Viticulture

Un réel engouement pour le chêne à merrain

Alors que les ventes d’automne de l’ONF se terminent, l’engouement pour les chênes à merrain, destinés au marché de la tonnellerie, ne se dément pas. Les cours sont en hausse de 20% par rapport à 2017. Lequel chêne a permis de hisser la France au rang de leader mondial de la tonnellerie.

De nombreuses études ont révélé que le bois utilisé influence significativement les qualités du vin. La réussite de ce mariage est fondée sur une alchimie complexe variant en fonction du temps de vieillissement et du choix de l’essence utilisée. Les plus grands vins sont éduqués dans des barriques de chêne à grain fin, qui confèrent également une singularité à des alcools comme certains cognacs réputés. Le grain fin correspond au bois de chêne qui pousse lentement et régulièrement. Deux espèces dominent la chênaie française : le chêne sessile et le chêne pédonculé. S'ils se ressemblent beaucoup, ils ont des composants chimiques très différents. Le chêne sessile se caractérise par d’excellentes qualités aromatiques tandis que le chêne pédonculé est plus riche en tanins. Le vieillissement en fûts de chêne des vins et alcools est concentré autour de cinq pays qui représentent 80% du marché mondial. La France est le premier marché en volume devant les Etats-Unis. L’Espagne est troisième devant l’Australie et l’Italie.

Maîtriser le processus de production

Il convient de noter que 70% de l’approvisionnement des entreprises de la tonnellerie est assuré par l’ONF avec des bois exploités dans les forêts publiques. Une sylviculture en futaie régulière pratiquée depuis des siècles permet de maîtriser le processus de production du chêne à grain fin. Le traitement en futaie régulière consiste à faire croître, sur une zone déterminée (une parcelle), les arbres d'une même classe d’âge. Le massif forestier équilibré, géré en futaie régulière, est une mosaïque de peuplements forestiers de tous âges. Une fois arrivés à maturité (180 ans environ pour le chêne sessile), les chênes sont progressivement récoltés. Cette opération, dite « coupe de régénération », permet d’assurer la qualité et le renouveau des peuplements en créant les conditions favorables au développement des jeunes semis. Cette technique assure la préservation du capital génétique de ces arbres d’exception. Le cycle peut alors recommencer. Les coupes de régénération préparent la forêt de demain. Dans les forêts domaniales du Centre et de l’Ouest de la France, ce cycle se perpétue depuis plus de 300 ans.

Jean-Marie Rousseau « Nous sommes dans le même bateau que les viticulteurs »

Président du syndicat des tonneliers de Bourgogne qui représente une production de 180.000 fûts pour un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros et pas moins de 650 emplois directs, Jean-Marie Rousseau livre sa vision sur le métier et les perspectives de la filière de notre région.

Quelles sont les conséquences pour les tonneliers d’une hausse du cours du bois de 20% ?

Jean-Marie Rousseau : Ce sont surtout les forêts prestigieuses qui enregistrent les hausses les plus fortes : Tronçais, Bercé, Darnay ou encore Bertranges pour ne citer que celles-ci. Les conséquences se traduisent par une hausse des prix sur les fûts mais pas toujours à la hauteur de ces 20 %. Une hausse est toujours difficile à faire passer et, en plus, elle est souvent mal perçue mais compréhensible de la part de nos clients. D’autant plus que c’est un phénomène récurrent depuis de nombreuses années.

Dans quelle proportion les tonneliers de Bourgogne ont-il recours au bois français ?

J-M. R. : Je pense que les tonneliers bourguignons utilisent en majorité des bois français. Nous n’avons aucune statistique sur les proportions d’utilisation de bois étrangers. Pas plus sur l’évolution au fil du temps de cette  proportion.

Quelle est la situation actuelle des tonneliers en Bourgogne ?

J-M. R. : Les viticulteurs bourguignons ont connu des années difficiles de 2010 à 2016. Comme nous sommes « dans le même bateau », quand il n’y a pas de récolte, la vente des fûts suit cette tendance. 2017 avait été une belle campagne viticole, notamment en Bourgogne. Bordeaux et Cognac ont souffert du gel, ce qui a entraîné moins de vente chez les tonneliers. Par contre, en 2018, nous avons certes connu une récolte abondante sur la Bourgogne mais néanmoins pas sur tous les villages viticoles. En plus, cela s’est accompagné d’une superbe qualité sanitaire ce qui nous a permis d’augmenter nos volumes de ventes. Tous les adhérents à notre syndicat régional sont unanimes sur ce millésime.

Quels sont vos principaux débouchés ?

J-M. R. : Les tonneliers bourguignons sont comme tous les acteurs du secteur. Beaucoup sont tournés vers l’export qui représente plus de 65 % du chiffre d’affaires. Même si la France reste la première cliente dans la demande de fûts, nous vendons aussi bien aux Etats-Unis qu’en Espagne, en Australie et en Italie.

Quelles sont les perspectives ?

J-M. R. : Les perspectives sont toujours liées aux conditions météorologiques. Si le commerce du vin fonctionne bien, nous devrions continuer à participer à l’élevage sous bois. Pour information, seulement 2 % de la production mondiale bénéficie d’un élevage bois.

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