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Pour les éleveurs bovins, la question qui s'impose est comment sortir de la spirale infernale actuelle ?

Marquée par la présence du président de la FNB, Bruno Dufayet, la dernière assemblée générale de la section bovine a été largement consacrée à la démarche "Eleveur & Engagé". Las d’une filière incapable de rémunérer correctement leurs animaux, les éleveurs ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Anticipant en cela quelque peu le futur plan de filière né des états généraux de l’alimentation.

C’est une ambiance très lourde qui régnait à l’assemblée générale de la section bovine. Un constat accablant : aussi organisée et sophistiquée soit-elle, la filière est incapable de rémunérer correctement la viande bovine.

L’assemblée générale de la section bovine de la FDSEA s’est tenue le 2 mai à Ecuisses en présence de Bruno Dufayet, président de la FNB, la Fédération nationale des producteurs bovins. A l’image de l’activité de la section, la réunion a été largement consacrée à la démarche "Eleveur & Engagé" initiée par la FNB. Une démarche née d’un constat édifiant : des animaux payés en-dessous du coût de production des éleveurs. Une logique anti-économique impensable ailleurs, qui fait dire à beaucoup que l’élevage allaitant « va dans le mur ». De fait, le moral est tellement bas dans les campagnes que le nombre de vaches allaitantes serait en diminution, signalait-on. Et si rien ne change, le paysage bocager pourraient bien prendre une toute autre tournure...

Pour tenter d’enrayer cette spirale infernale, la profession a choisi de prendre le taureau par les cornes en « se rapprochant de la grande distribution », quitte à user de la « pression syndicale », expliquait Bruno Dufayet. Objectif : mettre en place une démarche qui rémunère au moins à hauteur du coût de production ! C’est la vache allaitante qui a été retenue car 95 % des réformes sont consommées en France, expliquait le président de la section bovine de la FDSEA 71, Christian Bajard. La démarche "Eleveur & Engagé" passe par un véritable travail de fourmi, décliné dans chaque département. En Saône-et-Loire, la section a multiplié les rencontres avec les grandes enseignes, elle a mis la pression sur les plus récalcitrantes en apposant des stickers "Ne rémunère pas les éleveurs" en magasin… Aujourd’hui, près de 2.500 demi-carcasses bénéficient de la plus-value "Eleveur & Engagé" en Saône-et-Loire. Au national, c’est environ 5.000 vaches par mois équivalant à 18 millions d’€ de plus-values supplémentaires dans les cours de ferme, rapportait le président de la FNB.

Faire connaître notre démarche

Parmi les enseignes de distribution, certaines ont bien joué le jeu comme "U", Casino, Lidl... D’autres ont dues être davantage contraintes… Globalement - et ce n’est pas une surprise - la profession a régulièrement butté contre des freins internes aux grandes enseignes. Motivation pas toujours partagée à chacun des étages des hiérarchies et même au sein d’un même magasin, fonctionnements différents d’une enseigne à l’autre… Sans surprise non plus, on ne peut pas dire que les grands distributeurs aient beaucoup facilité la tâche des éleveurs.

A ce stade, il faudrait arriver à « faire davantage connaitre la démarche auprès des consommateurs », pointait Christian Bajard. S’ils ont mis le paquet pour communiquer sur la médiatique "C’est qui le patron !?", les distributeurs n’aident pas beaucoup pour "Eleveur & Engagé". Ne pouvant compter que sur elle-même, la profession va devoir s’emparer des réseaux sociaux (twitter, facebook…) pour toucher les consommateurs, encourageait le président de la FNB. Des opérations de communication seront menées à l’occasion de grands évènements ; un site internet sera créé ; une appli mobile… Meilleurs vecteurs de promotion de leurs produits, les éleveurs sont de fait appelés à faire du bruit sur la toile ! Et en la matière, Bruno Dufayet encourageait à l’investissement de chacun.

Blocages…

Mais le travail accompli dans le cadre de la démarche "Eleveur & Engagé" a aussi mis en évidence des blocages internes à la filière et parfois même de curieux comportements locaux. Un constat qui a suscité de vifs échanges. Tous ont en effet déploré « toutes ces démarches avec des plus-values de seulement +20 centimes d’€ qui viennent plomber la possibilité d’obtenir 1 € demain », dénonçait Bruno Dufayet. Et ce alors même que la cotation enregistre dans le même temps une baisse de -50 cts d’€, faisant au passage des éleveurs perdants, tout en risquant d’opposer les producteurs les uns aux autres, dénonçait le président de la FNB.

Dans le monde très complexe et opaque du commerce de la viande, certaines pratiques dénoncées surprennent par leur malhonnêteté. Maîtres en la matière, les grands distributeurs n’ont pas de scrupule. Une grande enseigne n’a pas hésité à faire entrer du Label rouge bien en dessous du coût de production… Sans compter que « toute la grande distribution parvient toujours à assurer ses marges. Jusqu’à 100 % sur de la viande hachée ! », rapportait Bruno Dufayet. Mais, à l’échelle locale, coopératives, privés ou outils d’abattage ne seraient pas en reste. Non avouée publiquement, la concurrence entre opérateurs ne serait pas innocente, dénonçait plusieurs éleveurs, non sans un certain agacement.

Une volonté de faire capoter ?

Parmi les nombreux dysfonctionnements pointés du doigt, le fait que les plus-values "Eleveur & Engagé" ne soient jamais prises en compte dans les cotations, ce qui permet aux acheteurs de se récupérer sur ces cotations trop basses, déplorait le vice-président de la section bovine, Michel Joly.

« En femelle, il n’y aucun problème d’offre et de demande. Avec 60.000 animaux, les abattages sont à des niveaux jamais connus. La consommation va bien. Plus personne n’a de stock », révélait Bruno Dufayet. « Il y a une volonté de ne pas faire monter le prix de la viande », dénonçait encore le président de la FNB. Un constat révoltant qui fait grandir la colère des éleveurs partagés entre un sentiment de rancœur et la tentation d’abandonner le métier. Un sentiment pesant qui était très palpable à Ecuisses...

Reprendre la main

Devant l’exaspération inquiétante des éleveurs, les responsables de la section bovine et de la FNB invitaient à « reprendre la main sur le prix des animaux » en provoquant un électrochoc dans la filière. Plus que jamais, le mot d’ordre est « on se prendre en charge. C’est parce qu’on a tout délaissé aux autres, qu’on est aujourd’hui obligé de le faire nous-même », résumait Christian Bajard. Un bilan peu flatteur pour la filière certes, mais qui soulève aussi des espoirs en misant sur les leviers à la portée des éleveurs : signes de qualité, Etats généraux de l’Alimentation, plan de filière… « Il faut arriver à rebâtir quelque chose. A faire en sorte que l’effort de qualité soit correctement rémunéré », concluait Christian Bajard.

Le pari de la montée en gamme

Présenté par Bruno Dufayet, le plan de filière issu des Etats généraux de l’Alimentation part du constat qu’un problème de qualité et de régularité des viandes bovines en France est la principale explication à la baisse de consommation. Aussi parie-t-on sur une montée en gamme avec l’objectif de 40 % de viande Label rouge d’ici 5 ans (70 % en race à viande) contre 3 % aujourd’hui. Ce plan prévoit également une prise en compte des coûts de production, des contrats, une hausse de la qualité gustative, la prise en compte des attentes sociétale… Il débouchera sur une loi qui devra encadrer la notion de coûts de production, la contractualisation obligatoire pour les signes de qualité, les promotions, les prix trop bas… La profession travaille à des amendements auprès des parlementaires.

Pac : vers une baisse des soutiens directs jusqu’à -15 % en 2027 ?

Avant de se rendre en Saône-et-Loire, le président de la FNB venait d’apprendre que le budget de la future Pac pourrait être emputé de près de 10 %, selon une communication de l’Union européenne. L’impact serait encore plus fort sur les paiements directs pour lesquels il pourrait alors atteindre -15% en 2027… « Une volonté délibérée de l’Europe » qui n’est pas appréciée du ministre de l’Agriculture lequel l’a jugée d'« inadmissible ».

Vaccination FCO : pénurie attendue dès juin…

Alors que la FCO est invoquée parmi les causes de recrudescence de mortalité de veaux de l’hiver 2016-2017 et que 2017-2018 ne semble guère mieux dans certains secteurs du département, des inquiétudes se font jour quant à la disponibilité de vaccins pour 2018.

Les stocks existants ne permettraient de vacciner que jusqu’au mois de juin, avertissait Michel Joly. La FNB avait alerté sur cette pénurie probable dès septembre dernier, mais elle n’a été entendue qu’au début du printemps 2018, rapportait Bruno Dufayet. Face au risque de pénurie, les éleveurs sont invités à commander des vaccins auprès de leurs vétérinaires, de sorte que les laboratoires soient incités à en fabriquer et qu'ainsi le coût soit à la baisse.

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