Elevage Pratique

Le strip-till s’implante dans le Morvan

Au nord de la Saône-et-Loire, deux éleveurs allaitants ont testé la technique du strip-till pour l’implantation de leur maïs. Economie, gain de temps, bénéfique pour l’environnement : le strip-till aurait plus d’un atout dans les régions herbagères.

 

Sur leurs exploitations allaitantes de l’Autunois-Morvan, Michel Joly et Guillaume Lavesvre ont testé avec succès le semis de maïs au strip-till.

Au sud du Morvan, dans une région dominée par l’élevage allaitant charolais, le GIEE de l’Autunois recherche des leviers économiques et techniques adaptés au contexte particulier de ce territoire herbager. En quête d’autonomie alimentaire et de réduction des charges, les membres du GIEE se sont formés au semis direct sous couvert et deux d’entre eux – Michel Joly à Monthelon et Guillaume Lavesvre à Tavernay - ont eu envie de tester le semis de maïs au strip-till.

Importé des Etats-Unis où il a été développé pour lutter contre des problèmes d’érosion, le strip-till est une technique alternative au labour pour les cultures à grands écartements (maïs, colza, soja…). Moins radicale que le semis direct sous couvert qui exclut tout travail du sol, elle consiste à ne travailler la terre que sur une bande de 15 cm de large sur le rang de culture.

Pour les cultures de printemps qui ont besoin que la terre se réchauffe, le strip-till est un bon compromis. Plus rapide que le travail du sol intégral, il permet un réchauffement de la terre sur le rang que n’autoriserait pas un semis direct sous couvert, font valoir Michel et Guillaume.

Habitués à implanter leur maïs fourrage après labour suivi d’un semis au combiné herse rotative, les deux agriculteurs se sont fait prêter un strip-tiller de quatre rangs par un concessionnaire local. L’outil est constitué de quatre éléments de travail du sol espacés de 75 cm, correspondant à l’écartement entre les futurs rangs de maïs. Chaque élément compte un disque ouvreur suivi d’une dent de 20 – 25 cm de profondeur flanquée de deux disques « pour empêcher la terre de voler et produire de la terre fine », décrivent Michel et Guillaume. Une roue de rappuyage complète l’élément.

Après une interculture

Sur son exploitation, Michel Joly a implanté dix hectares de maïs au strip-till derrière un méteil implanté sur labour et ensilé au printemps. De son côté, Guillaume Lavesvre a expérimenté de strip-till sur 6,5 ha après une interculture de blé semé à la volée à la suite d’un maïs sur labour. Le maïs au strip-till a été implanté dans un blé préalablement pâturé et « bien vivant ». Un traitement au glyphosate à demie-dose a permis de lever la concurrence sur le maïs, indique l’éleveur. « Moi, je n’ai pas eu besoin de glyphosate du fait que le méteil avait été fauché juste avant. J’ai juste effectué un désherbage de rattrapage au stade 4 – 5 feuilles », complète pour sa part Michel qui estime que le strip-till fait utiliser moins de matière active qu’un itinéraire classique avec labour.

Coût d’implantation abaissé d’un tiers

Les deux parcelles ont produit des récoltes « normales, sans véritable écart avec d’autres maïs en conventionnel », font valoir les deux agriculteurs.

Alors que le coût d’implantation du maïs en itinéraire traditionnel s’élève à 120 €/ha – main-d’œuvre incluse, la technique du strip-till leur serait revenue à seulement 80 €/ha, calcule Guillaume. Et cela avec un temps de travail réduit d’au moins moitié, fait-il valoir. A cela s’ajoute le fait qu’un tracteur d’une centaine de chevaux peut suffire pour tirer un trip-till de 4 rangs.

Préserver les sols

« Le strip-till est une nouvelle technique qui nécessite de se faire accompagner », insiste Michel. Si l’itinéraire classique avec labour et herse rotative est bien balisé, en revanche le strip-till implique d’être plus « opportuniste » en s’appuyant sur davantage d’observation du sol, fait valoir l’intéressé. De fait, le travail au strip-till doit être effectué dans un sol bien ressuyé.

Pour les deux agriculteurs membres du GIEE de l’Autunois, cela s’inscrit dans une volonté « d’être plus respectueux du sol avec la possibilité de remettre de la vie entre les cultures grâce à un couvert végétal ».

Faute de disposer d’un matériel, les deux agriculteurs n’ont pas reconduit l’expérience en 2018. Mais pour 2019, ils ont bien l’intention de s’équiper de leur propre strip-tiller - quitte à en acheter un d’occasion - et d’emmener avec eux d’autres collègues. Car cette technique alternative a beaucoup d’atouts pour des éleveurs pris par le temps, désireux de limiter leurs charges et soucieux de leur environnement.

 

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