ?

Après des années d’érosion depuis les 22.000 détenteurs de permis de chasse que nous recensions en 1997, notre effectif se maintient depuis deux ou trois ans avec 12.800 chasseurs en Saône-et-Loire.

 

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