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La formation, un levier pour répondre aux enjeux sociétaux

Alors que les pratiques agricoles ont évolué, les agriculteurs souffrent de ne pas voir leurs efforts reconnus par la société. La formation peut être un levier pour les accompagner vers de nouvelles pratiques plus en phase avec les attentes des citoyens. 

En relayant avant tout ce qui ne va pas dans l’agriculture, « les médias provoquent les débats et accentuent le mal être des agriculteurs », a rappelé Marianne Dutoit, présidente de Vivéa, lors d’un atelier organisé par le fonds de formation et consacré aux enjeux sociétaux, le 22 novembre. Cependant, « la formation peut accompagner sur ces sujets et sur le changement de pratiques », explique-t-elle.

Pour Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture de l’Inra, l’enjeu est de mettre en place un nouveau contrat social entre agriculture et société. « L’actuel date de 1950, à une époque où l’agriculture, c’était la société. Aujourd’hui, 80 % des Français sont des urbains », explique-t-il. Quand, après la guerre, la mission de l’agriculture était de produire suffisamment pour nourrir la population, aujourd’hui, les demandes sociétales sont multiples, et l’agriculture doit s’adapter pour y répondre.

Le temps des défis

Premier défi, l’environnement et le changement climatique, qui entraîne une augmentation fréquentielle des évènements extrêmes. En témoigne la récolte de blé de 2016, développe Christian Huyghe. Avec des rendements qui stagnent depuis le milieu des années 1990, il faut désormais « passer d’un système où l’on travaille sur la moyenne à un système où l’on travaille sur la variance », pour encaisser les chocs de façon pluriannuelle, indique le chercheur. L’agriculture doit parallèlement travailler sur sa résilience et sur la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, par l’agriculture de précision, mais aussi l’agroécologie, et la diversification. Une meilleure couverture des sols doit aussi être privilégiée pour augmenter le stockage du carbone dans les sols.

D’autres défis majeurs sont à relever, explique Christian Huyghe, notamment la sécurité alimentaire mondiale de plus de 10 milliards de personnes à l’horizon 2050, et qui nécessite de travailler sur les pertes et gaspillages, ainsi que sur la volatilité des prix, d’autant plus que « la stabilité des prix favorise l’adoption de nouvelles pratiques agricoles », souligne le chercheur.

Partir du vécu des agriculteurs

Le changement des pratiques agricoles est déjà à l’œuvre, mais pour appuyer la dynamique, la formation doit aussi prendre en compte plusieurs enjeux.

Pour Bruno Gourdon, éleveurs de vaches laitières et membre du collectif "Eleveurs autrement", la difficulté reste « l’après formation », à savoir la mise en pratique sur l’exploitation. D’autant plus que ce qu’il faut mettre en place, « ce n’est surtout pas un modèle unique », juge Christian Huyghe, mais une adaptation aux conditions locales et une recherche de diversité, « source de robustesse énorme » pour l’agriculture.

Pour Anne Aupiais, chef de projet bien-être animal et comportement des herbivores à l’Idele, la formation est passée en quelques années d’une logique très descendante à une approche « qui part du vécu de l’agriculteur pour lui faire améliorer ses pratiques ». Même état d’esprit pour François Raflegeau, formateur à l’Institut de l’élevage, qui confronte les éleveurs à leurs pratiques, parfois en les filmant, pour les aider à se remettre en question, par exemple sur le sujet de l’écornage. Pourtant, si « les éleveurs se sentent mal vis-à-vis du sujet du bien-être animal » et craignent souvent d’être jugés par leurs voisins, comme le rappelle François-Régis Huet, éleveur de porcs, seuls 2 % des Français souhaitent la disparition de l’élevage, indique une étude sur l’acceptabilité de l’élevage réalisée dans le cadre du projet Accept. Cette étude a recensé les attentes sur l’élevage de demain : améliorer le bien-être animal, mieux communiquer sur le métier, apporter un meilleur revenu aux éleveurs, garantir des produits de qualité et sains (une conséquence, dans l’esprit du consommateur, du bien-être de l’animal), et favoriser les circuits court.

Les consommateurs refusent au contraire la souffrance animal, l’industrialisation sans limite, les algues vertes et les importations. En couplant ces résultats à la définition du bien-être animal déterminée par l’OIE, douze critères de bien-être animal ont été mis en avant pour faciliter le travail des éleveurs. Néanmoins, pour Bruno Gourdon, une donnée est trop souvent négligée : celle du bien-être de l’éleveur, car « quoiqu’on en dise, cela n’existe pas, un éleveur qui accepte que ses animaux n’aillent pas bien ». En ce sens, la formation constitue aussi un levier pour aider l’éleveur à améliorer ses pratiques et, par-là, se sentir davantage en phase avec la société et rassuré sur le sens de son métier.

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