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Pour l’instant, l'excès d'eau dans les cultures n'a rien d'alarmant...

La pluviométrie exceptionnelle de cet hiver - avec des cumuls de précipitations supérieurs aux normales saisonnières - a saturé certains sols, provoquant des flaques, voire des inondations… Hormis certains cas particuliers, les céréales d’hiver ne devraient pas pâtir de cette situation, d’autant plus qu’une décade de froid sec est prévue.

Après un automne somme toute sec, ces dernières semaines ont été marquées par la multiplication des épisodes pluvieux. Entre le 1er septembre et le 10 janvier, l’excès de précipitations a concerné principalement le tiers Nord de la France, et dans une moindre mesure dans le Sud-Ouest (carte 1). « Depuis le début de l'hiver météorologique (1er décembre), le courant jet ou jet-stream (ces vents très forts en altitude qui matérialisent la séparation entre l'air froid d'origine polaire et l'air chaud d'origine tropicale) se positionne plus au sud que d'habitude, ce qui explique les perturbations récurrentes et parfois tempétueuses que nous avons connues : Ana, Bruno, Carmen, David et Eleanor entre autres », explique-t-on du côté de Météo-France. La séquence climatique de ces dernières semaines a cependant été humide partout, s’atténuant sur la fin, avec pour conséquence une amplification des excès d’eau.

Des flaques voire des zones inondées apparaissent localement dans les parcelles, et les sols les moins drainants sont engorgés en eau. « Avec +35 mm en moyenne - de +10 à +70 mm -, à l’échelle de la Bourgogne Franche-Comté, les précipitations ont été plus élevées dans le Nord de l’Yonne, sur les plateaux de Bourgogne ainsi qu’à l’est de la Franche-Comté où elles sont au niveau des valeurs historiques maximales. Plus que le cumul des pluies octobre, c’est surtout l’intensité de ces pluies qui a provoqué des débordements de rivières et des inondations de parcelles », détaille Diane Chevassieux, d’Arvalis Institut du végétal.

Excès d’eau et douceur

En parallèle, les cumuls de températures sont restés proches de la normale jusqu’à Noël environ. Les écarts régionaux à la médiane pluriannuelle restent faibles : au Nord, le cumul est un peu plus élevé que la moyenne (environ 50 à 100°Cj en excès depuis le 1er septembre).

« Pour l’instant, mis à part certaines parcelles en bords de cours d’eau peu propices aux cultures d’hiver, il n’y a pas de dégâts irréversibles sur les céréales », rassure Emeric Courbet, technicien Grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. De fait les excès d’eau actuels se sont produits le plus souvent sur des céréales déjà installées, proches de la phase de tallage. Une phase physiologique remarquablement robuste à ce type d’accidents : si la croissance est pénalisée voire arrêtée en situation d’excès d’eau, seule l’immersion totale et durable entraîne une disparition des plantes. La situation actuelle n’a donc pas encore de conséquences irréversibles. « Actuellement, le potentiel de tallage - mesuré par le nombre d’épis potentiel au m² - est très correct, compte tenu de son lien direct avec les sommes de températures excédentaires observées (de +50 à +70 degrés-jour en moyenne) », complète Diane Chevassus.

Il est évident que les pluies significatives à répétition de ces derniers jours ont empêché tout assainissement des sols. Cependant, il est important que les sols puissent s’assainir dès que possible pour permettre aux racines de devenir fonctionnelles et absorber l’azote qui sera bientôt requis par les parties aériennes pour maintenir le tallage et accompagner la croissance des feuilles. Il faut espérer que les prévisions plus sèches des prochains jours se concrétisent et permettent aux parcelles de se drainer. « Une dizaine de jours secs, avec le retour du gel, devrait permettre à l’excès d’eau de s’évacuer. Ce sera aussi l’occasion de rouler les couverts car, mis à part les féveroles, ils n’ont pas été détruits par les petites gelées du début de l’hiver », poursuit Emeric Courbet.

Perte de résistance au froid

Les excès d’eau entraînent par ailleurs une lixiviation des nitrates, notamment dans les sols les plus superficiels. Il est actuellement trop tôt pour évaluer l’équilibre entre les pertes dues au passage de lames d’eau drainantes et la minéralisation sans doute abondante de septembre (températures douces, sols humides). Les mesures de reliquats azotés sont le meilleur outil pour évaluer les conséquences de ces séquences climatiques pour chaque contexte cultural.

Du côté du nombre de jours de gel, il a été plutôt faible depuis le début de la campagne : les gelées de fin novembre/début décembre ont cédé la place à des températures anormalement douces, avec des températures moyennes supérieures de 3, 4 voire 5°C aux normales saisonnières depuis quinze jours. « Ce manque de petites gelées et surtout l’occurrence de températures moyennes dépassant les 5°C se traduisent par une perte de résistance au froid (figure n° 1). Evidemment, dans l’immédiat, les plantes restent tout à fait capables de se ré-endurcir rapidement dès l’arrivée de températures gélives. Cependant, une chute brutale du thermomètre en dessous de -10 ou -15°C pourrait engendrer des dégâts », relève Jean-Charles Deswarte, d’Arvalis Institut du végétal.

La séquence climatique du mois à venir doit donc être surveillée.

Selon Meteonews, qui élabore des tendances saisonnières en s’appuyant sur un faisceau d’indicateurs climatiques, « la persistance du courant océanique devrait apporter pas mal de pluie sur la plupart des régions en dehors du pourtour méditerranéen, une bonne nouvelle pour les nappes phréatiques souvent mises à mal depuis l’été 2015. Neige dès la moyenne montagne, surtout sur les Alpes. Quelques brefs coups de froid neigeux seront probables en plaine. Bien sûr, sous ce flux dépressionnaire d’ouest, la douceur l’emporterait. L’ensoleillement serait faible quasiment partout, de saison voire excédentaire essentiellement près de la Méditerranée ».

Une année précoce ?

Il est évidemment beaucoup trop tôt pour annoncer une tendance de précocité des cultures pour ce printemps. D’une part, le cumul de températures s’éloigne peu de la médiane. D’autre part, on a pu observer lors des années précédentes le poids très fort du scénario thermique de la période février-mars, lorsque le frein "Durée du jour" est levé et ne bride plus les plantes vers la transition florale et la montaison.

Néanmoins, des excès d’eau durables - comme cela fut observé localement en 2014 - engendrent un retard de croissance de la culture. Là encore, un retour à des conditions plus saines dans les prochaines semaines pourrait faire disparaître cette tendance.

A. C., d’après les données Météo-France et Arvalis Institut du végétal

Bientôt le moment de fertiliser les prairies !

La règle du cumul des températures positives depuis le 1er janvier permet de déterminer la date optimale du premier apport d’azote sur prairies.

Cette année, la douceur des températures hivernales contraste avec celles enregistrées l’an dernier. Les 200°C positifs cumulés depuis le 1er janvier sont déjà atteints, mais le premier apport d’azote sur prairies devra attendre le retour de conditions de portance…

L’outil Date N’Prairie permet de positionner au mieux le premier apport d’azote sur prairies de graminées, selon la règle des 200°C cumulés depuis le 1er janvier. La douceur de l’hiver n’a pas vraiment entraîné le repos végétatif des prairies. Le cumul de températures depuis le 1er janvier est supérieur à la normale dans toutes les régions. Au 25 janvier, on enregistre une avance allant de 10 à 20 jours par rapport à la médiane, selon les secteurs.

Bien positionner l’apport d’azote

Un apport d’azote minéral ou de lisier, dès les 200°C cumulés (en base 0°C) depuis le 1er janvier permet de satisfaire les besoins des graminées dès la reprise de végétation. Ce positionnement, déterminé à partir d’essais réalisés dans les années 1980 et 2000 sur des prairies de graminées, assure une production fourragère de qualité dès le premier cycle de la culture.

C’est le meilleur compromis pour éviter un apport trop tardif, synonyme de ralentissement de la croissance et de moindre production d’herbe au printemps. Il ne doit pas non plus être trop précoce au risque d'engendrer des pertes par volatilisation ou dénitrification.

En valorisant des données météos actualisées tous les jours, Date N’Prairie est un véritable outil pour apprécier la précocité ou la tardiveté de l’année dans sa région. Il s’agit d’un site web accessible librement et gratuitement depuis un smartphone, un ordinateur ou une tablette. Il suffit à l’utilisateur de renseigner son code postal pour obtenir sa date d’apport. Les calculs sont réalisés à partir des données de la station météo la plus proche fournies par Météo France.

Bien entendu, le premier apport d’azote sur une prairie ne pourra être réalisé que si les conditions de portance le permettent et dans le respect des règles fixées par la Directive Nitrates.

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