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Incendie volontaire de l’abattoir Gesler : après le choc, la solidarité s’organise

L’entreprise a été victime d’une attaque préméditée et bien organisée vendredi 28 septembre. Cet acte criminel a suscité colère et tristesse dans l’ensemble de la filière.

Dans la nuit de vendredi à samedi à Haut-Valromey, dans l’Ain, l’abattoir Gesler a été gravement touché par les flammes. L’incendie s’est déclaré vers 00h30, détruisant une partie des bureaux, la salle de salaison et salle de découpe. La salle d’abattage, bien qu’indemne des flammes, est momentanément inutilisable, en raison des poussières qui l’ont envahie et de la destruction du réseau électrique.

Très vite, les éléments de l’enquête ont permis de conclure à la piste criminelle : six départs de feu ont été identifiés. Des remorques, et des camions stationnés à proximité des bâtiments, incendiés à l’aide d’hydrocarbures et une brèche dans la clôture du site témoignent de la méthode utilisée par les malfaiteurs. Le feu s’est ensuite propagé aux bâtiments.

Très vite, les regards se sont tournés vers la piste d’antispecistes, dont les militants avaient multiplié les actions chocs les jours précédant le sinistre, en s’attaquant notamment à des boucheries.

D’abord, sauver les animaux

La nuit même, aussitôt la nouvelle ébruitée, les solidarités se sont organisées. Les éleveurs se sont relayés pour extraire une cinquantaine de bovins parqués dans la bouverie et les emmener dans les fermes. Lundi, certains s’afféraient encore à sortir les carcasses calcinées des ruines de l’abattoir. Beaucoup ont aussitôt témoigné de leur soutien et leur affection à Myriam Gesler, patronne emblématique de l’établissement et son équipe.

« Gesler, c’est la famille »

La stupeur a laissé place à un mélange de colère et de tristesse. Car dans ce petit village enclavé de l’Ain, Gesler, c’est bien plus qu’un abatteur. Avec 80 salariés, des centaines de fournisseurs et prestataires, des dizaines d’exploitations partenaires, l’entreprise fait figure de poumon économique local depuis plus de 60 ans. L’abatteur a toujours entretenu des liens très étroits avec les éleveurs du secteur. « Gesler, c’est la famille. Là-bas, on n’est pas que des numéros. Chacun s’appelle par son prénom et on sait que notre vache sera payée le prix qu’elle vaut », résume Nicolas Conty, éleveurs de 240 bovins allaitants avec son frère Sébastien (voir témoignage par ailleurs).

L’acte criminel paraît d’autant plus absurde qu’on est très loin de l’image d’Épinal des gros abattoirs industriels. « Ces criminels s’en sont pris à une entreprise familiale. Un outil de proximité qui a mis en place depuis de nombreuses années des démarches de qualité, qui a établi des partenariats avec les éleveurs, les bouchers et les restaurateurs du secteur. Par la réalisation de travail à façon pour les éleveurs, ils ont aussi permis l’essor des filières courtes et de la vente directe, répondant ainsi aux attentes sociétales et mettant ainsi en valeur le savoir-faire des éleveurs du département », soulignaient, vendredi, Adrien Bourlez et Gaëtan Richard, respectivement président de la FDSEA et de JA de l’Ain.

Un abattoir pionnier du bien-être animal

Une entreprise pionnière du bien-être animal, qui n’a pas attendu que cela devienne obligatoire pour installer des caméras de surveillance à l’intérieur des locaux, sonoriser la bouverie pour tranquilliser les bêtes et qui refuse l’abattage sans étourdissement préalable.

L’echo de l’indignation aindinoise a dépassé les frontières départementales. Une fois n’est pas coutume, tous les syndicats agricoles ont cosigné un texte dénonçant cet acte criminel et plus généralement la multiplication d’actions militantes violentes contre l’élevage au sens large.

Le malaise des agriculteurs

Des attaques qui atteignent la profession au cœur. Ainsi, c‘est avec émotion que Gaëtan Richard a interpellé le président de la région, Laurent Wauquiez, dimanche sur le site du sinistre. Son intervention, filmée et diffusée sur Facebook, a été largement partagée. Le jeune syndicaliste y explique que la colère monte. « J’ai un réseau derrière moi. J’essaye de le contenir... Quand on chargeait les bétaillère vendredi (NDLR : pour sauver les animaux parqués dans la bouverie), on avait peur de se faire attaquer (...) On est des pacifistes. Mais si on touche à nos vaches ou à nos familles... »

Et d’évoquer l’angoisse des éleveurs, « de quitter la ferme le soir sans être sûr de la retrouver le lendemain (...) On est jeunes, on a envie de travailler, mais des attaques comme ça, on en a les bras coupés. »

Etienne Grosjean - Ain Agricole

La région Aura débloque illico 200.000 euros

Dimanche, le président de la région Aura, Laurent Wauquiez, s’est rendu sur place, mesurer l’ampleur des dégâts et rencontrer gérants, salariés et éleveurs qui travaillent en lien avec Gesler.

Il a annoncé le déblocage immédiat de 200.000 euros, pour faciliter le redémarrage de l’abattoir et promis que la région soutiendra si besoin la trésorerie de l’entreprise.

Nicolas Conty : « ça prend aux tripes »

Bouleversé, Nicolas Conty. Avec son frère, Sébastien, ils sont à la tête, à Haut-Valromey, d’un cheptel de 240 bovins allaitants, écoulé, à 80% en vente directe. « Ça vous prend aux tripes. Gesler, c’est une famille. J’y ai commencé comme boucher avant de m’installer agriculteur en 2008. », raconte ce producteur de 38 ans. « Ici, on se connaît tous, éleveurs et salariés. On n’est pas des numéros mais des gens qui s’appellent par leurs prénoms. On a noué des liens de confiance avec notre abatteur. Ici, on n’est pas chez Bigard : je sais que si ma vache vaut tant, elle me sera payée tant. »

Nicolas Conty et son frère utilisaient le labo de chez Gesler pour découper leurs carcasses. Aujourd’hui, dans l’urgence, ils ont envoyé leurs bêtes à l’abattoir de Bellegarde-sur-Valserine. « J’espère qu’il n’y aura pas de liste d’attente, sinon, ça va vite poser des problèmes. »

Ils cherchent à pouvoir découper la viande dans le labo d’un autre éleveur.

L’amertume est profonde. « Attaquer Gesler, c’est attaquer les éleveurs dans leur boulot. Les gens qui ont fait ça, qui nous dit que demain, ce n’est pas à nos fermes qu’ils vont mettre le feu ? On ne peut plus dormir sur nos deux oreilles. »

Pas question, pour autant, de se résigner. « Le mieux qu’on puisse faire est se montrer solidaires et essayer de remettre la machine e marche le plus vite possible. »

Christiane Lambert présente vendredi pour une opération de soutien

La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, sera à Haut-Valromey, ce vendredi. Tous les agriculteurs sont invités à participer à cette mobilisation solidaire autour des établissements Gesler. Il s’agira aussi de témoigner du ras le bol de la profession face aux attaques dont elle est l’objet de la part de militants anti-élevage.

La FDSEA se constitue parti civil

La FDSEA de l’Ain a décidé de se porter partie civile. Une plainte a ainsi été déposée lundi.

Adrien Bourlez : « ne pas laisser la place à des associations qui veulent nous nuire tous les jours »

Le président de la FDSEA de l'Ain, Adrien Bourlez, a aussitôt réagi, vendredi, par le biais d’un communiqué de presse et d’une vidéo, diffusée sur la page Facebook. Il y dénonce un acte « inadmissible », réitère le soutien de la profession à la famille Gesler et ses 80 salariés.

Et d’exhorter les éleveurs à communiquer sur la réalité de leur métier. « Aujourd’hui, c’est ce qui nous manque : communiquer sur notre métier et pas laisser la place à des associations qui veulent nous nuire tous les jours. »

Dans la même vidéo, Jonathan Janichon, responsable de la section bovine de la FDSEA de l'Ain, appelle les pouvoirs publics et Emmanuel Macron, « à prendre des mesures fortes pour punir les comportements d’antiviande qui appellent à la haine. »

 

FDSEA et JA ont assuré qu’ils seraient aux côtés de Gesler et invité chacun à tenir bon : « nous devons faire confiance aux établissements Gesler qui travaillent d’ores et déjà pour assurer la fourniture de ses clients et la pérennité de l’outil. La FDSEA et les JA seront mobilisés pour les accompagner dans cette difficulté à surmonter. Nous demandons à ce que les partenaires, les bouchers et consommateurs continuent à jouer le jeu et ne pas casser ces
partenariats établis, même en cas de manque ponctuel de produit.

Nous demandons également aux pouvoirs publics de prendre les mesures nécessaires pour faire en sorte que les opérateurs de la filière viande puissent exercer leur métier dans un climat serein. »

Myriam Gesler : « ils ne gagneront pas »

C’est dans la tempête qu’on reconnaît les grands capitaines. Bien que profondément affectée par « cet attentat commis par des gens sans courage », la patronne des abattoirs Gesler tient la barre ferme. « Parce que je suis en colère vis à vis de mes salariés, de mon père, qui a travaillé à n’en plus finir pour que cette entreprise existe et les éleveurs, qui en bossant jour et nuit, en ayant subi 3 mois de sécheresse, n’avaient pas besoin de ça. »

Les cendres encore fumantes, le renouveau s’organise. Des solutions sont à l’étude, dans pour absorber le travail dans les abattoirs voisins : Corbas et peut être Bellegarde. Une équipe chevronnée a déjà été envoyée à Corbas pour honorer les engagements pris auprès des clients.

La sale d’abattage, relativement préservée, pourrait rapidement reprendre de l’activité. « On va essayer de mettre les locaux administratifs dans des préfabriqués et faire venir des chambres froides. »

Pas question de renoncer. « Nous avons été victime d’un acte lâche perpétré par des gens très organisés. Six départs de feu. Des gens encagoulés, vêtus de combinaisons d’après ce que l’on voit sur les vidéos : il ne peut pas s’agir d’un individu isolé qui aurait pété les plombs. »

Jamais elle n’avait reçu de menaces. Et quand bien même. « Ces gens-là ne gagneront pas. Nous ne nous laisserons pas faire et nous allons reconstruire cet abattoir. En s’attaquant à cet outil, ils se sont attaqués à tout un territoire. Une entreprise, c’est aussi des salariés qui vont au Proxi du village ou au restaurant, mes représentants qui dorment à l’hôtel... C’est toute une économie locale. »

Rares consolations dans ce drame : « qu’aucun de mes salariés n’ait été blessé et aucun animal ne soit mort dans d’horribles souffrances. Les terroristes n’ont pas hésité à mettre le feu à côté d’une cuve de fuel. Si elle avait pris feu, les animaux auraient littéralement explosé » s’indigne la chef d’entreprise.

La mobilisation rapide des élus de la région, et du département l’a touchée.

Plus encore celle des éleveurs et des habitants du secteurs, venus à la rescousse sitôt l’alerte donnée.

« Nous avons assisté à un élan phénoménal de solidarité de la part des éleveurs. Je savais qu’on pouvait compter sur eux mais ça dépasse tout ce que j’aurai imaginé. »

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